Les services alimentaires assurés par une coopérative

27 août 2009

Le 14 août dernier, le monopole des services alimentaires du campus principal de l’Université de Sherbrooke est passé aux mains de la coopérative de solidarité Café CAUS. La coopérative remplace la compagnie Chartwells, qui s’occupait de ces services depuis les années 1980, et répond ainsi aux demandes grandissantes de la communauté universitaire.

Olivier Robichaud

Le Café CAUS s’inscrit en effet dans un mouvement qui prend de l’ampleur à l’Université de Sherbrooke. Déjà, le campus compte trois autres coopératives, soit la Coopérative de l’Université de Sherbrooke (qui gère la librairie), la coopérative de logement l’Estudiantine et la Coop Santé. Tout comme ses prédécesseurs, le Café CAUS suit une logique de services offerts aux étudiants par des étudiants. De plus, les produits locaux seront préférés aux grands distributeurs, tout comme le seront les produits issus de la culture biologique.

La nouvelle coopérative a aussi de nombreux projets pour améliorer ses services. Déjà, les frais de transaction de 25 cents imposés chaque fois qu’un étudiant utilise sa carte de débit ont été éliminés. Le délai pour l’impression de la facture après avoir glissé la carte (autrefois énorme) a également été réduit à zéro grâce à la modernisation des caisses. Quant aux services de traiteur, les frais administratifs ont été abaissés, passant de plus de cent dollars à seulement cinq dollars.

Le Collectif a tenté de rejoindre Kristalna Vincent, présidente du Conseil d’administration du Café CAUS, mais elle n’était pas disponible pour un entretien. Cependant, Michel Desjardins, directeur général du Café CAUS et de la Coopérative de l’Université de Sherbrooke, a accepté de répondre à quelques questions. «En ce moment, on fait le tour des différents produits et services qui étaient offerts pour savoir ce qu’on pourrait améliorer.» La Zone baja, entre autres, est actuellement en révision et devrait être de retour à la cafétéria principale d’ici peu.

Une transition difficile, mais accomplie

Bien que la prise en charge des services alimentaires se soit passée «sans accroche» (selon les mots de M. Desjardins), quelques obstacles se sont présentés au conseil d’administration et au directeur-général. D’abord, des coûts imprévus sont apparus lorsqu’est venu le temps de faire le bilan de l’équipement à remplacer. «C’est que, après plus de 20 ans de partenariat entre Chartwells et l’Université, ce n’était plus clair qu’est-ce qui appartenait à qui», explique M. Desjardins. La compagnie s’était en effet procuré plusieurs pièces d’équipement au fil des années, alors que d’autres étaient fournies par l’UdeS. Décortiquer le tout s’est révélé une tâche ardue. Entre autres, cinq grands congélateurs, dont la présence était prise pour acquise par le Café CAUS, sont partis avec les camions de déménagement de Chartwells.

L’administration du Café CAUS a aussi déploré la difficulté des négociations avec Chartwells. Le principal problème résidait en l’embauche par la coopérative des employés de Chartwells, qui auraient été laissés sans emploi au départ de la compagnie. Celle-ci a envoyé une mise en demeure à la coopérative, interdisant au Café CAUS d’approcher ses employés jusqu’à la prise en charge officielle des services alimentaire, le 14 août. La planification de la main-d’œuvre a donc été faite quelque peu à l’aveuglette, même s’il avait été convenu que les membres du personnel actuel conserveraient leur emploi.

À l’inverse, M. Desjardins tenait à souligner la bonne volonté de la direction de l’Université de Sherbrooke tout au long du processus.

Une aide précieuse

Le Café CAUS a également pu bénéficier de l’aide de plusieurs organismes de la communauté universitaire ou de la région de l’Estrie. La FEUS a même allongé 100 000 dollars pour la mise de fonds qui a permis de lancer les opérations. La Conférence régionale des élus de l’Estrie en a fait de même, alors que le REMDUS et la Corporation de développement économique et communautaire de Sherbrooke ont chacun contribué 30 000 dollars.

Les différentes associations étudiantes du campus, non seulement la FEUS et le REMDUS, mais également certaines associations facultaires comme l’AGEFLESH, ont appuyé le Café CAUS dans ses démarches depuis le tout début. Les racines de leur engagement se trouvent même bien avant la création de la coopérative, alors qu’ils soutenaient les étudiants du Collectif pour une université libre, qui risquaient des sanctions pour avoir distribué de la nourriture sur le campus, violant le monopole que détenait Chartwells. Ces évènements furent d’ailleurs l’élément déclencheur qui a lancé l’idée de la coopérative de solidarité, et le Café CAUS assure que les activités du CUL seront encouragées plutôt que sanctionnées.

Pour sa part, l’Université de Sherbrooke avait accepté de voir la proposition de la jeune coopérative avant même de lancer l’appel d’offres pour la gestion des services alimentaires. Un comité de 10 membres a ensuite formulé des recommandations pour l’amélioration du projet. L’Université a également cautionné un prêt de 900 000 dollars pour compléter le financement du projet (une facture totale de 1 228 000 dollars).

Une approche locale et bio

La coopérative de solidarité Café CAUS favorise une approche locale et biologique pour son approvisionnement. Alors que Chartwells, une multinationale de l’alimentation, utilisait son réseau national de distribution pour s’approvisionner, le Café CAUS fera affaire autant que possible avec des producteurs de la région. Le fromage, par exemple, viendra dorénavant de la Laiterie de Coaticook. La coopérative tisse aussi des liens avec l’épicerie biologique La Grande Ruche.

Même si la coopérative est actuellement en mode transition, tous les services devraient rouler comme à l’habitude d’ici la rentrée. Des projets d’agrandissement et de diversification des services sont également envisagés pour un avenir rapproché. Le contrat de la coopérative se terminera le 31 mai 2014.

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