On sait que la société d’État est fortement affectée par des compressions budgétaires. En temps de récession, ne doit-elle pas elle aussi se serrer la ceinture comme tout le monde? La réponse à cette question dépend du mandat que l’on veut voir remplir notre grand diffuseur national et de l’importance que nous y accordons.
Louis Pascal Perreault
Nous entretenons avec notre télévision d’État un rapport parfois ambigu, du type amour-haine, selon notre intérêt et nos attentes envers la société d’État. Plusieurs ne sont pas contents de payer de leur poche pour un service qui ne les intéresse pas. Reste qu’une bonne partie de la population est sensible au rôle que la télévision publique doit jouer. Est-ce qu’on s’entend sur ce rôle?
Changement d’image
Gil Courtemanche écrivait récemment qu’il a appris à mieux parler grâce à Radio-Canada.
Moi, je suis né en 1961 et j’ai grandi avec Radio-Canada, avec la radio encore plus qu’avec la télévision. Dans mon enfance, Henri Bergeron, présentateur des Beaux Dimanches, symbolisait tout le mandat culturel de la télévision de Radio-Canada. Aujourd’hui, les beaux dimanches sont ceux de Guy A Lepage. Probablement qu’Henri Bergeron ne retiendrait plus beaucoup de monde à l’antenne, mais il faut se rappeler que ça ne fait pas si longtemps, et qu’Henri Bergeron était, en plus, la voix officielle des Super Héros, de Robin Fusée et du dentifrice Colgate…
Cela pour dire que Radio-Canada s’est adaptée au public, à la compétition, aux impératifs de la publicité, etc. Les premiers à se plaindre de la programmation un peu moins différente qu’avant sont les diffuseurs privés. Ils y voient une compétition déloyale, parce que Radio-Canada est payée par nos taxes. Elle ne devrait même pas présenter de publicité! (Remarquez que les diffuseurs privés sont aussi largement subventionnés). Une télévision libérée des affres de la publicité, ce serait sûrement très chouette, mais on y perdrait des revenus importants, donc de la qualité. À moins de relever les subventions…
Quelqu’un de bien informé m’a déjà dit que tout le service (télévision, radio, Internet, SRC et CBC) nous revenait à 10 sous par jour. Ce n’est pas tant que ça! Serions-nous prêts à payer plus? Combien de contribuables seraient d’accord pour subventionner une télévision moins «variétés», plus culturelle et informative? Combien seraient intéressés au contenu?
La radio
La Première Chaîne de Radio-Canada demeure exempte de publicité et réussit à faire bonne figure dans les BBM. Je n’aurais que du bien à dire de cette radio, pour sa rigueur décontractée, la qualité de l’information, l’originalité et l’innovation, le point de vue de la société civile… On peut aimer plus ou moins tel animateur, tel concept d’émission, mais Radio-Canada nous offre de la radio relevée, autant que les grandes radios d’État dans le monde.
Il y a quelques années, Radio-Canada a beaucoup saccagé sa Chaîne culturelle pour la rebaptiser Espace Musique. Cela nous fut présenté comme un grand progrès, alors que la manœuvre camouflait des compressions. On a perdu de la profondeur et de la recherche au profit de plus de musique. OK, elle a gagné 2 à 3 pour cent d’auditeurs, mais en sacrifiant beaucoup. Avec les prochaines coupures, c’est une émission comme Vous êtes ici (animée par Patrick Masbourian) qui y passe. C’est très malheureux, parce que la radio demeure un média pas trop dispendieux si on le compare à la télévision. Je veux dire que ça ne pèserait pas si lourd sur le trésor public de fournir les ressources nécessaires au maintien de la qualité que la radio nous offre. Pour la télévision, même si elle a laissé de côté une partie de son rayonnement culturel, Radio-Canada demeure essentielle dans l’offre de programmation qu’on nous présente.
Pétition
Avaaz est un groupe de défense des droits civiques globaux, formé d’organismes américains et internationaux. Il fait circuler une pétition intitulée «Sauvons Radio-Canada». Ceux qui veulent montrer leur appui aux services télévisuels, radiophoniques et Internet que nous recevons peuvent le faire à cette adresse: http://www.avaaz.org/fr/save_the_cbc/.


