Michel Daigneault
En effet, comment choisir entre des sujets aussi importants que la mort d’un monument au Québec et l’une de mes idoles (pas autant pour ses idées que pour son idéalisme), Pierre Falardeau; l’anniversaire de la Chine communiste dont les célébrations comportent un défilé militaire incluant des missiles faisant la fierté du président chinois; une Collation des grades dont 140 gradés sont exclus; etc.
Cela dit, la fracassante démission du lieutenant politique du Parti libéral du Canada au Québec, Denis Coderre m’a tellement pris par surprise par son importance en fait de conséquences, et pour la branche québécoise du PLC et pour la crédibilité de Michael Ignatieff au Québec, que je ne pouvais pas ne pas en faire le sujet principal de mon édito. Le fait que cinq des principaux organisateurs politiques de la branche québécoise du PLCQ aient suivi leur lieutenant en démissionnant de leur poste respectif au sein du comité organisateur vient encore ajouter à l’importance de celle de M.Coderre.
Mon point n’étant pas ici de discuter des raisons de la décision de M. Ignatieff et des allégations (avancées par Le Devoir) de grenouillage au sein même de l’aile québécoise du PLC pour se «débarrasser» de M. Coderre, je passerai directement à mon propos.
J’ai toujours eu un certain respect pour M. Coderre malgré mes allégeances souverainistes. Son franc-parler, son engagement pour un idéal qui le dépasse, son «humanité» (lire ici sa «capacité» à faire des erreurs lorsqu’emporté par sa passion), tout cela m’a inspiré un respect certain, sinon pour ses positions politiques, au moins pour l’homme et son engagement. De plus, j’ai toujours vu en lui un nationalisme certain qui me permettait de me «lier» à cet homme.
Et sa lettre de démission… L’avez-vous lue? Il y a là des perles qui auraient fait rougir de colère un Chrétien ou un Trudeau. Ce dernier doit d’ailleurs se retourner dans sa tombe – s’il y a un outre-tombe! En parlant de son chef, il s’exclamait: «Doit-il s’en remettre à son lieutenant québécois travaillant en concertation avec une équipe crédible ou plutôt à ses conseillers torontois qui ont une méconnaissance totale de la réalité sociale et politique québécoise?» Cela se passe de commentaire, en ajouter un ne pourrait que diminuer l’impact d’une telle flèche dans la bouche d’un soldat aussi valeureux que Denis Coderre pour le PLC.
Et celle-ci, non moins évocatrice: «Le message qui est envoyé par ces récents événements est le suivant: si vous voulez avoir gain de cause au Québec, vous n’avez qu’à court-circuiter les autorités québécoises du Parti en vous adressant plutôt à la garde rapprochée du chef à Toronto.» Dans un autre contexte, on croirait à un tract nationaliste!
Certains seront tentés d’accuser M. Coderre de contre-attaquer ainsi par pur égocentrisme, pour ne pas dire égoïsme, en réaction à une blessure faite à son amour-propre. Ce n’est pas mon opinion. En fait, je crois que ce faisant, sans égard à ses motivations, M. Ignatieff s’est tiré dans le pied, dans celui de son parti, et dans celui de l’intérêt de l’ensemble des Canadiens… En effet, au moment où son parti remonte enfin la pente qu’il n’avait cessé de dégringoler au Québec depuis le dévoilement du fameux scandale, je crois personnellement qu’il vient de sérieusement compromettre ses chances de faire des gains appréciables dans la Belle Province. Et je crois que c’est cela qui déçoit M. Coderre et qu’il dénonce vivement.
Ainsi, les chances de voir l’honorable Stephen Harper se faire réélire n’en sont qu’augmentées, ce que je déplore encore plus vivement. Ainsi, on fait passer des intérêts partisans et personnels avant l’intérêt de la Nation. Et j’ose espérer que c’est là la motivation de la démission de M. Coderre à titre de lieutenant. Car il demeure député du PLC, ce qui me conforte dans ma lecture motivationnelle de la vivacité de sa lettre de démission.
Et c’est là que je peux faire un lien avec trois de mes idoles – quoiqu’avec un bémol au niveau de l’intensité: Friedrich Nietzsche, Jacques Parizeau et Pierre Falardeau. Qu’ont-ils tous en commun? Ce courage de leurs propos qui leur permet de dire des énormités – et de les assumer – que seule la passion peut amener. D’ailleurs, l’un de mes leitmotiv favoris est «Si vous ne provoquez pas, vous ne dites rien».

