Le Printemps des ateliers-théâtre du Double signe

29 mai 2009

Depuis sa création il y a 25 ans, le théâtre du Double Signe a développé un volet atelier qui produit sept pièces par année. En puisant dans toute la diversité du répertoire théâtral, il offre à ses participants et aux spectateurs des expériences originales et savoureuses.

Louis Pascal Perreault

Le Printemps des ateliers-théâtre a vu le jour en 1989. Depuis ce temps, 122 textes ont été montés et présentés à plus de 65 000 spectateurs. Cela fait du Double Signe un pilier pour la région sherbrookoise en matière de diffusion de la dramaturgie. Plusieurs comédiens qui font maintenant carrière, comme Maxime Gaudet (Polytechnique), ont débuté dans ces ateliers.

Une expérience ouverte à tous

Il est intéressant de savoir que les ateliers ne font pas de discrimination dans le choix de leurs comédiens. On n’exige aucun préalable. Il n’y a pas d’audition. Il suffit de s’inscrire à temps, car les sept ateliers se remplissent rapidement. La compagnie sélectionne cependant ses animateurs et ses metteurs en scène, qui sont tous des professionnels dont l’expérience est capable d’amener des «amateurs» à atteindre des niveaux assez élevés. La passion se ressent à tous les niveaux, et au fond, elle est probablement l’unique pré-requis.

André Gélinas, qui a dirigé Les Guignols (il est aussi auteur et fondateur de la troupe Les Turcs Gobeurs d’Opium), explique « qu’il faut partir de l’intérêt des participants, plutôt que du talent. On apprend à travailler avec les forces et les faiblesses. La finalité d’un atelier n’est pas le spectacle parfait, mais le processus. Il s’agit d’offrir une expérience de jeu au participant et une expérience théâtrale au public.»

L’audace des jeunes

Les deux ateliers jeunesse de la saison ont déjà été présentés. Guignols et commedia dell’arte furent à l’honneur.

D’abord, du 30 avril au 2 mai, on nous a offert une relecture complètement hallucinante de Guignols, ces marionnettes appartenant à la tradition française, qui ont récupéré à leur façon les personnages de Polichinelle, Arlequin, Colombine et autres. Sorcières, mégères, charlatans, manipulateurs, brigadiers, coups de bâton et pendaisons arbitraires. Tout un menu irrévérencieux et burlesque! Les enfants comme les adultes ont pu y trouver leur compte, y être interpellés par leurs références propres. André Gélineau, qui affirme que «les adolescents embarquent à fond dans l’audace», a eu l’idée de génie, et peut-être inédite, de remplacer les marionnettes par des comédiens. Les treize jeunes sont allés au bout du burlesque, n’ayant pas peur du ridicule, se déplaçant de côté comme des «vrais» guignols, prenant des voix grotesques… Une scène à deux niveaux reproduisant un théâtre de marionnettes à l’échelle humaine permettait des entrées et des sorties, des chassés-croisés hilarants.

Puis, du 20 et 23 mai, ce fut le tour de Arlequin, valet de deux maîtres, texte du prolifique auteur italien du 18e siècle Carlo Goldoni. L’amour et la condition sociale constituent les enjeux majeurs de ce texte. Un discours féministe étonnant de modernité est aussi très présent, rappelant que l’histoire se répète continuellement. Avec des moyens minimaux de mise en scène, les jeunes arrivent à maintenir le spectateur en haleine pendant plus de deux heures et demie, sans entracte. Tout un exploit! Plusieurs comédiens ont fait la démonstration d’un grand talent, mais il faut souligner l’incroyable prestation de Constance Chaput-Raby dans le rôle-titre. Tous les niveaux du jeu étaient maîtrisés pour incarner ce valet rusé et gaffeur qui, luttant pour améliorer son sort, réussit à chaque instant à s’embourber et à se désembourber. Sarah Touchette, entre autres comédienne avec Le Cirque du Soleil, a animé et mis en scène cette production.

Les Trois prochains spectacles

Le spectateur qui a manqué les premières productions du Printemps des ateliers-théâtre peut se reprendre. Il reste trois ateliers pour adultes. Mowgli (inspiré du Livre de la jungle) sera présenté du 27 au 30 mai. Ce texte du directeur artistique du Double Signe, Patrick Quintal, fut d’abord écrit pour le volet professionnel de la compagnie. Il sera réadapté par la metteure en scène Pascale Tremblay. Puis, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, tragicomédie écrite par notre Wajdi Mouawad, prendra l’affiche du 3 au 6 juin, avec une mise en scène de Jean-François Hamel. La saison se terminera avec Ce soir on danse, du 10 au 13 juin, une comédie dramatique écrite par Richard Harris et mise en scène par Alexandre Leclerc. Tous les spectacles ont lieu à 20h au théâtre Léonard St-Laurent (200 rue Peel).

Le théâtre du Double signe est actuellement en campagne de financement. Modestement, ils suggèrent à chaque spectateur la contribution volontaire d’un dollar. L’appel est lancé à tous. Quand on est conscient de tout le boulot que cette compagnie accomplit pour le théâtre, pour les jeunes, pour les adultes, pour le public, pour la culture en général dans la région, ils méritent pleinement notre encouragement. Pour plus d’informations, vous pouvez contacter le Double Signe au numéro 819 565-5536. Vous pouvez aussi visiter leur site internet.

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