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Categorized | Société

Indépendantiste et indépendant: Entretien avec Pierre Dubuc

Posted on 18 octobre 2009 by admin

Le journal indépendant et indépendantiste L’Aut’journal célèbre sa 25e année d’existence. Le Collectif a discuté avec son fondateur et rédacteur en chef, Pierre Dubuc. Cet entretien nous a fait découvrir un souverainiste convaincu avec des idées bien à lui sur les médias et le nationalisme. C’est dans les locaux du mensuel que nous l’avons rencontré.

Alexandre Côté

M. Dubuc, L’Aut’journal fête cette année ses 25 ans. Parlez-nous du contexte entourant sa création en 1984.

Les raisons sont les mêmes que celles qui existent aujourd’hui. À l’époque, il y avait trois grands groupes de presse, Desmarais, Péladeau et Conrad Black. Black a été vendu à Desmarais et la situation est encore pire, d’où la nécessité d’avoir une presse indépendante au Québec. En 1984, c’était dans un contexte très déprimant de l’après référendum de 1980 et de l’éclatement de la gauche. On tirait à peine 1 500 exemplaires et parfois il fallait les donner tellement les gens étaient réfractaires à tout ce qui était de gauche. Les choses ont changé, aujourd’hui on a 20 000 exemplaires plus 3 000 visites par jour sur le site Internet. Mais le contexte de concentration est extraordinaire au Québec. Le seul quotidien indépendant c’est le Devoir et c’est environ 3% du marché des quotidiens au Québec.

Il y a effectivement peu de journaux indépendants au Québec. Internet semble offrir une nouvelle voix à ceux-ci. Comment pensez-vous que cette nouvelle dynamique puisse s’intégrer au paysage actuel?

C’est de cette façon qu’on doit développer une presse indépendante au Québec. Le marché est trop petit. Quand on se compare à la France par exemple, il faut toujours diviser par dix! Un journal comme Libération tire 150 000 copies. À l’échelle du Québec c’est 15 000, c’est moins que Le Devoir. En France et aux États-Unis il y a un marché pour ce qui est marginal. Ici, c’est l’ensemble du marché qui est marginal. Il faut aller dans d’autres directions et Internet permet ça. Je prends l’exemple de Huffington, un site progressiste américain. Ils se spécialisent dans le journalisme d’enquête. Il y a ce modèle qui se développe et c’est celui qu’on privilégie.

Passons de l’indépendance dans les médias à celle du Québec. En 2003, vous écriviez L’autre histoire de l’indépendance, livre dans lequel vous critiquiez le nationalisme civique au Québec. Comment proposez-vous d’arrimer un «Nous» identitaire à cette société dont l’immigration fait maintenant partie prenante?

Moi, je fais la distinction entre la citoyenneté et la nationalité. Ceux qui habitent le Québec sont citoyens et sont égaux mais c’est différent de la nationalité. La nation québécoise a différentes caractéristiques: une histoire, une langue et une certaine psychologie commune. Ça ne veut pas dire que ce ne sont que les descendants de colons, ce sont ceux qui se sont intégrés comme les Curzis ou les Brathwaites. Ils sont
environs 11% de la nation. Cinquante pourcents des allophones qui sont allés à l’école francophone vont au cégep anglophone. C’est sûr qu’ils vont être plus portés à lire The Gazette plutôt que La Presse ou Le Devoir. Il est vraiment urgent qu’on change cela. Je pense que les gens ne mesurent pas l’importance de ce combat et c’est à cause du nationalisme civique qu’on l’a évacué.

En 2005, le PQ a connu une lutte idéologique durant laquelle vous avez milité pour le SPQ Libre. Pendant ces événements, votre groupe semble avoir été muselé par les instances du parti. Croyez-vous que les idées de gauche puissent toujours être représentées par le PQ?

Je suis l’instigateur de SPQ Libre et quand on avançait cette idée, c’était en lien avec la promotion du scrutin proportionnel. Il y avait une certaine ouverture de la part de M. Landry. On s’est inspiré du parti socialiste français et on a fait un modèle qui est devenu celui de SPQ Libre et qui a été adopté au congrès de 2005 du PQ. L’important c’était la reconnaissance des clubs politiques au sein du parti. Puis, il y a eu la course à la chefferie, dans laquelle j’étais candidat et M. Boisclair a été élu avec une position de droite. Disons que l’idée des clubs politiques était mal lancée et ça a créé un certain nombre de problèmes. Mais on pense toujours qu’il faut défendre nos positions à l’intérieur du parti même si certains ne sont pas en accord.

Selon vous, la présence de Québec Solidaire dans le paysage politique québécois représente-t-elle une nuisance pour le mouvement souverainiste?

Ça peut l’être, mais je ne pense pas que Québec Solidaire ait une démarcation fondamentale avec le PQ. Il y a des nuances, mais pas suffisantes pour justifier une ascension dans les prochaines années. Il serait plus efficace de former un club politique à l’intérieur du parti. Amir, c’est un ami, Françoise David je la connais depuis 30 ans, on verra, mais ils vont avoir des choix à faire.

Le 26 septembre dernier, Pierre Falardeau nous a quittés. Vous l’avez personnellement connu lors de vos études universitaires et vous avez écrit à son sujet lors de son récent décès. On connaît le personnage public, parlez nous de l’homme.

J’ai écrit le texte tout de suite après sa mort et je me suis rendu compte qu’il répondait à la plupart des critiques qui ont été faites par la suite. On a essayé de dire, je pense à Nathalie Petrowski, qu’il y avait un bon Falardeau plus jeune et qu’il avait mal vieilli. C’était le même Falardeau que moi j’ai connu à l’Université de Montréal dans les années 1970. C’était un gars attachant, timide, qui aimait beaucoup discuter et débattre. Il avait compris l’impact du cinéma pour rejoindre la masse. Pierre a eu le souci de rejoindre le plus de gens possible. Il le faisait avec ses tournées de cégeps aussi. Je pense que les gens ont reconnu que c’était un vrai Québécois. Il y a eu quelques dérapages à La Presse, mais ils se sont vite aperçus qu’il avait un véritable soutien. Ça m’a impressionné, cette affection du peuple québécois. C’est ce discours radical dans lequel le peuple se reconnaît. Malheureusement, on ne l’a pas dans le leadership politique. Il va falloir qu’une nouvelle génération émerge et qu’il y ait des leaders là-dedans.

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