Daniel Boucher se produisait le 12 septembre dernier au Vieux Clocher de Sherbrooke, avec son «power trio» maintenant fort bien rodé. La rencontre avec le chansonnier-rocker permettait de faire le point sur sa vie et son parcours artistique.
Christelle Lison et Louis Pascal Perreault
Daniel Boucher est en grande forme. La formule du
trio le stimule au plus haut point sur la scène. Par ailleurs, il est en train de se construire une maison canadienne à Mont-Louis, en Gaspésie. «J’habite là-bas», dit-il en insistant sur le mot habiter. Il apprend à construire avec ceux qui savent le faire. «Les Gaspésiens, par la force des choses, sont très débrouillards et autosuffisants.»
Spectacle
Même si les chansons de son dernier disque se prêtaient bien à un show acoustique, Daniel Boucher est monté sur les planches du Vieux Clocher avec des fourmis dans les jambes. Il en a profité pour réaliser un vieux fantasme, soit de jouer ses tounes en «power trio». Et ça a marché! Le groupe est passé de Dix Mille Matins à La Patente, puis au Soleil est sorti, tout en douceur. Pour former le triangle parfait, Boucher a fait appel à son fidèle batteur Sylvain Clavette et il s’est adjoint Antoine Gratton à la basse, qui s’est en plus charger de la première partie du spectacle.
Le concert de Daniel Boucher était une réinterprétation du dernier album de même que des deux précédents, mais dans un style rock bien pesant parfois même psychédélique. Sur scène, l’énergie rock qui se dégageait des musiciens a mis la salle dans un état d’excitation intense.
Antoine Gratton est une bête de scène. Daniel Boucher est tellement naturel. Il chante toutes ses chansons avec justesse sans jamais forcer la voix, il est plein de sincérité et d’amour pour son public. Les deux débordent de talent et d’enthousiasme. Quant à Sylvain Clavette, son talent n’est plus à démontrer. Bref, le spectacle était un délice autant pour les oreilles que pour les yeux!
Petit bilan
Daniel Boucher rencontrait les médias sherbrookois le 25 août dernier. Ce fut l’occasion de découvrir une personne calme, attachante, curieuse et profondément humaine. Il relate sa rencontre avec Diane Dufresne, lors du concert qui marquait le 475e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier en Gaspésie. « C’est une femme qui dégage quelque chose d’intimidant. Mais c’était le moment ou jamais pour l’approcher. Dans ses yeux, j’ai vu le regard d’un bébé naissant. Il n’y avait aucune impureté, que de la douceur! »
Il était tentant de reprendre la question qu’il nous posait lui-même sur son premier album : deviens-tu c’que t’as voulu? « Je le deviens chaque jour un peu plus. Tu as toujours la possibilité de te ré-enligner quand la réponse est non… J’ai des shows à faire. Professionnellement, j’en suis là. Après ça, je ne sais pas. J’ai des portes à installer, des murs à peinturer, des boîtes à défaire, des choses à classer… des nœuds à défaire. Quand ma vie va s’être simplifiée, de nouveaux projets viendront. Il faut se mettre en jachère de temps en temps. Là, j’ai la chance de faire une tournée à travers ça. Mais je sais que le cycle d’un auteur-compositeur au Québec, écriture-enregistrement-promotion-tournée, ma vie ne se résumera pas à ça, même si je vais toujours aimer jouer de la guitare, chanter, écrire des tounes… »
L’idée du power trio est née quand son ami et accompagnateur depuis dix ans, David Brunet, a décidé de ne pas entreprendre la tournée. Ce fut un choc au départ, mais c’était aussi l’occasion d’aller ailleurs. « À trois, ça laisse beaucoup de place musicalement, mais il faut prendre cette place, sinon ça fait vide. Ce n’est pas une petite formation, c’est la formation rock ultime, la plus flexible, la plus créative! Je suis déjà sorti de scène avec l’impression d’avoir fait du cabotinage. Il n’y a rien de plus facile que de faire lever une salle. Tu n’as pas besoin de substance, de message, d’amour… Sauf que ta salle lève pour rien dans ce temps là. En trio, je me concentre sur la musique et je reste plus dans le présent, je ne développe pas d’automatismes. »
Et la souveraineté
L’engagement de Daniel Boucher est bien connu. Mais, qu’en est-il en ces temps où on ne sent pas de fébrilité dans l’air pour l’option souverainiste? « Ça demeure un engagement quotidien, qui ne mourra jamais même s’il y a parfois de la fatigue. L’indépendance n’est plus un jeune projet qui monte, mais c’est encore tellement porteur de cœur et de tête que ça va revenir. Il y a des cycles… On est encore en train d’expirer, après avoir été gavés d’indépendance. Quand on va se rendre compte que les poumons sont vides… Un paquet de détails psychologiques vont se clarifier quand le Québec va être un pays. C’est comme quelqu’un qui ne s’est pas trouvé, et qui repousse ça pour gérer son quotidien. Là, on pense à l’eau, au climat, et c’est correct. Mais, une fois souverains, on va être en mesure d’apporter une contribution mondiale beaucoup plus considérable. Comment veux-tu parler au monde entier si tu ne sais pas ce que tu es? ». Bref, l’auteur-compositeur n’est pas à court d’arguments…


