Autrefois considérés comme aux antipodes, les femmes et le sport tentent un rapprochement depuis quelques années. Longtemps réservées aux hommes, tant dans les estrades ou devant le téléviseur que derrière le micro, les disciplines sportives deviennent peu à peu l’affaire des deux sexes. Les pionnières du journalisme sportif au Québec y sont assurément pour quelque chose…
Jessica Lapinski-Dejardin
Chantal Machabée, lectrice du bulletin Sport 30 à RDS, a fêté récemment ses 25 années de carrière dans le journalisme sportif. Première femme à avoir animé un bulletin télévisé de nouvelles sportives au Québec, elle raconte au Montréal Express qu’il s’agissait de prime abord d’un monde macho: «Dans des discussions, tout ce que je disais faisait l’objet d’une vérification spontanée dans des livres et documents de référence tellement certains ne me faisaient pas confiance. Dans ce métier, surtout quand on est une femme, on n’a pas le droit de montrer des faiblesses, sinon on ne te manque pas.»
Mme Machabée confirme cependant que ce sont ses collègues, et non les athlètes, qui lui en ont fait baver le plus. Même son de cloche du côté de Claudine Douville, une autre pionnière du Réseau des sports, qui a abordé le sujet pour la revue Elle Québec: «Je n’ai pas subi d’affront direct. Quand tu entres dans un vestiaire suivie d’une caméra, les gars hésitent à te niaiser. Certaines collègues de la presse écrite ont toutefois eu la vie plus dure. »
En effet, il en a fallu du temps avant que les journalistes sportives fassent leur place dans ce monde masculin. Encore aujourd’hui, elles ne demeurent qu’une minorité dans les médias sportifs. Outre Chantal Machabée et Claudine Douville, quelques noms retiennent l’attention, comme ceux de Marie-Josée Turcotte, de Marie-Claude Savard et de Stéphanie Morin. Certes, d’autres femmes agissent à titre d’analystes, mais il s’agit souvent d’anciennes athlètes et non pas de journalistes de carrière.
Paver la voie
Marie-Josée Turcotte, chef d’antenne des sports à Radio-Canada pendant les Jeux Olympiques de Salt Lake City, a été une des premières femmes à œuvrer dans le journalisme sportif. À quatre reprises, son professionnalisme a été récompensé par un prix Gémeaux pour la Meilleure animation d’une émission ou d’une série sportive.
Étonnamment, même si elles sont peu nombreuses, les journalistes sportives ont maintes fois été titrées pour leur excellence. Également animatrice à la SRC, Danielle Rainville a remporté un Métrostar en 1988. Depuis lors, le bulletin de nouvelles animé par Chantal Machabée a été titré à deux reprises. Puis, aux MétroStar de 2005, Marie-Claude Savard a été nommée «Personnalité de l’année» dans la catégorie Émission de sport.
Les pionnières du journalisme sportif québécois se sont aussi illustrées autrement. Elles ont ouvert des portes autrefois interdites aux dames, notamment celles du vestiaire du Canadien de Montréal. C’est l’ancienne ministre Liza Frulla, alors employée du Journal de Montréal, qui est entrée la première dans la sacro-sainte chambre du Canadien. Son travail à titre de reporter sportive a d’ailleurs inspiré à Réjean Tremblay le personnage de Linda Hébert dans la série Lance et compte.
Puis, en 2003, Chantal Machabée a franchi un autre pas en animant le hockey du Canadien lors de la Soirée du hockey. Un rêve devenu réalité pour celle qui, déjà à l’âge de neuf ans, savait qu’elle deviendrait lectrice de nouvelles sportives.
Une relève qui se fait attendre
L’excellence des premières journalistes sportives québécoises a comblé les dirigeants des grands médias, qui en redemandent. Richard Therrien, du journal Le Soleil, l’affirme dans un article paru il y a quelques années: «Alors que les patrons hésitaient autrefois à donner le micro à une femme, ils ne demandent que ça aujourd’hui.»
Le problème est que les candidates ne sont pas légion. Et selon Chantal Machabée, la majorité des filles qui s’intéressent aux sports n’en aiment qu’un seul. Un défaut dans ce monde où il vaut mieux connaître toutes les disciplines sur le bout de ses doigts pour être remarquée.
L’apport des femmes au journalisme sportif est toutefois positif. En entrevue avec Richard Therrien, Marie-Claude Savard estime que les filles traitent le sport différemment, en axant leur analyse sur la stratégie plutôt que sur les statistiques. Plusieurs amateurs semblent aimer ce vent de fraîcheur et cette nouvelle vision, plus humaine, des nouvelles sportives.
Chantal Machabée, première lectrice de nouvelles sportives à la télévision québécoise

