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Categorized | Société

Les sans-papiers en France… au Brésil

Posted on 29 mai 2009 by admin

Lors du Forum Social Mondial de Bélem, au Brésil, deux étudiants de l’Université de Sherbrooke ont participé à une conférence traitant de la problématique des sans-papiers en France.

Aladin Reskallah

Fraîchement débarqués en terre brésilienne en vue de participer au grand rassemblement altermondialiste que constitue le Forum Social Mondial à Belém, nous devons trouver un objet d’étude afin de rencontrer l’objectif de ce micro-stage en relations internationales. Tentons de ne pas se laisser distraire par la chaleur étouffante, la proximité de la plage et le paysage équatorial.

Première étape: réunion en vue de planifier la démarche. Il s’agit de choisir un thème et d’assister à des conférences sur les campus des universités de Belém qui ont été réquisitionnés pour l’occasion. Assez vite, on se rend compte que le fait de circonscrire un sujet précis s’avère être une tâche relativement ardue. En effet, les panels proposés le sont en au moins quatre langues et les sujets varient énormément. Après avoir passé les 52 pages en revue, nous aurions pu céder à l’envie d’aller profiter de la plage au lieu de nous perdre dans une recherche qui pourrait s’apparenter à chercher une aiguille dans une botte de foin (à titre informatif, il entre environ 45 annonces de conférences par page, soit environ 2340 conférences).

Mais soudain, la lumière! J’aperçois le panel de mes rêves, celui que j’attendais. Un sujet d’actualité qui m’interpelle: «La place des migrants dans la conception du développement». En plus, il est en français, ce qui va faciliter la compréhension. Notre décision est prise: nous assisterons à ce panel même si nous ne pourrons pas utiliser cette thématique comme fil conducteur tout au long de la semaine. La conférence réunit Antoine Viollet, Fatima Yaou, Antoine Avignon et Catherine Allier (les conférenciers) venant de la banlieue parisienne en France, un Brésilien, un Colombien, un Suisse, un Italien, un Africain, une juriste française travaillant en Guyane ainsi que mon collègue et moi de l’Université de Sherbrooke. Ceci nous donne un groupe de discussion assez hétéroclite et grâce à la double compétence linguistique français/portugais d’Andreas Nufer, la traduction est effectuée en simultané.

Les panelistes commencent la conférence par une mise en contexte. Ils habitent une ville nommée Aubervilliers, qui se situe en banlieue parisienne, et qui représente un exemple typique de banlieue française en proie à quelques problèmes sociaux et que l’on stigmatise parfois. En effet, selon les dires des panelistes, à Aubervilliers, 39 % de la population est d’origine étrangère, et 41 % des logements sont des logements sociaux. C’est donc dans ce contexte que des habitants d’Aubervilliers ont choisi de se mobiliser afin de permettre aux habitants de vivre «sans la peur», «[p]eur de voir un ami, un voisin, un camarade, une maman, un papa, un enfant majeur, mis en rétention par la police, et absorbé par la machine judiciaire et administrative d’où il ne sortira au mieux que profondément traumatisé et au pire éloigné de tous ses proches, vers un pays où il n’a plus d’attaches, et d’où il rencontrera les pires difficultés pour rejoindre sa famille en France.»

Les intervenants sont membres du Comité de Vigilance d’ Aubervilliers  contre l’Expulsion des Familles et Élèves Sans-Papiers qui fut fondée à la suite de nouvelles lois en avril-mai 2006 visant à durcir la politique en termes d’immigration. Devant une inquiétude grandissante de la société civile, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur et de l’aménagement du territoire, a transmis la circulaire du 13 juin 2006 à l’attention des préfets de régions, des préfets de départements et du préfet de police, émise dans le but de déterminer les « mesures à prendre à l’endroit des ressortissants étrangers dont le séjour en France est irrégulier et dont au moins un enfant est scolarisé depuis septembre 2005.»

Cette circulaire semblait prometteuse car elle fixait des critères de régularisation et des centaines de personnes se sont ruées à la préfecture afin d’obtenir une régularisation de leur situation. Selon le site internet d’Auber sans la peur, la diffusion de cette circulaire s’est traduite par des reconduites massives à la frontière pour de nombreux parents et enfants, souvent n’ayant plus d’attache avec leur pays d’origine. Les militants d’Auber sans la peur, se définissant eux-mêmes comme le « comité de vigilance d’Aubervilliers contre les expulsions des familles et élèves sans-papiers », émettent même l’hypothèse que cette promesse de régularisation visait en fait à acquérir les dossiers des familles sans-papiers afin de pouvoir les retrouver ensuite et les expulser du territoire.

Pour donner un exemple des activités de l’association Auber sans la peur, elle s’organise contre les arrêtés de reconduite à la frontière afin de sauver ceux qu’elle peut d’une expulsion certaine. Ainsi, moins d’un mois après notre retour du Brésil, le 24 février 2009, le collectif a fait appel à tous ses membres et sympathisants dans le but d’éviter à un jeune homme d’être expulsé vers la Tunisie, son pays d’origine, alors qu’il poursuivait ses études. Les membres de l’association et les personnes sympathisantes ont fait pression sur le préfet de Paris ainsi que sur le ministre de l’immigration pour qu’ils annulent la décision. À la suite d’un arrêté préfectoral, le jeune en question avait été placé en centre de rétention, ce qui est légal au niveau européen, en attendant sa reconduite à la frontière. En partie grâce aux activités de l’association, la décision a été annulée et le jeune homme a pu rester sur le territoire français même si pour le moment, sa situation n’est pas régularisée.

Nous avons donc ici un bon exemple d’un cas où les membres de la société civile ont réussi à s’organiser et à influencer des décisions politiques qu’ils ne jugeaient pas en accord avec les valeurs du pays. Lors de la participation au forum social mondial, les membres de cette association ont pu sensibiliser des participants

des quatre coins du monde et faire part de leurs activités à des personnes d’horizons différents.


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