
C’est bien connu, nous parlons mal. Tous autant que nous sommes. La preuve? Les Français ne sont même pas capables de nous comprendre. Alors, comment s’exprimer lorsqu’on est un jeune Québécois? Tss! J’te dis qu’on fait dur…
Valérie Godhue
Bien sûr, j’exagère. N’empêche qu’au Québec, on a un sacré complexe d’infériorité quand vient le temps de quantifier l’excellence de notre langue parlée. On parle français, mais pas le même français qu’en France, ou surtout pas le même français que dans les livres. Parle-t-on le québécois, alors? Le franglais? Le joual?
Il est fréquent de rencontrer un locuteur étranger ayant appris le français en langue seconde qui dit ne pas comprendre les Québécois. Il serait facile de répondre que c’est parce qu’ils parlent mal, mais beaucoup plus logique d’analyser la situation sous un autre angle.
La langue qui est enseignée est une langue idéalisée, souvent plus près de l’écrit que de l’oral. Par exemple, l’étudiant apprendra qu’on forme la négation en ajoutant ne… pas, ou ne… point, etc., autour du verbe. Et qu’on peut omettre le pas ou le point, mais jamais le ne. C’est effectivement le cas pour l’écrit. Mais en français parlé, la tendance est plutôt inversée: le ne disparaîtra pour ne laisser que le pas en signe de négation. On dira donc: «Il était pas content». Est-ce que c’est de «mal parler» pour autant? Cela dit, on ne se distingue pas des autres francophones du monde sur cette règle: l’omission du ne est une tendance généralisée en France, en Belgique ou dans tout pays francophone autant qu’ici.
«C’est à cause de votre accent…»
Qu’on se le dise: c’est toujours l’autre qui a un accent. Comme l’explique la sociolinguiste Marty Laforest dans son essai États d’âme, états de langue, «les membres d’un même groupe ne perçoivent jamais leur propre accent». C’est probablement pourquoi plusieurs Français prétendent parler un français «sans accent»!
Pour nous, l’accent européen ne pose pas souvent problème, puisque nous y sommes exposés depuis longtemps à travers les artistes qui viennent ici, ou par les traductions d’oeuvres anglophones (pensez à tous ces films doublés en France, ou aux dessins animés de votre enfance). À force de l’entendre, on ne peut que s’y habituer.
Par contre, l’inverse est loin d’être vrai. En France, sauf pour ceux qui connaissent des Québécois, il est beaucoup moins fréquent d’être exposé à l’accent québécois. Les artistes qu’on «exporte» tentent souvent de neutraliser leur accent, et même les oeuvres cinématographiques d’ici, déjà en français, peuvent être doublées pour le public français. Résultat: le choc linguistique est plus grand lorsqu’un Français discute pour la première fois avec un Québécois. Est-ce pour autant un signe d’infériorité du français québécois?
Savoir s’adapter aux situations de communication
On accuse souvent la variété québécoise du français d’être teintée d’anglicismes, d’avoir une prononciation plus relâchée, d’avoir un «slang», et c’est sans parler des sacres. Ce que l’on mentionne moins souvent, c’est le fait que le français québécois n’est pas homogène: il se divise en plusieurs niveaux de langue, comme toute langue, et la plupart des locuteurs au Québec savent très bien s’adapter aux différentes situations de communication.
Prenons Bernard Derome, instance du «bon parler» au Québec. Parions que M. Derome ne s’exprime pas de la même façon dans un souper de famille qu’à la télévision. Et c’est bien normal! Pourrait-on dire alors qu’il parle «mal»?
La question vaut la peine d’être posée. Je n’ai malheureusement qu’effleuré cet épineux sujet ici, parce qu’il est impossible d’en couvrir tous les aspects en une seule chronique. Si ça vous titille la curiosité, n’hésitez pas à m’écrire pour me proposer des sujets à éclaircir ou à approfondir dans nos prochaines parutions. D’ailleurs, je me ferai un devoir (et un plaisir) d’y revenir dans un article prochain. D’ici là, soyez fiers de votre langue, de grâce!





