Les journalistes sportifs québécois ont une relation très particulière avec le Canadien de Montréal. Ils font plus que couvrir les activités de l’équipe: ils décortiquent, analysent et critiquent les moindres faits et gestes du club. Ils ont compris il y a longtemps que dans le paysage sportif du Québec, le Tricolore est roi et maître. À un point tel que les décisions prises par les dirigeants de la Sainte-Flanelle revêtent la même importance que le dernier budget du gouvernement Charest…
Jessica Lapinski-Dejardin
Ainsi, les grands médias – même ceux qui ne sont pas réservés au sport – placent le Canadien de Montréal très haut dans l’échelle de leurs priorités, avec tout ce que cela peut avoir de bon et de mauvais pour les amateurs de hockey. Parce qu’à vouloir tout savoir, tout le temps et avant tout le monde, les médias créent souvent une guerre au scoop, avec d’étranges résultats.
C’est pourquoi en l’espace des deux dernières semaines, le Canadien a été «à vendre» à quelques reprises. D’abord annoncée par Réjean Tremblay de La Presse, la nouvelle a défrayé la manchette, avant de connaître un – léger! – creux de vague. Puis, Radio-Canada a repris la rumeur, que le journaliste de Rue Frontenac Bertrand Raymond a démentie sur les ondes de RDS (oui, c’est un peu compliqué…). Finalement, le lendemain, l’ensemble des journalistes s’entendait: le CH était bel et bien à vendre.
Pendant ce temps, le même type d’imbroglio se produisait avec la blessure subie par le défenseur du Canadien Mathieu Schneider. RDS annonçait en primeur que le numéro 24 serait incapable de disputer l’ensemble du calendrier éliminatoire et qu’une chirurgie serait nécessaire pour guérir son épaule. Une nouvelle que n’a pas voulu commenter Bob Gainey, mais que CKAC a démentie le lendemain: Schneider allait bien et il se déplaçait même en avion avec l’équipe! Le jour même, on apprenait toutefois que le voyage n’était que pour aller consulter un médecin new-yorkais, qui lui a finalement donné la permission de jouer… deux jours plus tard.
Le but ici n’est pas de dénigrer le travail des journalistes sportifs, qui font ce qu’ils peuvent avec un club aussi transparent qu’un bloc de béton. Bob Gainey et ses comparses, experts de la langue de bois, ont sans doute leur part de torts dans cette course au scoop que se livrent les médias. Parce qu’en dressant un portrait plus clair de la situation, ils éviteraient que l’on monte en épingle chaque fait et geste du club.
Toutefois, lorsque l’on regarde ce qui se déroule présentement, on comprend que l’éthique journalistique en a pris un coup, au détriment des amateurs. Comment des personnes sensées être responsables peuvent-elles lancer un flot de nouvelles sur une équipe sportive sans avoir de source crédible et vérifiable? Quand on comprend l’importance qu’a le Canadien de Montréal au Québec, c’est un non-sens absolu…
Heureux d’un printemps
Vous comprendrez sûrement mieux l’intertitre si vous avez lu mon dernier éditorial. Alors nous voici au printemps, enfin. Un printemps plus heureux puisque le Canadien est en séries éliminatoires. Par la peau des dents, certes, mais il y est, les quelques points récoltés dans le dernier droit de la saison ayant suffi pour qualifier le club.
Maintenant, il ne reste qu’à voir pendant combien de temps les fanions tricolores trôneront sur les voitures. Aurons-nous droit à des concerts de klaxons dans les rues? Difficile à dire. Si les séries éliminatoires sont une nouvelle saison, alors tous les espoirs sont permis pour la Sainte-Flanelle. Mais les plus lucides diront que cela augure bien mal pour cette équipe si inconstante depuis quelques mois…
Il faut tout de même se réjouir, car un printemps sans Canadien, ce n’est jamais pareil. Le Tricolore en séries, ça a quelque chose de rassembleur. Pendant quelques semaines (mois?), la majorité des Québécois, partisans ou pas, sont unis dans l’espoir de voir l’équipe soulever la Coupe Stanley.
Ça peut souvent paraître futile, le hockey. Mais il faut admettre que rares sont les projets aussi rassembleurs…

