Projet de loi 16 ou l’art de la «désidentification» au nom de l’intégration

18 octobre 2009

Le dépôt de l’avant-projet de loi 16, par la ministre de l’Immigration, Yolande James, soulève la controverse, c’est le moins que l’on puisse dire! Ce projet de loi, censé avoir pour objectif l’ouverture de la société québécoise à la diversité culturelle et la lutte à la discrimination ethnoculturelle, soulève plus de questions qu’il n’en résout.

Michel Daigneault

En fait, le texte de l’avant-projet de loi est si flou qu’on a plus l’impression d’être devant le libellé d’une politique gouvernementale que devant un projet de loi. En effet, les «peut» et les «pourra» y pullulent. Je n’en reviens tout simplement pas du manque de volonté (certains diraient de courage) politique de ce gouvernement face à un enjeu aussi fondamental que l’identité québécoise versus l’intégration des immigrants.

Cela dit, loin de moi l’idée d’assimiler de façon systématique les nouveaux arrivants à une culture qui, selon moi, aurait tout à gagner à s’ouvrir, sur certains sujets, à d’autres façons de voir les choses et de vivre. Mais de là à s’oublier soi-même dans ses valeurs fondamentales, il y a une marge que je ne suis pas prêt à dépasser – et que ne devrait dépasser aucun gouvernement. Je ne crois pas me tromper en disant que trois des valeurs les plus fondamentales de la société québécoise sont l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité de l’État et le fait français.

Est-ce moi, ou est-ce que quelque chose cloche lorsque la ministre James nous dit que la valeur de l’égalité entre les hommes et les femmes ne peut primer sur la liberté de religion garantie par la Chartre des droits et libertés? Soit dit en passant, j’ai toujours cru que ce texte comportait des dangers – notamment en ce qui concerne les concepts de multiculturalisme -, mais jamais je n’aurais cru qu’on les actualiserait de notre propre gré! Cela représente un non-sens en soi, puisque dans le secteur public (et c’est ce dont il s’agit ici, puisque le projet de loi s’adresse à l’administration des services publics), l’État québécois a proclamé la non-ingérence du fait religieux. Et pour accommoder les nouveaux arrivants – pour mieux les intégrer selon madame James – nous y réintroduirions la religion – sauf celle de la majorité?

Et si un catholique demandait à être servi par un baptisé? Ce serait absurde… Alors pourquoi accepter qu’une femme compétente se voie mise de côté pour accomplir son travail sous le seul prétexte qu’elle est une femme – alors que cela contrevient, en plus à ce qu’on se targue d’être une des valeurs fondamentales que l’on se doit de protéger coûte que coûte? Même la ministre Verner – pourtant pas reconnue pour la plus progressiste des ministres – a répondu, en entrevue, que l’égalité entre les hommes et les femmes doit primer sur la liberté de la religion.

Et même sans ce non-sens logique, l’esprit même du projet de loi me semble faire fausse route. Que ce soit le flou avec lequel il est énoncé ou le principe de laisser aux mains des administrations des services publics la responsabilité de trancher en matière d’ouverture aux demandes spécifiques de certains membres de communautés religieuses ne partageant pas certaines des valeurs de la société québécoise. Cela ne laisse-t-il pas place à une interprétation qui, on le sait, peut mener à des absurdités du genre de celles émises par le maire d’Hérouxville dans le cadre de la Commission Bouchard-Taylor.

Est-ce vraiment cela l’intégration? Ne serait-ce pas plutôt l’inverse? C’est-à-dire de convaincre les nouveaux arrivants du bien-fondé de ces valeurs et des luttes de celles et ceux qui les ont défendues pour qu’ils les respectent? Je ne comprends pas cette mentalité des Québécois en général qui ont peur de s’affirmer dans leurs valeurs les plus légitimes en plus! Et ces gouvernements qui n’en finissent plus d’éviter de froisser qui que ce soit pour ne pas perdre ce petit vote qui leur donnera peut-être une majorité… ou pas!

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