«Le countri avec un i, c’est le cowboy sans cheval, sans revolver, sans montagne, mais qui a un cœur country». Il y a tout un concept dans l’univers de Madame Moustache. Rock agricole? Country urbain? Les qualificatifs qui tentent de définir sa musique sont nombreux.
Louis Pascal Perreault
Le concept du disque et du spectacle s’inspire d’un personnage qui a réellement existé, vers la fin du 19e siècle. Au milieu d’un spectacle où l’humour est très présent, les deux chanteuses, Geneviève Néron et Julie Ross, racontent le destin tragique de Elora Dumont, cette french woman qui vivra une sorte de tragédie à la Madame Butterfly, transposée à Nevada City, dans un contexte de saloon, de poker, de Far West…
Geneviève Néron et Julie Ross sont les maîtres de cérémonie de la soirée. Entre chaque chanson, elles nous entraînent de plus en plus dans leur univers qui est né d’un véritable amour du country, de cette musique à la fois très populaire et incomprise, au centre d’un paradoxe: c’est le genre musical qui vendrait le plus de disques au Québec, tout en étant absent des ondes des grandes radios. C’est peut-être cette perception ambiguë qui fait qu’une certaine autodérision est présente dans l’animation des deux chanteuses. Mais elles ne tombent jamais dans le cynisme ou le dénigrement. Il y a un véritable amour de cette musique, porté par leurs deux voix qui s’harmonisent à merveille.
C’est une soirée qui fait vivre toutes sortes d’émotions. On est ému par des ballades romantiques dont les textes restent humoristiques. On est entraînés par le talent des musiciens qui dérivent sur toutes sortes de chemins. On nous offre un «Charcoal» de Richard Desjardins, un étonnant «Wooly Bully» interprété par le violoniste végétarien, qui semblait si sage jusque-là, puis une belle interprétation du Frigidaire, chanson du Madelinot Georges Langford que Tex Lecor avait popularisée, et le légendaire «Folsom Prison» de Johnny Cash, et encore un abracadabrant «Jambalayo», où le batteur nous fait des solos dignes du rock progressif, sans oublier une chanson de notre Willie Lamothe… On passe vraiment un bon moment! On souhaiterait les voir devant un public un peu plus tumultueux que celui du Vieux Clocher ce soir-là.
Leur univers rejoint les enfants comme les plus vieux. Julie Ross raconte l’anecdote de «ces personnes âgées qui viennent parfois les féliciter pour leur chanson la plus death métal. C’est le fun! qu’elles nous le disent». Les intérêts musicaux du groupe sont illimités: Frank Zappa, Bob Marley, Bon Jovi, John Zorn, Stéphane Grapelli, les Beatles…
Une présentation soignée
Il faut dire quelques mots sur la facture visuelle qui entoure leur album et leur site Internet. Celui-ci s’ouvre sur une animation accrocheuse, appuyée par du son. Cette esthétique, cet art de bien faire les choses, caractérise très bien ce qu’est vraiment Madame Moustache. Un groupe à voir absolument!

