Augmentation des frais de scolarité

20 juillet 2009

Le MELS refuse de s’y opposer

La ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, garde le flou au sujet d’une prolongation des hausses bisannuelles des frais de scolarité. Son ministère réfute les allégations sorties dans Le Devoir du 12 juin, comme quoi des hausses seraient planifiées jusqu’en 2015-2016. Mais le gouvernement refuse tout de même de fermer complètement la porte à de nouvelles augmentations. Les associations étudiantes demandent des explications.

Olivier Robichaud

Plusieurs ont cru que le chat était sorti du sac lorsque Le Devoir nous apprenait que le plan de retour à l’équilibre budgétaire de l’UQÀM reposait sur une augmentation des frais de 50 dollars par session jusqu’en 2015-2016. Selon le plan dévoilé par le gouvernement libéral en 2007, le dégel des frais devrait prendre fin en 2011-2012. Pourtant, le recteur de l’université publique montréalaise, Claude Corbo, précisait dans l’article qu’il travaillait selon les indications que lui fournissaient les fonctionnaires.

Or, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) nie que l’UQÀM ait reçu des indications en ce sens. Par contre, personne n’ose affirmer que des augmentations supplémentaires sont impossibles. Plutôt, le gouvernement regarde toutes les possibilités. La ministre Courchesne refuse de s’aventurer dans une voie ou dans l’autre.

Réaction tiède de la FEUS

Entre-temps, les associations étudiantes ont pris note de la situation et se préparent à une éventuelle relance du débat. Mais aucune action n’est prévue pour le moment. La Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS) n’a pas encore réagi par rapport au dossier, préférant laisser cette question à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), dont elle est membre. Tout au plus, lorsque contacté par le Collectif,
le président de la FEUS, Nicolas Delorme, a suggéré de consulter la dernière revue de presse hebdomadaire publiée par l’association… mais aucune mention de l’article du Devoir ne s’y trouve.

Du côté de la FEUQ, un communiqué de presse a été publié, réaffirmant son opposition à toute hausse des frais imposés aux étudiants. On y mentionne, entre autres choses, que les effets néfastes sur les étudiants se font ressentir au niveau des inscriptions à l’université. Une étude du MELS démontre en effet que les hausses bisannuelles que nous subissons actuellement empêcheraient entre 6 000 et 13 000 étudiants de fréquenter les institutions universitaires du Québec. Le président de la Fédération, Jean Grégoire, déplore entre autres «que le gouvernement Charest ne consulte pas les étudiants avant de faire savoir qu’il explore la possibilité d’augmenter pendant des années encore le fardeau des étudiants».

Cependant, à la suite des réfutations du MELS et quelques explications du recteur de l’UQÀM, la FEUQ a adopté une approche de vigilance plutôt que d’attaque. Son attaché de presse, Matthieu Leblanc, affirme que la Fédération maintient son opposition à une hausse éventuelle des frais de scolarité, mais qu’aucune démarche n’est actuellement envisagée.

Dénonciation au REMDUS, mais…

Au REMDUS (Regroupement des étudiants et des étudiantes de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l’Université de Sherbrooke), la réaction est plus visible, mais une prise de position demeure délicate jusqu’à l’adoption des grandes orientations en assemblée générale (lire l’article Problèmes internes au REMDUS?). Le président, Barham Thiam, explique: «On a les mains liées parce qu’on n’a pas encore voté là-dessus en assemblée générale, mais la position du REMDUS a toujours été de s’opposer à toute hausse des frais pour les étudiants.»

Il a tout de même fourni au Collectif un article paraissant dans le REMDUS Hebdo, qui dénonce la possibilité de voir les frais augmenter. On y lit que «[...] les associations étudiantes de tout le Québec s’opposent à cette poursuite de la hausse des frais de scolarité au-delà de 2012, puisque ces hausses résultent d’une mauvaise gestion du gouvernement libéral». Selon le regroupement, les étudiants n’ont pas à compenser les baisses d’impôts des dernières années.

Même son de cloche à la Table des indépendants, nouveau regroupement d’associations étudiantes dont fait partie le REMDUS. Dès le 12 juin (date de la sortie de l’article du Devoir), une réaction a été publiée par le biais du vice-président aux communications de la CADEUL (Confédération des associations d’étudiantes et d’étudiants de l’Université Laval), une autre association membre de la Table. La dénonciation est vive, et l’on avance qu’augmenter les frais de scolarité «ne contribuera qu’à endetter davantage la jeunesse et à retarder ses projets d’avenir» et que cela manque «de vision à long terme pour notre société». Les associations soulignent que l’accessibilité aux études postsecondaires est primordiale pour le maintien de la vigueur intellectuelle et économique du Québec.

Il a été impossible de rejoindre l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) pour obtenir les commentaires de son exécutif. Aucun communiqué n’a été publié sur le site web de l’ASSÉ au sujet du dossier en question.

Impact de la hausse des frais

À la suite de sa réélection en 2007, le gouvernement libéral de Jean Charest a tout de suite mis en place un plan de hausses consécutives de 50 dollars des frais de scolarité, jusqu’à l’année scolaire 2011-2012. À terme, cette hausse signifie une augmentation de 1000 dollars par année du fardeau fiscal imposé aux étudiants. Lors de l’annonce de la mesure, le gouvernement annonçait un impact de «seulement» 500 dollars par année, suivant le calcul très simple de 50 dollars X 10 sessions = 500 dollars… oubliant complètement qu’un étudiant suit normalement 2 sessions par année.

De 1664 dollars par année, la facture passe à 2664 dollars. Cela représente une augmentation de 60 % pour les seuls frais de scolarité d’un étudiant inscrit à temps plein (plus encore que les 30 % dénoncés par la FEUQ, qui n’a pas remis en question les chiffres du gouvernement dans son communiqué). Les différentes associations étudiantes avancent toutes l’argument que la compétitivité économique du Québec souffrirait d’une augmentation des frais de scolarité. L’accessibilité aux études supérieures demeure, selon eux, le meilleur atout du Québec pour le développement d’une économie du savoir. Surtout dans un contexte de crise économique, alors que les étudiants ont moins de chances de dénicher un emploi dans leur domaine à la fin de leurs études.

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