
Étant une résidente depuis une douzaine d’années du centre-ville de Sherbrooke, j’ai assisté à son évolution économique et architecturale certes, mais je m’inquiète un peu du niveau social. En effet, les personnes en détresse psychologique, les mendiants et les sans-abris sont de plus en plus fréquents et plus nombreux sur notre chère rue Wellington. Est-ce que tout développement urbain ne devrait pas aussi prendre en compte la réalité humaine de ses habitants naturels?
Emmy Grand-maison
Je ne nie pas le fait que ces personnes que nous considérons comme marginales à Sherbrooke sont attachantes. Elles font pour moi partie de la vie et de la beauté de mon quartier, je les côtoie depuis plus de dix ans; «Madame Bouh», le «Marcheur de yoga au ralenti», «l’homme en orange fluo», «la dame à sacoche qui imite les voix», etc.… Ceux-là ne sont que les plus connus de tous. Ils sont marginaux certes, mais s’en sortent beaucoup mieux que plusieurs autres.
Anecdote du centre-ville… Je me lève un matin de janvier, frigorifique comme seul le Québec en produit, pour aller travailler très tôt. Je vois au coin de la rue une femme hagarde, mais sans m’en préoccuper, je poursuis mon chemin. Arrivé au coin
suivant, je me retourne et remarque qu’elle n’a pas bougé d’un cil. Je reviens sur mes pas et lui demande si tout va bien. Je dois réitérer ma question trois fois et la toucher à l’épaule pour qu’elle remarque ma présence et comprenne ma question. Complètement perdue, elle me dit qu’elle avait dormi dans un refuge, mais qu’elle ne pouvait pas y rester entre 6h30 du matin et 17h du soir; elle me souffle, les yeux perdus, le regard suppliant, qu’elle a froid. Bien sûr, qu’elle a froid, en regardant bien, elle ne porte qu’un mince manteau qui ne «zippe» pas, un chandail à manches courtes et des baskets salement amochés. J’ai mes mitaines, mon foulard, ma tuque, mon manteau Kanuk au genou et je me les gèle!
Comment peuvent-ils mettre des gens visiblement atteints de troubles psychologiques dehors à 6h30 le matin, à moins quarante sous zéro? Quel genre de services sociaux offrons-nous aux gens malades ou en détresse psychologique, hiver com
me été? Je dois faire l’ouverture du restaurant et je suis pressée, je suggère à la dame d’aller à la cantine du coin et de se réchauffer. Le cœur et la conscience lourde, je continue ma route vers le travail. J’ai par la suite téléphoné à la police pour expliquer la situation, m’assurant ainsi de ne pas la retrouver au même coin de rue à la fin de mon quart de travail, morte d’hypothermie! Et ce n’est qu’une anecdote parmi tant d’autres.
Où sont les institutions qui sont responsables d’aider ces gens? Est-ce là le résultat de ce qu’ils appellent la désinstitutionalisation? À quoi ça sert d’investir dans le développement économique et des infrastructures du centre-ville, si nous n’investissons pas aussi dans l’aspect humain du quartier? Car certes, même si les commerces se multiplient et s’embellissent, visiblement, les services du centre-ville peinent à répondre aux demandes des nouveaux arrivés, des itinérants, des mendiants, des marginaux et des personnes en détresse psychologique.
Il est impératif que les décideurs politiques, si fiers de la restructuration de leurs centres-villes, prennent en compte ce phénomène et interviennent. Sans enlever aux charmes du centre-ville, toutefois, car pour moi ces bons vivants en constituent le cœur et ils ont besoin de services sociaux! Je vois mal comment je peux profiter d’un restaurant comme le Bouchon, à plus de 100$ le couvert, alors que je me suis fait quêter trois fois en m’y rendant et que j’ai croisé au moins six personnes qui auraient eu besoin de se diviser le montant de la facture du restaurant pour couvrir une journée entière en nourriture.
Je ne suis peut-être pas assez snob, peut-être pas assez autruche, peut-être trop rurale, mais personnellement de voir de plus en plus de gens dans le besoin dans les rues de mon quartier m’empêche d’approuver les honneurs qui sont décernés à notre cher centre-ville! L’avenir nous dira si le plan de la Ville de Sherbrooke n’a pas omis l’aspect humain du développement du centre-ville, mais de jour en jour, je constate qu’il y a un besoin de plus en plus important et de plus en plus de travail à faire.






août 4th, 2009 at 10:09
Je vous félicite Madame pour votre article. Vous avez entièrement raison de questionner de manière éloquente l’administration locale.
Il est vrai, que si vous aller à l’accueil Poirier sur la Galt, il vous met à la rue à une certaine heure et vous ne pouvez entrer qu’à une certaine heure. J’y ai vécu pour un mois.
C’est tout à fait inhumain; il n’y a pas un spécialiste sur la terre qui va me faire avaler une justification qu’elle quel soit.
Merci pour vos commentaires sensibles aux autres.
Jocelyn Cloutier