Scénario et réalisation: Caroline Bottaro. Avec Sandrine Bonnaire, Kevin Kline, Francis Renaud, Alexandra Gentil, Jennifer Beals, Valérie Lagrange. Photo: Jean-Claude Larrieu.
Montage: Tina Baz Le Gal. Musique: Nicola Piovani. France, 2009, 101 min.
ALEXANDRE ST-LAURENT
D’entrée de jeu, le générique de Joueuse installe une ambiance, un ton. Les lettres des noms se déplacent telles des pièces sur un échiquier. Le message est limpide: dans ce drame teinté d’humour, les échecs sont un personnage à part entière.
Hélène fait des ménages. Un jour, en entrant dans une chambre de l’hôtel où elle travaille, elle aperçoit ses occupants sur la terrasse, derrière un rideau diaphane. Les deux amoureux, visiblement heureux et épanouis, jouent aux échecs. Ces images voilées sont celles d’un bonheur auquel Hélène aspire, d’un changement qu’elle désire. Un changement dont elle a bien besoin: son couple bat de l’aile et son adolescente de fille renie père et mère, qui sont, à son avis, des «prolos» sans ambition. Bref, ce n’est pas la joie. Dès lors, Hélène en vient à associer, inconsciemment, le jeu d’échecs à la plénitude amoureuse. Espérant probablement rallumer la flamme conjugale, elle offre un échiquier électronique à son mari, qui ne sait pas s’en servir et ne souhaite pas apprendre. Mais Hélène, elle, développe rapidement une dépendance envers ce passe-temps auquel elle voue des nuits entières.
Un jour, Hélène ose inviter l’un de ses clients, le docteur Kröger, à jouer avec elle. Celui-ci, d’abord rétif, finit par accepter. Chaque mardi, ils disputent ensemble quelques parties. Dans le voisinage, les nombreuses heures qu’Hélène passe chez ce veuf alimentent les rumeurs. Ange, son mari, devient jaloux et soupçonneux. Un jour, il la file pour savoir si ses soupçons sont fondés. Il découvre finalement qu’il est cocu… d’un jeu! Le docteur Kröger croit beaucoup au talent d’Hélène. Il la convainc de s’inscrire à un tournoi qu’elle gagne en se remémorant les conseils et encouragements de son mentor. Et c’est là que tout commence…
Une histoire simple, pour ne pas dire banale. Mais derrière ce scénario dénudé se cache une signification plus grande. Grâce à sa passion du jeu de stratégie, Hélène grandit. D’abord sérieuse et timide, elle commence à sourire et à prendre sa place. Cela se reflète d’ailleurs dans les moyens de transport qu’elle utilise: le vélo, léger et discret, puis l’autobus, plus costaud, et enfin le traversier, imposant. Les échecs, quant à eux, ne sont en définitive qu’une métaphore de la vie. C’est très clair lorsqu’Hélène, qui tente d’apprendre à jouer à Ange, lui lance: « La dame est la pièce la plus puissante, même plus forte que le roi… C’est fou, non? »
L’utilisation abondante de gros plans s’avère judicieuse dans cette production qui tire sa force des émotions vécues par les personnages. Sandrine Bonnaire, dans le rôle d’Hélène, livre une performance juste et sentie. Quant aux autres acteurs, c’est couci-couça: Kevin Kline est très convaincant dans son rôle de Docteur Kröger alors que Francis Renaud et Alexandra Gentil, qui interprètent le mari et la fille d’Hélène, sont plutôt moyens.
Les décors intérieurs sont complets et vraisemblables. Les panoramas de la Corse sont de toute beauté et allègent les moments parfois difficiles que vit le personnage principal.
Un bémol: certaines scènes s’éternisent. Si bien qu’il aurait sans doute été possible de condenser le film en une heure. Le rythme aurait été plus soutenu sans nuire à l’intrigue.


