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Categorized | Société

La société aseptisée

Posted on 29 mai 2009 by admin

Début mai, je suis en Espagne, loin de tous les tracas de la vie quotidienne. Je ne lis plus les journaux, je ne regarde plus les bulletins de nouvelles télévisés. Je profite de la vie et des repas gratuits de l’auberge de jeunesse: pâtes au porc ce soir. Miam !

Véronique Tétreault

Quelques jours plus tard, je reçois un courriel de ma mère, qui remplit à merveille ses fonctions de mère inquiète: «As-tu entendu parler de la grippe porcine? On entend plus parler que de ça ici! Elle viendrait d’arriver en Espagne apparemment… Fais attention à toi!» Hum… Non, je n’ai pas entendu parler de cette grippe. Qu’est-ce qu’elle fait dans la vie? À qui elle s’en prend? Je n’en sais fichtre rien, mais tout va bien, alors aucune raison de s’en faire.

Je reviens de voyage, quelques jours plus tard, puis maux de gorge, extinction de voix… Tout de suite, ces symptômes qui m’auraient paru anodins en temps normal sonnent l’alarme: grippe porcine? Je n’en connais même pas les symptômes et c’est la première chose à laquelle je pense! J’ai mangé du porc dernièrement. Les jours suivants, j’ai des maux de tête et je me sens un peu faible par moments. Simplement un dur retour à la réalité, ou grippe porcine? Angoisse… Ou un autre virus anonyme, peut-être? J’essaie de me rassurer.

Évidemment, je me suis alertée pour rien. Mais je ne suis pas la seule: bien des gens avec qui j’ai parlé ayant ressenti un quelconque malaise au cours des dernières semaines ont aussi considéré l’hypothèse de la grippe porcine. Notre société souffrirait-elle d’hypocondrie?

Allons-y de quelques faits: en date du 15 mai, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dénombrait 7520 cas de grippe A (H1N1) dans 34 pays. Le 13 mai, 63 personnes étaient décédées après avoir contracté le virus. Parmi ces décès, 58 ont eu lieu au Mexique, trois aux États-Unis, un au Canada et un au Costa Rica. Dans ces deux derniers pays, on a d’ailleurs affirmé que les victimes souffraient d’autres problèmes de santé auparavant. Au Mexique, les décès représentent 2,3% des cas enregistrés, un pourcentage beaucoup moins important qu’on l’aurait d’abord cru. L’OMS elle-même assure que la plupart des personnes atteintes de cette grippe n’ont aucun besoin d’être traitées, qu’il s’agit de cas bénins qui se résorberont d’eux-mêmes. Pourquoi ce virus nous a-t-il tant alarmés alors? Je crois déceler une tendance à la surprotection.

Ce genre d’attitude semble être répandu dans notre société. On tient à se protéger à tout prix des virus, des bactéries, des microbes plus anodins les uns que les autres. Je pense aux Lysol, Febreze et Purell (de plus en plus nombreux) de ce monde qui véhiculent de si beaux messages: «Protégez vos enfants des vilaines bactéries qui les entourent!» Et comme leurs publicités le démontrent si bien, elles sont partout! Protégez donc vos enfants de leur environnement, protégez-les de leurs crayons, de leurs ballons et de leurs amis. Protégez-les de la vie, quoi. Mais ne vaut-il pas mieux attraper une petite grippe de temps en temps, question de garder un système immunitaire alerte? Je ne dis pas qu’il faut éviter toute forme de protection, mais la suraseptisation n’augure quant à moi rien de bon.

En ce qui concerne la grippe porcine, je n’ai pas l’impression qu’elle ait fait plus de ravages au Québec qu’une bonne grippe de fin d’hiver. Je me demande donc si on inquiète la population pour rien, ou si toute la couverture médiatique qu’on accorde à cette maladie est justifiée. Je ne sais pas, je m’interroge…

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