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Categorized | Société

Épicure, un incompris de la philosophie?

Posted on 04 mai 2009 by admin

Chronique philosophique

Comme nombre de ses confrères philosophes, Épicure est largement victime d’erreurs d’interprétation… Sa philosophie du plaisir a donné lieu à des interprétations très larges de la part de gens ne l’ayant pas lu la plupart du temps, comme c’est malheureusement souvent le cas avec les écrits en philosophie.

Michel Daigneault

Si la conception du plaisir d’Épicure fait le commencement et la fin d’une vie heureuse, il ne s’agit pas d’un plaisir frivole, éphémère ou artificiel. En fait, le plaisir auquel Épicure donne souveraineté en est un qui se caractérise par l’absence de douleur dans le corps et par l’absence de tourments dans l’âme. Le plaisir qui mène au bonheur, selon Épicure, est celui qui est ressenti lorsque nos désirs naturels sont satisfaits. Non pas pendant l’assouvissement de nos besoins, mais bien après celui-ci, lorsque l’on ne ressent plus les affres et tourments du désir. Il n’est donc pas question d’orgies sexuelles, gastronomiques, ou de tout autre type de satisfaction de désirs naturels pour ressentir le plaisir et atteindre le bonheur… Je serais tenté, ici, de faire un rapprochement avec le concept de simplicité volontaire à notre époque. Ou encore, on pourrait illustrer cette idée par une maxime telle que «Veux ce que peux, tu seras heureux!»

Le plaisir est une vertu souveraine: il est ici critère du bien, car c’est lui qui permettra d’atteindre le bonheur (en fait, il en est constitutif), fin de la vie humaine; c’est donc en fonction de ce qui nous donnera le plus de plaisir (donc le moins de douleur pour le corps et de tumulte pour l’âme, tout en permettant l’assouvissement d’un désir) que nous devons diriger nos actions. Ce plaisir durable procède un peu, en fait, du concept d’ataraxie qui, lui, renvoie à une certaine sérénité de l’âme, à uncontentement.

On ne peut aborder la question épineuse du plaisir chez Épicure sans parler des catégories de désirs qu’il a dressées. En effet, les désirs, chez ce philosophe, sont classés en deux catégories principales: les désirs naturels (dont certains mènent au plaisir et donc au bonheur) et les désirs non naturels (qui sont vains). Les désirs naturels et nécessaires qui mènent au bonheur sont par exemple manger, boire, travailler (pour s’accomplir), s’instruire (pour s’épanouir), etc. Les plaisirs non naturels sont tout ce qui est extérieur à nous, nous éloigne de notre nature propre, tel que la réputation, l’apparat, l’ivresse, etc.

Ici encore, on ne peut parler de la conception épicurienne du plaisir sans aborder la question des sensations. Comme celles-ci sont, pour Épicure, limitées en intensité et en durée, et qu’elles procèdent des représentations que nous nous faisons des choses et des situations, elles représentent un trouble de l’âme et l’on devrait, pour cela, se méfier des plaisirs qu’elles suscitent. Les plaisirs de la chair et du palais, par exemple, devraient donc être consommés avec parcimonie et sagesse. En fait, puisque et les plaisirs, et les douleurs sont éphémères et infinis, il ne sert de rien de désirer l’un et de fuir l’autre toute sa vie: on n’atteindra jamais la fin ni de l’un ni de l’autre…

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