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Categorized | Culturel

Le Moulin à Paroles a fait parler

Posted on 21 septembre 2009 by admin

La commémoration du 250e « anniversaire » de la Bataille des plaines d’Abraham a créé deux controverses : la première, bien méritée et la deuxième, discutable.

Louis Pascal Perreault

Je remercie notre nouvelle chef de pupitre à la section culturelle, Alexandra Ventura-Giroux, de me prêter son espace éditorial cette semaine. Le sujet me tenait à cœur. Je veux d’abord présenter le Moulin à Images comme un événement culturel. Mais, après tout ce qui s’est dit, il est impossible de ne pas donner une dimension politique à ce commentaire.

L’anniversaire

Bonne fête défaite des plaines d’Abraham, bonne fête défaite des plaines d’Abraham… Ce n’est pas une chanson qu’un Québécois francophone, plus ou moins de souche, aurait envie de chanter, peu importe son allégeance politique. D’où l’indignation de plusieurs devant l’idée de célébrer jovialement avec les touristes la reconstitution d’une déconfiture qui se répercuta à jamais sur notre destin et sur celui de l’Amérique. Alors, puisqu’il fallait quand même souligner ce moment d’histoire, la proposition du Moulin à Paroles fut une très belle trouvaille, une idée poétique qui faisait écho au Moulin à Images. Un événement littéraire avec une forte préoccupation historique. On se fait tellement dire qu’on ne connaît pas notre histoire! Plus de 150 textes de toutes les époques et de toutes les tournures allaient être lus : Jacques Cartier, le Frère Marie-Victorin et sa flore laurentienne, Marguerite Bourgeois, le Gouverneur Graig (1810), Émile Nelligan, Réjean Ducharme, Gabrielle Roy, Leonard Cohen, Jack Kérouac, Mordecai Richler, un chant de gorge de la Nation Innu, Pierrre Elliot Trudeau, René Lévesque…

Dérapages

Pour ne pas présenter un événement à saveur exclusivement souverainiste, on a invité Jean Charest. On s’assurait d’exposer dans les textes choisis les deux côtés de la médaille… Alors, on a appris que le Manifeste du FLQ serait au programme. Et les allusions ont explosé : « Un party de séparatistes » pour le ministre Sam Hamad; une apologie de la violence pour d’autres… Est-ce que ce texte exalte vraiment la violence? Peut-être pas autant que la réaction de Sam Hamad ne renferme de mépris, sans parler de l’opportunisme démagogique de Jean Charest. Le Manifeste varge dans le tas avec des mots. Ces mots crus, revendicateurs, parfois drôles et parfois grossiers, ont été travaillés. Ils appellent au combat, mais pas au sang. Ils reflètent la condition sociale et culturelle du Québec de l’époque. C’est un texte littéraire. Chacun peut en juger, s’il se donne la peine de le lire.

En octobre 1970, après que ces mots aient emprunté la voix cravatée et neutre de la télévision d’État, le FLQ a profité d’un fort courant de sympathie. La population s’est reconnue dans un texte qu’elle jugeait bien écrit et sensé. Mais le capital de sympathie a complètement fondu après l’exécution de Pierre Laporte, un geste insensé. Cela démontre toute la force de la parole, bien plus efficace que la dynamite pour faire avancer une cause. Encore faut-il qu’on nous la donne! Le Moulin à paroles était une façon de la prendre. Au lieu de lever le nez, Monsieur Charest aurait dû, à titre de premier ministre du Québec, agir en rassembleur, accepter l’invitation et représenter son point de vue à un événement destiné à mieux nous faire connaître notre histoire et nos écrivains.

Après le Manifeste, récité par Luck Mervil, Jean Barbe a lu la lettre de Pierre Laporte à Robert Bourassa. C’était une façon de répondre au FLQ, de tempérer. On aurait pu aussi reprendre les paroles que René Lévesque a prononcées, au lendemain de l’assassinat de Pierre Laporte : « Ils ont importé ici, dans une société qui ne le justifie absolument pas, un fanatisme glacial et des méthodes de chantage à l’assassinat qui sont celles d’une jungle sans issue. (…) »

Guerre et Amour

Peu après l’enlèvement de Monsieur Laporte, Pierre Elliot Trudeau a proclamé la Loi des mesures de guerre. En un instant, en un décret, notre démocratie a été suspendue et remplacée par un régime policier totalitaire. Le film Les Ordres, de Michel Brault, bâti sur des témoignages, est probablement l’œuvre qui évoque le mieux les effets d’une telle loi.

Trudeau était marié à une femme plus jeune que lui, Margaret Sinclair, qui fit beaucoup parler d’elle au milieu des années 70, à cause de quelques frasques avec Mick Jagger. Ils ont fini par divorcer. Plus tard, dans des confidences, l’ex Madame Trudeau a affirmé que son mari ne lui avait jamais fait aussi bien l’amour que la nuit où il a déclaré la Loi des mesures de guerre. Ça, c’est certainement aussi violent que le FLQ.

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