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Categorized | Culturel

Un plaidoyer «silencieux»

Posted on 04 mai 2009 by admin

Pour la musique…

Michel Lam est né ici, de parents vietnamiens. Il a grandi à Sherbrooke et a fait son primaire à l’école Sacré-Cœur. Imprégné par cette formation artistique, il est devenu cinéaste. Après quelques courts métrages, il vient de réaliser pour l’ONF un documentaire qui s’est fait remarquer au dernier Festival nternational du film sur l’art de Montréal.

Louis Pascal Perreault

Michel Lam a choisi de s’effacer complètement pour laisser la parole à Rachel, Alexis et Anne-Catherine qui sont, avec les instruments de musique, les véritables «vedettes» de son film. Les seules paroles du cinéaste se retrouvent dans le titre: Et la musique… Les trois petits points constituent à eux seuls un argument complet, une interrogation. Quand vient le temps d’effectuer des coupures en éducation, les arts sont souvent les premiers sacrifiés par ces rationalisations, et pourtant… Le jeune réalisateur n’a pas voulu faire une démonstration théorique des bienfaits de l’enseignement de la musique. Il suit simplement le parcours, pendant une année scolaire, de quelques enfants. Ceux-ci prennent quelques fois la parole, mais le propos est surtout implicite. À travers leurs yeux et leurs réactions, on comprend tout.

«Pour moi, c’était très important d’amener le spectateur à vivre avec ces enfants-là. Je voulais montrer l’importance de l’enseignement de l’art, oui, mais en faire la démonstration, pas l’explication. Je cherchais aussi à faire quelque chose d’impressionniste, qui se rapproche de la peinture. Faire ressentir plutôt que faire comprendre…» Michel Lam résume ainsi son approche.

Les arts pour la structuration de l’identité

«Les arts, ce n’est pas la solution miracle, mais c’est une partie de la solution». Solution à quoi? À une foule de maux sociaux et de problèmes scolaires. Le film le démontre que « ça motive [les élèves] à aller à l’école, ça leur donne un but, ça leur montre la rigueur et la discipline, ça travaille leur mémoire, ça ouvre leur sensibilité… Ce n’est pas juste un passe-temps. Je ne parle pas ici de devenir musicien professionnel. Simplement d’inclure les arts et la culture dans sa vie. Sacré-Cœur a maintenant 35 ans d’expérience et ça ne se construit pas du jour au lendemain. Cependant, c’est bien plus une question de volonté et d’engagement de la part d’un milieu qu’une affaire d’argent». Ce film inspirera peut-être d’autres écoles à développer cette culture, et pas nécessairement avec la musique. Ça peut être le théâtre ou toute autre forme d’art.

On peut avoir l’impression, en visionnant le film, qu’on a affaire à des enfants favorisés. «Pas tous», assure Michel Lam. Il y a bien des tests d’aptitudes pour entrer à Sacré-Cœur, mais cela n’a rien à voir avec le milieu socioculturel d’où vient l’enfant. L’intérêt des parents pour la culture, ce qu’ils transmettent à leur enfant à cet égard, joue beaucoup plus dans la balance que les moyens financiers. Michel Lam est certain que de tels programmes sont possibles en milieu défavorisé, car, encore une fois, c’est avant tout une question d’engagement. Montrer des films ou des peintures, faire entendre de la musique, mettre les enfants en contact avec l’art, cela ne coûte presque rien. Tout de même, si on veut aller un peu plus loin, si on veut acheter de l’équipement pour soutenir un programme de formation, le financement devient un facteur, et on souhaite alors que des ministres, des fonctionnaires et des financiers aillent voir ce film.

Il n’est jamais trop tard pour entrer en contact avec l’art. Michel Lam a vu des adultes, peu initiés et en apparence peu sensibles aux formes d’art moins «populaires», se transformer devant une œuvre qui les touchait. Comme bien d’autres, il croit que les médias sous-estiment totalement l’intelligence et la sensibilité du grand public, sa capacité à s’ouvrir à des formes et à des discours tellement plus diversifiés que ce qu’on lui présente en jurant que c’est ce qu’il veut.

Une superbe photographie

Il faut glisser un petit mot sur les images. «L’école, la bâtisse elle-même, avec sa lumière, est un personnage dans le film.» On a triché un peu, oui, en éteignant parfois les néons, mais la lumière naturelle de l’école et de ses nombreuses fenêtres est souvent utilisée. La chaleur du bois participe beaucoup à cet effet de peinture.

Il a fallu à Michel Lam un long travail d’apprivoisement des enfants autant que des enseignants. Il les a habitués à la caméra pendant plusieurs mois, et ce travail a porté fruit: les sujets gardent tout leur naturel. Le film est à l’affiche à la Maison du cinéma depuis le 1er mai. Il en vaut le déplacement.

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