Le Collectif incarne un journal indépendant, sous-financé, qui tente tant bien que mal de s’adapter aux nouvelles technologies. En somme, il est un acteur de la transformation du métier de journaliste et je me sens privilégiée de l’expérimenter. Bénévoles de cœur et de passion, une équipe d’une dizaine de personnes se bat chaque saison pour faire vivre cet organe de diffusion. C’est en pleine conscience de ces enjeux que, même avec ses moyens limités, Le Collectif défend les intérêts des étudiants.
Emmy Grand-Maison
Le journalisme est un métier qui se doit d’évoluer au diapason de la société. En ces temps modernes, les nouveaux emplois de la communication, le contrôle de l’information, la concentration des entreprises de presse, le développement des multiplateformes rendent le rôle du journaliste de plus en plus essoufflant et de moins en moins reluisant. Le journal Le Collectif n’y échappe pas. Je tente une brève analyse, en tant que directrice, de la situation d’un média autonome, étudiant, indépendant, passionnant certes, mais qui, comme des dizaines d’organes de diffusion uniquement en Estrie, doit lutter à chaque nouvelle saison pour sa survie.
Contrôle de l’information
Toute la beauté du journal réside dans cet aspect. Personne ne contrôle l’information qui est contenue dans l’imprimé de la marmotte. Seuls les étudiants qui s’y impliquent et qui y collaborent ont du pouvoir sur le contenu rédactionnel. Personnellement, il s’agit de la facette la plus importante et appréciée de mon implication au bimensuel étudiant de l’UdeS. Je sais pertinemment que cette liberté d’opinion, d’expression, totale, jamais brimée ni par un propriétaire, ni par un annonceur, ni même par un rédacteur frileux se perdra à mesure que mes années professionnelles augmenteront. En effet, au Collectif, à moins d’entretenir des propos racistes, déplacés, xénophobes ou incitant à la violence (vous comprenez le principe), tous les styles d’articles et de textes sont automatiquement publiés. Tous les étudiants y tiennent un droit d’expression et peuvent laisser une marque de leur passage universitaire et mieux encore, de leurs idées à ce moment de leur cheminement personnel. Ni l’administration de l’université, ni un regroupement quelconque n’a de moyen de pression sur le contenu de ce journal. Cette liberté fonde les 30 années d’expérience du journal étudiant et nourrit sa survie.
Développement du multiplateforme
On n’y échappe pas, maintenant, les journalistes professent à la radio, à la télévision, sur Internet et dans les écrits. Les plateformes de communication se multiplient et le journal Le Collectif ne s’y dérobe pas. Lentement mais surement, le site web du journal (www.lecollectif.ca) fêtera sa première année cet automne. D’ailleurs, je remercie Joël Lagrandeur et Isabelle Fortin, respectivement ancien directeur général et rédactrice en chef du journal, pour cette initiative qui nous permet de suivre la tendance actuelle. Même si cette nouvelle plateforme demande des ajustements importants pour l’organisme à but non lucratif que nous sommes, le journal relève le défi. Avec le même effectif, la marmotte arrive à gérer le web, indispensable en 2009. La mascotte du journal étudiant de l’UdeS avance dans la bonne direction, les archives sont nombreuses, les formats Pdf des parutions sont accessibles en ligne et les lecteurs peuvent commenter. Bientôt, si le journal se garnit d’une relève motivée et abondante, des capsules sonores et vidéos pourront même être ajoutées.
Concentration des entreprises de presse
La concentration des entreprises de presse représente un phénomène que je ne crois pas devoir expliquer. Je dis Québécor et Power corporation. Au Québec, il s’agit des deux plus grands propriétaires des moyens d’information. Ils ont les fonds pour acheter les petits quotidiens qui peinent à survivre dans un monde ouvert, visible, axé sur le profit et de plus en plus exigeant au niveau de l’investissement technologique. Le tabloïd étudiant de l’UdeS, comme tous les autres médias de communication, doit vivre avec les mêmes revenus, mais voit chaque année ses dépenses augmenter. Le journal est financé en infime partie par les cotisations étudiantes et en grande partie par les publicités. Comme il est pour nous impensable de gonfler les cotisations et que les publicitaires se font rares en ces temps de crise, le journal voit son budget diminuer un peu plus chaque année.
Spin doctors
Vous avez précédemment entendu le terme? Vous savez, ces communicateurs, bien habillés, au «parler» soigné, qui sont chargés de gérer la diffusion de l’information. Les métiers de la communication explosent, les professionnels des relations publiques et du marketing sont de plus en plus demandés, et ce n’est pas sans raison. Aujourd’hui, tous les gros évènements qui chamboulent la vie sociale, autant au niveau privé que public, sont administrés par des équipes de puissants Spin doctors. L’important n’est plus la nouvelle, mais la façon dont nous la laissons se répandre. Pour le média que Le Collectif représente, cela constitue une double porte à franchir. Les journalistes et les collaborateurs du Collectif n’ont ni les moyens, ni la connaissance, ni les ressources, ni le temps pour pister ces orateurs nés. Ils tombent la plupart du temps dans le piège de l’axe préfabriqué, que la personne-ressource souhaite donner au texte. Or, loin de moi l’idée d’en vouloir aux collaborateurs et aux journalistes, car même les professionnels se laissent séduire par la facilité de récupérer un communiqué de presse ou une idée d’article déjà bien bridée. Alors, un étudiant en fin de session qui devait remettre sa section la veille…


