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Categorized | Culturel

Mettre son collier de chien

Posted on 20 avril 2009 by admin

Ce n’est pas un véritable éditorial que je propose ici; plutôt un compte-rendu sur le thème de l’engagement et du militantisme pour la paix. Armand Vaillancourt, Annie Roy et David Homel, trois artistes déterminés, ont fait valoir leur opinion à l’émission Je l’ai vu à la radio.

Louis Pascal Perreault

Cette émission hebdomadaire animée par Franco Nuovo (le samedi à 14h, sur la Première chaîne de Radio-Canada), est consacrée à la culture. Elle propose des entrevues et des critiques très éclairées, faites par des chroniqueurs passionnés, Louise Forestier et Dany Laferrière notamment… Tous les domaines de l’art y sont couverts. La discussion qui s’est tenue le 4 avril relançait la question toujours actuelle du rôle de l’art dans la société.

L’idéalisme de John et Yoko

L’artiste Yoko Ono, surtout connue pour sa relation avec John Lennon, était à Montréal pour ouvrir l’exposition En noir et blanc (au Musée des Beaux-Arts du 2 avril au 21 juin) soulignant les 40 ans du fameux bed in. L’exposition a été un prétexte pour réunir les trois artistes militants: Armand Vaillancourt, sculpteur, Annie Roy, artiste et co-fondatrice du collectif ATSA (Action terroriste socialement acceptable) et David Homel, écrivain anglophone natif de Chicago, qui vit à Montréal depuis plusieurs années. Les trois ont en commun une certaine rage devant la torpeur et la démobilisation qui paralysent trop d’éléments de notre société, selon eux.

C’est pendant le bed in en question que la chanson Give peace a chance a été composée. Avant l’entrevue-forum, Thomas Hellman (que Le Collectif avait rencontré cet hiver) en a offert une version country-folk-rock absolument décapante. David Homel a d’ailleurs remercié l’interprète d’avoir donné du mordant à cette chanson qu’il jugeait, comme les actes de John Lennon et Yoko Ono, insipide. Thomas Hellman a rajouté que la chanson l’énervait, qu’elle représentait un idéalisme naïf auquel les générations d’aujourd’hui ne peuvent plus croire: «La vérité étant une chose complexe, on ne peut pas simplifier, par exemple, une question comme la guerre israélo-palestinienne.» Dany Laferrière a ajouté que l’erreur du mouvement de paix des années 1960, «c’était de croire que le monde entier était rendu là. Pendant que l’Occident chantait Give peace a chance, Haïti en bavait un coup avec les Duvallier.» Ces années-là furent très violentes, partout dans le monde, malgré le pacifisme apparent. Pour David Holman, il était faux de croire «que les bonnes pensées et les bonnes vibrations allaient changer quelque chose.»

Combattants pour la paix

Des trois invités, Annie Roy fut celle qui a affiché le plus de colère. La gentille exposition, où l’on peut se coucher dans une reproduction du lit qui a servi au bed in, l’a carrément enragée. Rien n’a été fait, selon elle, depuis les années 1960. Elle cite «Monsanto, enfants-soldats, industrie minière, ports méthaniers, monocultures, port d’armes… La paix c’est un combat, et on a l’occasion de se réveiller avec la crise actuelle. J’espère qu’on ne ratera pas l’opportunité. Il faut arrêter de se questionner sur la pertinence des actions. Il faut bouger!», a-t-elle proclamé avec grande émotion. L’ATSA pratique un art d’intervention et multiplie les gestes symboliques, comme l’installation en ville de faux camps de réfugiés. L’ATSA et Armand Vaillancourt ont tous deux été proclamés artistes pour la paix.

C’est là que le sculpteur, ce frondeur qui, dans un geste d’éclat, a fait bulldozer en 1971 son propre atelier avec tout ce qu’il y avait dedans, a affirmé: «C’est correct une médaille, mais j’aime encore mieux mettre mon collier de chien et descendre dans la rue.» Sacré Armand! 80 ans, toutes ses dents!

Parenthèse

Le 23 avril sera la Journée mondiale du livre. Cette date coïncide avec la mort de Shakespeare et de Cervantès. Molière ne fait pas partie de la coïncidence. Est-ce un signe du déclin de l’importance du français dans le monde?

(Pour une fois, je n’ai pas parlé des Conservateurs. Oups! Je viens de le faire…)

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