octobre 9th, 2009 at 5:52
Vous avez peur de la vérité, c’est évident. Je suis québécois et je n’ai aucun problème à avouer que les québécois parlent 100 fois plus mal que les français. L’accent n’a aucun rapport avec cette question, tout les accents sont valables et intéressants. Les régionalismes aussi. Mais écoutez un jeune français de 8 ans s’exprimer, c’est plus clair qu’un québécois de 20 ans. Leur langage est plus articulé, plus complexe, plus subtil, plus riche, mieux prononcé (au-delà des considérations d’accent), sans malaise, etc. Leurs idées sont par conséquent plus subtiles, leur compréhension des enjeux de la société aussi. On ne peut penser ce qu’on ne sait pas formuler. C’est la pure et simple vérité. Réveillez-vous, c’est pas en niant la vérité que vous allez nous aider à sortir de cette grave situation au Québec.
août 23rd, 2010 at 3:41
Je suis en partie d’accord avec le commentaire précédent. Les Français ont un vocabulaire beaucoup plus riche que le nôtre. Cela dit cela ne leur avantage pas toujours; il me semble que les Français ont parfois tendance à s’égarer dans la complexité d’adjectifs, images et métaphores qu’ils aiment tant employer (voire abuser), tandis que notre discours est plutôt léger et direct. Souvent, c’est justement notre simplicité (en termes de mentalité) qui attache les milliers de Français qui viennent s’établir chez nous.
Pour en revenir avec la langue, oui c’est vrai que nous parlons mal. Ce qui me dérange ce n’est pas notre accent, bien au contraire. Des mots comme « ayoye », « asteure», « tanné», etc, ça fait fièrement partie du patrimoine et de la spécificité québécoise, tout comme nos sacres d’ailleurs! C’est plutôt la mauvaise utilisation qui cause problème : les « j’T’allé travailler » (que représente le « t »?), « il s’est FAITE poser une clôture» , « on a passé UNE après-midi au parc », et autres multiples exemples de la vie quotidienne.
Justement, le Français, avec son côté subtil développé, reconnaît tout de suite ces infractions au langage lorsqu’il les entend, tandis que le Québécois les tolère volontiers, et dans bien des cas, ne s’en rend même pas compte (pourtant mes oreilles grincent quand j’entends « je m’ai-t-acheté ain char neux »). Le problème c’est que toute tentative de correction du français parlé au Québec se bute à un réflexe de protection inné. Il ne faut surtout rien toucher à la langue qu’on a protégé et défendu durant plus de deux siècles, aussi en mauvais état puisse-t-elle être! Si on est si fiers de parler français, pourquoi ne pas bien le parler? Enfin… j’ai beau rêver d’un Québec où l’on parle correctement le français, avec l’accent québécois (comme beaucoup le font d’ailleurs), mais j’ai bien peur qu’on n’y arrivera jamais malheureusement.
octobre 6th, 2010 at 11:10
j’aime bien l’article. Ce qui me désole, ce sont les commentaires suite à celui-ci. Le français de France est très valorisé, pourtant ils ont aussi un langage populaire. «Meuf», «taf», «mec» sont pas considérés comme du Français « correct » ni là-bas, ni ici. Pourtant ils les utilisent comme nous utilisons « chu », « tanné », ect.
Jim, pour votre information, après-midi est un des seuls mots (sinon le seul) qui peut être soit masculin ou soit féminin. Ce que vous dévrivez dans vos commentaires, ce sont des charactéristiques du français parlé québécois en situation familière. Parce que, pour un québécois en situation formelle qui a été assez longtemps à l’école pour savoir qu’on ne dit pas « chu » mais « je suis » dans certaines situations, ça reste un québécois qui ne parle pas le Français de France, mais bien le français Québécois. On peut dire une écrivaine ici, alors qu’en France, le féminin d’écrivain n’existe pas. Est-ce qu’on parle alors mal lorsqu’on dit « écrivaine »? non, je le crois pas.
Pour le « j’t'allé travailler » on le prononce comme « chu-t-aller travailler » . Essayez de prononcer « chu aller » sans faire de pause. C’est dur, ein? C’est pour ça qu’on met un « t » entre les deux.
Pour «faite», je ne suis pas sûre, mais, d’après moi, c’est avec la prononciation du vieux français.
