Maudit qu’on parle mal…
27 août 2009

C’est bien connu, nous parlons mal. Tous autant que nous sommes. La preuve? Les Français ne sont même pas capables de nous comprendre. Alors, comment s’exprimer lorsqu’on est un jeune Québécois? Tss! J’te dis qu’on fait dur…
Valérie Godhue
Bien sûr, j’exagère. N’empêche qu’au Québec, on a un sacré complexe d’infériorité quand vient le temps de quantifier l’excellence de notre langue parlée. On parle français, mais pas le même français qu’en France, ou surtout pas le même français que dans les livres. Parle-t-on le québécois, alors? Le franglais? Le joual?
Il est fréquent de rencontrer un locuteur étranger ayant appris le français en langue seconde qui dit ne pas comprendre les Québécois. Il serait facile de répondre que c’est parce qu’ils parlent mal, mais beaucoup plus logique d’analyser la situation sous un autre angle.
La langue qui est enseignée est une langue idéalisée, souvent plus près de l’écrit que de l’oral. Par exemple, l’étudiant apprendra qu’on forme la négation en ajoutant ne… pas, ou ne… point, etc., autour du verbe. Et qu’on peut omettre le pas ou le point, mais jamais le ne. C’est effectivement le cas pour l’écrit. Mais en français parlé, la tendance est plutôt inversée: le ne disparaîtra pour ne laisser que le pas en signe de négation. On dira donc: «Il était pas content». Est-ce que c’est de «mal parler» pour autant? Cela dit, on ne se distingue pas des autres francophones du monde sur cette règle: l’omission du ne est une tendance généralisée en France, en Belgique ou dans tout pays francophone autant qu’ici.
«C’est à cause de votre accent…»
Qu’on se le dise: c’est toujours l’autre qui a un accent. Comme l’explique la sociolinguiste Marty Laforest dans son essai États d’âme, états de langue, «les membres d’un même groupe ne perçoivent jamais leur propre accent». C’est probablement pourquoi plusieurs Français prétendent parler un français «sans accent»!
Pour nous, l’accent européen ne pose pas souvent problème, puisque nous y sommes exposés depuis longtemps à travers les artistes qui viennent ici, ou par les traductions d’oeuvres anglophones (pensez à tous ces films doublés en France, ou aux dessins animés de votre enfance). À force de l’entendre, on ne peut que s’y habituer.
Par contre, l’inverse est loin d’être vrai. En France, sauf pour ceux qui connaissent des Québécois, il est beaucoup moins fréquent d’être exposé à l’accent québécois. Les artistes qu’on «exporte» tentent souvent de neutraliser leur accent, et même les oeuvres cinématographiques d’ici, déjà en français, peuvent être doublées pour le public français. Résultat: le choc linguistique est plus grand lorsqu’un Français discute pour la première fois avec un Québécois. Est-ce pour autant un signe d’infériorité du français québécois?
Savoir s’adapter aux situations de communication
On accuse souvent la variété québécoise du français d’être teintée d’anglicismes, d’avoir une prononciation plus relâchée, d’avoir un «slang», et c’est sans parler des sacres. Ce que l’on mentionne moins souvent, c’est le fait que le français québécois n’est pas homogène: il se divise en plusieurs niveaux de langue, comme toute langue, et la plupart des locuteurs au Québec savent très bien s’adapter aux différentes situations de communication.
Prenons Bernard Derome, instance du «bon parler» au Québec. Parions que M. Derome ne s’exprime pas de la même façon dans un souper de famille qu’à la télévision. Et c’est bien normal! Pourrait-on dire alors qu’il parle «mal»?
La question vaut la peine d’être posée. Je n’ai malheureusement qu’effleuré cet épineux sujet ici, parce qu’il est impossible d’en couvrir tous les aspects en une seule chronique. Si ça vous titille la curiosité, n’hésitez pas à m’écrire pour me proposer des sujets à éclaircir ou à approfondir dans nos prochaines parutions. D’ailleurs, je me ferai un devoir (et un plaisir) d’y revenir dans un article prochain. D’ici là, soyez fiers de votre langue, de grâce!
Vous avez quelques chose à ajouter ou une question à poser...
une réponse à “Maudit qu’on parle mal…”
Vous avez quelque chose à dire?




Vous avez peur de la vérité, c’est évident. Je suis québécois et je n’ai aucun problème à avouer que les québécois parlent 100 fois plus mal que les français. L’accent n’a aucun rapport avec cette question, tout les accents sont valables et intéressants. Les régionalismes aussi. Mais écoutez un jeune français de 8 ans s’exprimer, c’est plus clair qu’un québécois de 20 ans. Leur langage est plus articulé, plus complexe, plus subtil, plus riche, mieux prononcé (au-delà des considérations d’accent), sans malaise, etc. Leurs idées sont par conséquent plus subtiles, leur compréhension des enjeux de la société aussi. On ne peut penser ce qu’on ne sait pas formuler. C’est la pure et simple vérité. Réveillez-vous, c’est pas en niant la vérité que vous allez nous aider à sortir de cette grave situation au Québec.