Ah salam oualik oum ! (que la paix soit sur vous). Simple, précise et tranchante, l’expression est lancée par Barack Obama lors de son discours au Caire le 4 juin 2009. Elle provoque l’enthousiasme de l’auditoire, la foule applaudit. Cela pourrait sembler banal… c’est un symbole. Au même titre que lorsqu’il cite le Coran plusieurs fois dans son discours. Obama est-il musulman?
Aladin Reskallah
Les accusations fusent aux États-Unis. La réponse est claire: NON. Il prend d’ailleurs bien soin de le dire intelligiblement: «I’m a christian». Même s’il l’était, ce ne serait pas compatible avec la fonction d’homme le plus puissant de la planète et il aurait dû renoncer publiquement à sa foi, suivant l’enseignement d’Henri IV: «Paris vaut bien une messe». Ce que l’on peut dire, c’est que le monde musulman est séduit, conquis. Nous parlons ici bien-sûr des musulmans modérés, car la réaction d’une vieille connaissance, Oussama Ben Laden, ne s’est pas fait attendre. Il est monté aussitôt au créneau en accusant M. Obama de «suivre la même politique d’hostilité» à l’égard des musulmans que son prédécesseur George W. Bush.
Ce pas en avant vers les musulmans constitue plutôt une rupture avec le comportement du 43ème président des États-Unis, en favorisant l’ouverture et le dialogue plutôt que la confrontation. Ce discours est indéniablement un fait marquant. Il marque la volonté de réconciliation entre les États-Unis d’Amérique et le monde musulman. Va-t-il y avoir réconciliation? Ce n’est pas un seul discours qui va faire en sorte que, du jour au lendemain, tout le monde va se prendre par la main et oublier des décennies de souffrance. Seulement, le président des États-Unis offre de coopérer et pratique la politique de la main tendue. Durant son discours au Caire, il a tour à tour passé en revue les différents points auxquels les États-Unis entendent s’atteler, avec l’aide de la communauté internationale et donc avec le monde musulman: combattre l’extrémisme, le conflit israélo-arabe, les responsabilités des nations envers les armes nucléaires, la démocratie, la liberté de culte et le droit des femmes. Malgré la lourde tâche qui attend tous les acteurs du système international, Barack Obama a réussi à donner de l’espoir, ne serait-ce qu’une petite heure.
Attardons-nous sur la question du conflit israélo-palestinien, qui dure depuis maintenant plus de 60 ans. Après le discours dithyrambique du chef de l’État américain, peut-on affirmer que l’administration Obama va être en mesure d’amener sa pierre à l’édifice en ce qui concerne la paix au Proche-Orient ? Tout en rappelant que les États-Unis ont des liens étroits avec Israël, et que ces liens ne peuvent pas être dissolus, il formule des solutions concrètes dans son allocution du 4 juin au pays des pyramides. Il mentionne notamment clairement la solution des deux États, à savoir un État palestinien souverain au même titre que celui d’Israël. Seulement, les élections sont passées par là en Israël et Avigdor Lieberman, le chef du parti Israël Beytenou connu pour ses positions conservatrices, est entré au gouvernement en tant que ministre des affaires étrangères. Benyamin Netanyaou, le premier ministre, a bien affirmé que la bonne solution serait celle des deux États, mais du bout des lèvres seulement.
Résumons… Obama est-il pro-palestinien lorsqu’il promeut la solution des deux États? Bien-sûr que non. En homme de paix, il se pose plutôt en médiateur et il va falloir surveiller comment il gère ce dossier ô combien épineux.
Après la tournée au Moyen-Orient, direction Russie. l’ancien ennemi juré, la menace communiste, le seul adversaire de poids des États-Unis durant la guerre froide. Pendant des décennies, la planète a vécu au rythme de l’opposition idéologique, militaire et quasiment nucléaire qui a séparé le monde en deux clans: ceux des deux superpuissances, à savoir les États-Unis – d’obédience capitaliste –, et la Russie – plutôt communiste. Après l’effondrement du bloc soviétique, les enfants de l’oncle Sam ne se voyaient plus disputés par personne le titre de première puissance mondiale. Seulement, un certain Vladimir Poutine, arrivé sur le devant de la scène, ne l’entend pas de cette oreille, et entend redorer le blason de sa patrie et mener les siens à nouveau vers le rang qui était le leur il y a quelques années.
Ceci a alors ravivé les tensions entre les deux pays, certains n’hésitant pas à parler d’une nouvelle guerre froide. Les relations en étaient devenues difficiles et on ne peut pas dire que George Bush et Vladimir Poutine étaient les meilleurs amis du monde. On aurait alors pu craindre une réminiscence de la guerre froide, c’était sans compter sur le chevalier Obama qui tente également de pacifier les relations américano-russes. Nous avions pu le pressentir au début de son mandat lorsque sa responsable de la diplomatie, Hillary Clinton, a offert un bouton rouge à son homologue, symbole de la volonté de «reseter» les rapports entre les deux pays.
Ce pressentiment s’est confirmé puisque le président américain réaffirme son envie de normaliser les relations, notamment dans le dossier de la non-prolifération nucléaire. Bien qu’il ne semble pas spécialement apprécier l’ex-président (aujourd’hui premier ministre) Vladimir Poutine et qu’il affirme vouloir traiter uniquement avec Medvedev, on sent une envie de rapprochement.
Barack Obama confirme donc son statut de faiseur de paix et n’hésite pas à faire le premier pas avec tous les acteurs des points chauds sur la planète. Il s’agit peut-être d’une chance que la planète aura à saisir pendant la durée du mandat du 44ème président des États-Unis, qui a d’ores et déjà tourné une page de l’Histoire.


