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Categorized | Sports

Des billets pour les (vrais) fans, s.v.p.!

Posted on 21 septembre 2009 by admin

- tranche de vie – Samedi, 12 septembre 2009. La date ne marque pas que le coup d’envoi du camp d’entraînement des Canadiens de Montréal. C’est aussi ma journée de désillusion annuelle, celle où je perdrai au moins 3h de ma vie à attendre dans une file virtuelle afin d’acheter, sans succès, des billets pour une rencontre de nos Glorieux.

Jessica Lapinski-Dejardin

11h12. J’ouvre les deux ordinateurs de la maison (mieux vaut ne pas prendre de chance!) et me connecte au site-officiel-de-l’équipe-aux-24-coupes-Stanley. La pseudo salle d’attente n’ouvre qu’à 12h, mais je veux être prête. Il y a certes 21 273 sièges au Centre Bell, mais la majorité des amateurs qui attendront comme moi en cette journée repartiront également les mains vides. C’est qu’une (grande) partie des billets appartient déjà aux détenteurs de billets de saison, et qu’une autre a été attribuée une semaine plus tôt, lors de la mise en vente des forfaits.

Bien sûr, il n’existe pas une charte de la «partisannerie». Des billets, ça ne s’achète pas au mérite. Mais il n’en reste pas moins que la fanatique en moi, celle qui dépense annuellement plus de 200$ de son petit salaire de caissière à temps partiel en produits dérivés tricolores, celle qui pleure lorsque son équipe est éliminée, celle qui ne peut penser de façon rationnelle le jour d’un septième match, grince des dents chaque fois qu’elle aperçoit la horde de messieurs en vestons-cravates assis impassiblement dans les sièges rouges du Centre Bell. Parce qu’elle sait que pendant ce temps, dans les salons et les Cage aux sports de la province, une foule de fans s’époumonent, eux, en chantant «Go Habs Go!» à tue-tête.

12h09, maintenant. On me remercie d’attendre mon tour dans la salle d’attente. Je fais constamment l’aller-retour entre mes deux ordinateurs. L’exercice est stressant, mais je ne veux pas rater ma chance dans un moment d’inattention.

Il y a deux mondes au Centre Bell. Le premier est au balcon, là où les fans crient, boivent de la bière, festoient après un but, viennent pour soutenir leur équipe, pour vivre et mourir avec elle. Le second est en bas, près de la patinoire. Évidemment, il y a de vrais partisans qui achètent des billets dans les rouges. Les amateurs de hockey ne sont pas tous des étudiants paumés… Mais il y a surtout cette majorité d’hommes, de couple, de famille qui ont eu leurs billets en cadeau du patron, et qui partiront sans doute cinq minutes avant la fin du match, question de ne pas être pris dans le trafic. Vous savez, ceux qui sont partis un peu trop tôt, un certain 19 janvier 2008…

Mais le problème au Centre Bell, ce n’est pas tant le coût des billets. C’est plutôt l’inégalité de leur répartition. Une fois les abonnements de saison et les forfaits distribués à fort coût, que reste-t-il aux partisans qui ne peuvent se permettre qu’une fois, au cours de la saison, une visite au domicile du Canadien? Des heures à attendre, en file ou devant un écran, l’infime probabilité de pouvoir acheter le billet qu’ils désirent.

14h. La salle d’attente est toujours ouverte, mais je dois quitter. Une fois de plus, je n’ai rien pu acheter. Ce n’est pas si grave: j’arriverai d’avance au Centre Bell, un soir de match, et je paierai au double des prix les billets d’un revendeur.

Parce qu’en amour, il n’y a rien de rationnel. – tranche de vie -

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