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Categorized | Culturel

Culture de reprises

Posted on 18 octobre 2009 by admin

Alexandra Ventura-Giroux

L’inquiétant contexte économique actuel semble avoir plongé les consommateurs dans un état de nostalgie. Par exemple, le client semble être rassuré d’acheter une série qu’il connaît déjà, comme Passe-Partout. Cette habitude n’est pas sans effet pervers, surtout dans le domaine musical. Ces dernières années au Québec, les albums les plus vendus sont en effet des… reprises. Tout a commencé avec Claude Dubois et son Duos Dubois (qui, soit dit en passant, est un excellent disque). Depuis, plusieurs autres artistes ont emboîté le pas: les Lost Fingers, Ima, Sylvain Cossette et, plus récemment, Jean-Pierre Ferland et Boom Desjardins. Il va sans dire que reprendre les tubes des autres est une entreprise beaucoup moins périlleuse que de prendre le risque d’écrire des titres originaux.

Mais alors, pourquoi cette peur maladive de la nouveauté, de l’inédit? N’est-ce pas ce qu’on attend lorsqu’on écoute un nouveau CD? En encourageant des concepts maintes fois repris plutôt qu’un produit original, je suis d’avis que nous, en tant que société, encourageons la paresse de la création artistique. Le disque de reprises semble être devenu le salut de n’importe quel artiste désirant remettre sa carrière chancelante sur les rails, ce qui est fort regrettable. Et cette tendance ne semble toucher que les artistes populaires. L’écart entre les jeunes artistes émergents inconnus et les vétérans qui sortent des disques de Noël semble se creuser de plus en plus.

Qualifier cette nouvelle génération d’artistes «d’excentriques aux chansons peu radiophoniques» ne ferait que renforcer ce sentiment. Mais lorsqu’on compare les ventes des disques de la jeune Cœur de Pirate à celles des Lost Fingers, c’est à n’y rien comprendre. On parle ici d’une jeune chanteuse au style unique qui possède son univers bien à elle et d’un pauvre groupe de musiciens manquant clairement de talent! Cette année, des noms tout de même connus du grand public ont lancé des disques. Parmi eux, on retrouve entre autres Pierre Lapointe, Yann Perreau, Mara Tremblay, Dumas, Xavier Caféïne, Malajube et plusieurs autres. Pourquoi ai-je le sentiment que plusieurs de ces compacts n’obtiendront pas des ventes faramineuses?

Personnellement, j’aurais du mal à supporter l’étiquette de «créateur» si je ne prenais même pas la peine de proposer du contenu inédit à mes admirateurs. Ima, par exemple, est en train de se bâtir une carrière basée sur des reprises de grands noms de la chanson. Une démarche on ne peut plus légitime, hum pardon, opportuniste! La belle se permet en plus de nous proposer un album de Noël, qui sera en magasin dès novembre. Je trépigne d’impatience d’entendre à nouveau les mêmes tounes de Noël à la sauce «jazzy»!

Lorsque nous jetterons un coup d’œil aux meilleurs vendeurs d’albums de cette fin de décennie dans quelques années, pourrons-nous affirmer que ceux-ci ont défini de nouveaux genres et permis un certain avant-gardisme? Misère, j’ai l’impression de revenir à cette époque ridicule où les chanteurs pop reprenaient des titres des Beatles… en français!

Alors, je vous en prie, faites une bonne action cette semaine, procurez-vous le disque d’un artiste local, que ce soit chez votre disquaire ou sur iTunes et encouragez les créateurs de l’inédit, de la nouveauté!

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