L’erreur stratégique des Libéraux

18 octobre 2009

Ce devait être le moment de gloire de Michael Ignatieff: le moment où les Libéraux cessaient d’appuyer le gouvernement conservateur de Stephen Harper et mettait en marche la machine de guerre. Ce fut plutôt l’anticlimax d’une stratégie politique aussi prévisible que boiteuse.

Olivier Robichaud

Oublions le départ spectaculaire de Denis Coderre et le retour des grandes divisions au sein du Parti libéral du Canada. Ce n’est pas le plus grand des soucis du chef. Celui-ci doit plutôt trouver le moyen de faire fonctionner une stratégie qui est décidément inadéquate.

Cette stratégie, vieille comme le monde, consiste à accuser le gouvernement d’être la source de tous les maux. Et dans une période de récession, les maux se résument à deux choses: le gouvernement gère mal l’économie et l’argent n’est pas dépensé de façon équitable, allant surtout aux comtés conservateurs.

Le problème, c’est que la situation actuelle offre à Stephen Harper la réplique parfaite. Il est vrai, comme les Conservateurs le répètent depuis plusieurs semaines, que le Canada sort de la crise plus rapidement que la plupart de ses pairs, créant 27 000 emplois au cours du mois d’août et affichant une première croissance mensuelle de son produit intérieur brut (PIB) en juin, selon Statistique Canada. Il est vrai aussi que cette reprise est fragile, comme nous l’a montré la croissance nulle du PIB affichée en juillet, ce qui permet à Stephen Harper de répéter le mantra de la stabilité.

Ignatieff n’a pas mal visé quand il a choisi cette stratégie. Après tout, quand tout a commencé en janvier dernier, il était au sommet de sa popularité et on entrait dans ce qui s’annonçait comme la pire récession depuis 1929. Ce genre de crise porte généralement un coup dure à la popularité d’un gouvernement, surtout que Stephen Harper devait faire oublier son énoncé «économique» de novembre dernier. Vous vous souvenez, cet énoncé qui était tellement «à côté de la track», comme on dit, qu’il nous a presque donné une coalition PLC-NPD-Bloc?

La crise politique qui s’en est suivi a forcé les Conservateurs à s’attaquer à la crise économique. Et ça semble avoir porté fruit. La récession a été moins longue et moins dramatique que prévu, avec un repli de seulement 3,3% de notre PIB sur trois trimestres. En comparaison, la récession de 1990-1991 avait duré huit trimestres pour un repli de 3,4% et celle de 1981-1982 en avait duré quatre pour un repli de 4,9%.

Il est là le problème d’Ignatieff. Lui qui s’attendait à ce que le Canada soit toujours dans un piètre état une fois son grand ménage interne terminé, le voilà qui se retrouve devant des nouvelles économiques plutôt bonnes. Mais il n’a pas changé sa stratégie. Et c’est une grave erreur.

Plutôt que de forcer un message qui, de toute évidence, ne passe pas, il devrait être sur toutes les tribunes à s’attribuer le succès du plan de relance. C’est grâce aux partis d’opposition si Harper a décidé de s’occuper de la crise, sinon il n’aurait rien fait! Ou pire, il aurait tenté d’équilibrer le budget fédéral en coupant dans les services, aggravant d’autant plus la récession. Michael Ignatieff devrait se féliciter tout haut et tout fort d’avoir forcé les Conservateurs à aller contre leur idéologie pour injecter un peu de pouvoir d’achat dans une économie qui en avait grandement besoin.

Voilà justement un bon clou sur lequel les Libéraux pourraient cogner: les contradictions de Stephen Harper. Comme lorsqu’il dit, pratiquement dans la même phrase, que l’économie est toujours faible, mais qu’il ne prévoit aucune nouvelle dépense. Ou quand il affirme avoir investi des milliards de dollars dans la recherche, alors que la plus grande part de cet argent est destiné aux infrastructures (les subventions réelles pour la recherche ont plutôt été coupées, sauf dans le domaine de la finance). Ils pourraient aussi mettre en évidence le fait que Stephen Harper a anéanti le coussin budgétaire que les Libéraux avaient mis en place, justement pour éviter un trop gros déficit si une récession devait frapper.

Mais il est trop tard pour tout ça. Ignatieff a choisi sa stratégie, et changer de discours maintenant ne passerait pas. Il ne peut qu’espérer que l’économie replonge, ou que Stephen Harper fasse une erreur monumentale. Ce qui ne risque pas d’arriver.

Vous avez quelques chose à ajouter ou une question à poser...

Vous avez quelque chose à dire?