L’Impact de Montréal, c’est l’incarnation sportive de David contre Goliath. Dans une ville où les équipes professionnelles autres que le Canadien de Montréal vivent dans l’ombre du géant tricolore, l’Impact se fait peu à peu une place. Aujourd’hui, l’équipe paternée par Joey Saputo peut se targuer d’avoir le stade le plus neuf de toutes les formations montréalaises, et une foule qui aurait fait cramoisir d’envie les défunts Expos.
Jessica Lapinski-Dejardin
Pas encore 20 années d’existence et déjà deux championnats en plus d’une participation aux quarts de finale de la Ligue des champions de la CONCACAF. Bien peu d’organisations sportives peuvent revendiquer un tel palmarès en si peu de temps. Pourtant, l’Impact de Montréal doit se battre pour qu’on lui accorde un minimum d’attention. Coincée entre le hockey de la LNH, le football des Alouettes et même le baseball majeur, l’équipe fait pâle figure dans l’agenda des grands médias.
Mais les amateurs de sport montréalais ne sont pas tous dupes. Dans cette ville avide de victoires, plusieurs reconnaissent les mérites de l’Impact. En février dernier, ils étaient plus de 55 000 à supporter le club dans le match le plus important de sa jeune histoire. Contrairement à certains – lire ici «les Alouettes de Montréal en finale de la Coupe Grey» – la formation dirigée à l’époque par John Limniatis n’a pas croulé sous la pression à domicile. Elle s’est plutôt gavée de cette énergie pour remporter la rencontre contre une équipe pourtant largement favorite.
Un beau club, qui a l’innocence de sa jeunesse. Malgré le congédiement récent de Limniatis – le deuxième entraîneur limogé en moins d’un an, après Nick de Santis – l’équipe fait peu de remous, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est sans doute cette foule bon enfant, qui envahit match après match le stade Saputo en espérant, sans l’exiger, une victoire de leurs favoris. Le pire, c’est toutefois ce manque d’engouement des médias et des amateurs trop «canadiens-de-montréalisés», même en été, pour faire cas de ce petit joyau qui brille dans leur ville.
C’est un peu normal, après tout. Il est difficile d’aimer à la fois le soccer et le hockey, deux sports si proches et si éloignés. Surtout quand notre amour pour le hockey dépasse le sport… et même l’entendement. Le soccer, pour l’amateur de rondelles, c’est long et lent, et ça finit beaucoup trop souvent par la marque de 0 à 0 pour être digne d’intérêt.
Pourtant, l’Impact est le lieu commun d’une majorité de Montréalais et de Québécois. Depuis sa création, en 1992, l’équipe a un impact indéniable sur le soccer au Québec. Le ballon rond a le vent dans les voiles, avec 170 000 jeunes adeptes au Québec en 2007. Peu coûteux, le soccer ne requiert pas d’équipement hors de prix, contrairement au hockey. Il est donc un sport facile à pratiquer, peu importe le budget.
Le stade Saputo est aussi le lieu de prédilection des familles désireuses d’assister à un bon match sans se ruiner. Car le prix – autant des billets que de la nourriture – est largement en deçà de ce que coûte une soirée au Centre Bell. L’ambiance est assurée notamment par les Ultras, ces invétérés qui encouragent le club à tue-tête, et le spectacle sportif est suffisamment bon pour attirer des immigrants qui ont parfois connu les grandes ligues européennes et sud-américaines.
L’Impact n’a pas encore 20 ans, deux titres à son actif, un des plus beaux stades de la province et une foule avoisinant les 15 000 spectateurs match après match. Il flirte avec un passage dans la Major League Soccer, la plus grande ligue de soccer en Amérique du Nord. La mentalité sportive est-elle en train de changer au Québec? Même s’il est quasi assuré que le club n’occupera jamais la même place que le Canadien de Montréal dans le cœur d’une majorité d’amateurs, il fait bon de voir une équipe occuper si brillamment nos soirées d’été.

