L’histoire se joue ici

4 mai 2009

Une autre saison, une autre élimination. Ainsi va la vie dans cette ligue si dure, si difficile où seules quelques équipes extrêmement talentueuses, voire chanceuses à l’occasion, ont ce qu’il faut pour remporter les honneurs de l’un des trophées les plus ardemment convoités du sport professionnel.

Jessica Lapinski-Dejardin

Ainsi va la vie dans cette ligue qui ne compte plus six équipes, mais bien 30. Dans cette ligue où du premier au dernier match, plus rien n’est acquis, où les dynasties se font rares et où la moindre qualification pour les séries éliminatoires est obtenue à la sueur du front de ceux qui se défoncent sur la patinoire pendant plus de six mois.

Dans cette ligue où il faut plus que du talent pour l’emporter, où cela prend un bon timing, un bon entraîneur, un bon directeur général, un bon agent libre, un bon échange, tout ne se gagne pas sur la glace. Les victoires se remportent aussi lorsque l’infirmerie est presque vide, lorsque les journalistes sont gentils, lorsque les comptes de taxes ne sont pas trop élevés.

Bref, la victoire dans la Ligue nationale, ce n’est pas que le fruit d’une logique implacable. Elle est rarement destinée à l’équipe qui a tous les éléments sur papier. Au contraire, elle est le résultat d’un labeur constant. Elle va souvent aux plus dévoués, à ceux qui n’ont jamais rien abandonné.

Elle est encore moins destinée aux Canadiens de Montréal. C’était sans doute le cas avant, à l’époque où le hockey n’était pas encore une histoire de gros sous et où l’incroyable talent des joueurs québécois – presque garanti aux Canadiens par l’entremise d’un choix au repêchage – faisait rougir d’envie les autres formations de la LNH.

Dans cette nouvelle réalité, plus rien n’est dû à l’équipe aux 24 coupes Stanley. Même pas un joueur autonome de haut calibre. La seule chose qui revient de plein droit à l’équipe la plus titrée du hockey professionnel, c’est le privilège de se remémorer son incroyable palmarès et de rêver au jour où, enfin, une 25e banderole sera accrochée au plafond du Centre Bell.

Ce que les partisans ont acquis, au cours des 100 premières années d’existence du club, ce n’est pas un abonnement au triomphe. C’est l’incroyable privilège de faire partie d’une équipe qui dépasse les frontières du sport et de la culture, qui est ancrée en plein dans le cœur de la société québécoise. Cela supplante les coupes Stanley. Le Canadien de Montréal, c’est tout un peuple qui souffre, qui crie, qui chiale, qui pleure, qui sourit et qui rêve en symbiose avec ce qui est probablement l’entité la plus rassembleuse de son histoire.

«L’histoire se joue ici», disait le slogan. Mais l’histoire n’est en rien garante de l’avenir. L’histoire n’est pas un perpétuel cycle, c’est une constante progression. Elle ne doit rien à qui que ce soit. L’histoire ne fera pas de Carey Price le prochain Patrick Roy. L’histoire ne permettra pas aux Canadiens de l’emporter face aux Bruins de Boston parce qu’ainsi le veut la tendance. L’histoire, ce n’est pas un remake de 1986 ou de 1993.

L’histoire se joue ici, avec ses victoires et ses défaites. Avec ses joies et ses déceptions. Avec ses incroyables remontées et ses avances bousillées. Avec ses septièmes matchs exaltants et ses éliminations expéditives. L’histoire du Canadien de Montréal n’est pas toute rose. Elle est surtout bleue et rouge, comme les ecchymoses et le sang. Ou comme les larmes de joie et l’amour des partisans.

L’histoire se joue ici, et elle s’y jouera encore demain. C’est ce qui fait la gloire de ce club mythique qui, année après année, continuera de rédiger, dans les succès et les échecs, les lignes d’une des plus belles histoires jamais écrites.

Allez, allez, allez, allez, Montréal…

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