Chronique du voyageur
Moscou ne croit pas aux… écolos
Au mois d’avril, la neige fond à Moscou, laissant derrière elle de nombreux détritus. «C’est habituel», me direz-vous dans une ville qui vit 10 mois par année sous la neige. C’est la même chose à Montréal alors qu’après un long voyage autour du Soleil, notre planète nous offre enfin la résurrection pascale. C’est qu’à Montréal on a cru bon installer… des poubelles!
Alexandre Côté
Il y a pire! Dans cette ville de 15 millions d’habitants, pas le moindre recyclage, rien, nada! À Rome on fait comme les Romains, mais pour un Québécois moyen, le simple fait de recycler est devenu une habitude. Je me fais violence chaque fois que je jette une bouteille de plastique. Imaginez l’impact de 15 millions de consommateurs qui ne recyclent pas. Et ce n’est pas une question de pouvoir économique ou de manque d’organisation. La Russie est le 15e pays le plus riche du monde et on y fait la cueillette des ordures.
Selon un rapport de 2008 de l’Annual Review of Environment and Ressources, organisme écologiste national, 14 régions russes sont considérées comme non favorables à l’environnement. Le laxisme apparent des autorités mène à des aberrations comme celle qu’on peut observer dans le port de Mourmansk, bourgade située entre le fjord de Litsa et les chantiers navals de Severodvinsk dans la mer du Nord. Là-bas sont entassés 52 sous-marins nucléaires hors service dont les réacteurs, encore chargés, se vident insidieusement de 21 067 m3 de déchets radioactifs solides et de 7 523 m3 de déchets radioactifs liquides dans les eaux depuis près de 20 ans. Ces eaux contaminées coulent sous l’Arctique et accéléreraient la fonte des glaciers en plus de contaminer les côtes.
Des groupes comme le Projet Bellona tentent de convaincre le gouvernement russe que la situation est dramatique et qu’il faut agir, mais ils se heurtent à des portes closes. En 1996, Alexandre Nitkitine a été emprisonné et maintenu derrière les barreaux durant trois ans pour avoir fourni les chiffres que vous venez de lire. En 2001, c’est Grigory Pasko, un journaliste, qui a dû faire face à la justice. On lui a reproché d’avoir filmé un groupe de soldats russes déversant des déchets nucléaires près des côtes japonaises. Il a lui aussi été incarcéré.
Sans surprise, le gouvernement russe fait la promotion d’un discours divergent. Avec à sa tête Khabiboullo Abdoussamatov, chef du Laboratoire d’études spatiales de l’Observatoire principal de Poulkovo et Vladimir Melnikov, directeur de l’Institut de la cryosphère terrestre, un groupe de chercheurs liés au pouvoir nient catégoriquement le réchauffement climatique. Selon eux, nous serions à l’aube d’une nouvelle glaciation. Un discours plutôt habile dans un pays qui est le troisième émetteur mondial de CO2. Parce qu’il est le plus grand pays au monde et qu’il est riche en biodiversité, les politiques environnementales de la Russie ont un impact majeur sur l’ensemble de notre planète. Pourquoi ne pas commencer par mettre des poubelles dans les rues de Moscou?