En passant, merci de prouver à l’auteur(e) de l’article que nous avons un complexe d’infériorité vis à vis les Français de France.
novembre 10th, 2010 at 10:14
On peut dire UN ou UNE après-midi selon le Larousse, ne cherchez pas d’erreurs là où il n’y en a pas, j’en entends déjà assez sur TVA que « j’écoute » depuis la Suisse (ici on dit regarder la télé). Erreurs chocantes pour moi : « le livre QUE je t’ai parlé » au lieu de DONT. « Reprochement » au lieu de reproche (bon, dans 2 filles le matin, ça compte ?). Et surtout la chasse aux anglicismes semblant normaux en France comme « parking, e-mail » alors que vous dites par contre « lock-out » du port alors que nous on dirait « blocage » ou « grève ». Un grand bonjour à vous Québécois que j’apprécie tant !
novembre 30th, 2010 at 5:24
moi jsui po quebecoise .. ben jvien pareill commenter sur ste site la.. moi jvien de bathurst au new brunswick ,canada. Jsui acadienne pi jen suir fiere .. accose ke lmonde nous di toutemp kon parle mal, ben moi jcrois po sa! ..on es tute pareill pi c ink une langue, spa comme si kon etai des E.T la!! ..pi ben notre language on parle half francais pi half anglais .. on na un language micmac
..ya des quebecois ki parle comme …sur MSN ou FB ..but moi c MOI et non MOUER ..lol ..Jvous di ink sa accose que jaime po lmonde ki nous traite comme des weird de personne accose de notre language . but whatever, cetai ink sa jvoulai vou dire xD .. pi jvous aime tute les Acadiens-acadiennes !!
décembre 7th, 2010 at 4:10
Juste une piste de réflexion :
Tous les québécois (ou presque) savent que « Chu » est une déformation familière de « Je suis ».
Toutefois, beaucoup vont utiliser à l’oral la formulation familière, qui est plus courte, et à l’écrit la forme formelle.
Le but d’un langage, d’une langue, est de se faire comprendre. But qui est atteint par les façon.
Ce dont les gens se plaignent (j’ai l’impression), c’est de l’omniprésence de la forme familière (de « chu », mais de tous les autres aussi).
Doit-on le décrier ou encore l’encourager ?
On pourrait voir ça comme si, peu importe qui vous étiez, on vous accepte dans la famille et on parle comme entre amis. Par opposition, le niveau de langue formel crée une distance, ce qui n’est pas nécessairement souhaité par l’interlocuteur.
Où avez-vous le plus de plaisir ? Avec votre famille et vos amis, ou avec des personnes qui gardent constamment une distance dans leur langage ?
décembre 14th, 2010 at 12:57
Je suis entièrement d’accord avec les propos de l’auteure de cet article (oui, j’ai mis une e car au Québec on peut féminiser les titres) et le commentaire de Jim : » Si on est si fiers de parler français, pourquoi ne pas bien le parler? »
Malheureusement, au Québec, la question linguistique devient vite tordue et complexe. Si on ose dire qu’on maltraite la langue, on se fait taxer de colonisé (argument éculé qui sous-tend le complexe de la victime).
Le 13 décembre dernier, j’ai répondu à une lettre ouverte dans le journal Le Devoir intitulée » Passer à autre chose » où l’auteure se demandait avec exaspération pourquoi on fait tant de tapage pour sauver notre langue lorsqu’on la défigure à tel point qu’elle en devient méconnaissable. J’ai appuyé ses propos et ai reçu des commentaires outrés de lecteurs (qui, eux, savent écrire et manier la langue contrairement à la majorité de la population) me faisant la leçon et me traitant de colonisée. Je ne leur en tiens pas vraiment rigueur car je constate que nous entretenons collectivement un rapport douloureux avec notre langue (ou ce qu’il en reste) et que regarder la réalité en face semble, pour certains, trop difficile…
Alors on se cabre ou pire encore on plonge dans le déni en se trouvant extraordinaire et en encensant Michel Tremblay (que j’admire aussi). Ce que nous oublions, ce que le joual de Michel Tremblay est bien écrit et provient d’un auteur, qui, au départ peut manier plusieurs registres. Bref, d’autres pourraient dire » Tsé genre, en fait, les choses que je parle c’est parce que le monde sont frustré de pas avoir toute les outils pour parler comme du monde… »