Au lendemain des élections présidentielles iraniennes du 12 juin dernier, le pays est entré dans sa plus grave crise politique depuis l’instauration de la République islamique il y a trente ans. La réélection du président Mahmoud Ahmadinejad pour un second mandat de quatre ans est loin de faire l’unanimité dans la population. Manifestations et procès font rage sans encore l’ombre d’une issue. Voilà plus de deux mois que la crise perdure, et pourtant ni l’un ni l’autre des camps ne semble prêt à céder.
Véronique Tétreault
Des élections contestées
Le 12 juin dernier, les électeurs affluaient aux bureaux de vote iraniens. Les élections ont connu un très fort taux de participation, voire même un taux record. La campagne électorale qui a débuté un mois plus tôt avait suscité un vif intérêt au sein de la population: rassemblements politiques très fréquentés, drapeaux et gadgets aux couleurs des candidats fièrement arborés et débats télévisés étaient à leur comble.
Candidat conservateur modéré à la présidence, Mir Hossein Moussavi a vu un bon présage dans ce fort taux de participation. Pourtant, le 13 juin, on annonçait officiellement la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui avait raflé près de 63% des voix.
Ces résultats ont soulevé la grogne dans les rangs de l’opposition, qui n’a pas tardé à se faire entendre. Accusant M. Ahmadinejad de fraude, les candidats vaincus Moussavi et Karoubi (réformateur), ainsi que l’ex-président Khatami, ont demandé l’annulation du scrutin. Des manifestations réunissant plus de 3 millions d’Iraniens se sont tenues pour contester la réélection du président Ahmadinejad et ont fait une trentaine de morts plus quelque 2000 personnes qui ont été arrêtées, dont environ 200 encore détenues.
Des pays étrangers accusés
Des journalistes et diplomates étrangers ont dû comparaître, accusés d’avoir pris part aux protestations. La presse conservatrice iranienne a accusé des pays comme la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne de participer aux protestations postélectorales. Ces trois pays ont même été accusés de soutenir la tentative de «renversement en douceur» du pouvoir.
Du côté des États-Unis, la secrétaire d’État Hillary Clinton, qui qualifie de «procès-spectacle» ces mesures, n’a pas nié le soutien que son pays apporte aux contestataires, affirmant que les États-Unis ont fait «beaucoup en coulisses» et qu’ils continuent dans cette voie.
Une investiture boudée
Près de deux mois après le début de la crise, la cérémonie d’investiture du président Ahmadinejad s’est déroulée dans un climat de désapprobation. Si la plupart des diplomates étrangers ont assisté à la cérémonie, nombre d’entre eux, les Américains, les Français et le Britanniques entre autres, se sont gardé de féliciter le président pour sa réélection. «Sachez qu’en Iran, personne n’attend vos messages de félicitations», a rétorqué M. Ahmadinejad, qui a promis des changements importants en Iran lors de son discours. Le président a d’ailleurs profité de l’occasion pour tenir un discours offensif à l’endroit des «pays oppresseurs», par lesquels il ne se laisse nullement impressionner.
Plusieurs personnalités importantes dans le régime iranien n’ont pas assisté à la cérémonie d’investiture. Parmi eux, les candidats vaincus à la présidentielle, MM. Karoubi et Moussavi, l’ex-président réformateur Khatami et l’ex-président Rafsandjani. À la suite de cette cérémonie, Karoubi et Moussavi réclament toujours un nouveau scrutin.
Deux camps déterminés
Depuis le 1er août, les procès d’une centaine d’opposants au régime se déroulent. L’ex-président Khatami, dont plusieurs anciens collaborateurs font partie des accusés, parle de «simulacre de justice», dénonçant ces procès qu’il considère comme des mises en scène. Les arrestations et les procès ne découragent pourtant pas l’opposition, Moussavi affirmant de son côté que les arrestations de manifestants n’empêcheraient pas de poursuivre la contestation.
Dans les rangs d’Ahmadinejad, les mesures dissuasives envers les contestataires continuent parallèlement à augmenter. Le 9 août, un haut responsable a exigé des poursuites contre l’ancien président réformateur Mohammad Khatami et les chefs du mouvement de contestation post-électoral, qui seraient, selon lui, à l’origine d’une «révolution de velours» en Iran. Le général Massoud Jazayeri, un adjoint du chef de l’état-major, qui sans nommer de noms exige des mesures contre «les chefs du complot», considérerait que le jugement des têtes de file des contestataires pourrait décourager d’éventuels complots.
Si depuis quelques jours, le dossier s’est essoufflé dans nos médias, l’issue de cette importante crise politique demeure incertaine.


