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Oro y Sal / Or et Sel: allégorie d’un monde divisé

Posted on 04 octobre 2009 by admin

Du 9 septembre au 25 octobre 2009, la galerie d’art du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke accueille une exposition d’une œuvre chargée de significations.

Alexandre St-Laurent

Depuis un demi-siècle, René Derouin suit un parcours artistique marqué par l’américanité, un concept qui guide l’ensemble de ses œuvres. À propos de Oro y Sal / Or et Sel, il affirme d’ailleurs que « dans les conquêtes, l’or et le sel ont toujours été au cœur des explorations en Amérique.» Mais encore?

Description

Deux coques en bois sont placées, obliquement, au centre de la pièce. Semblables à des péniches disposées parallèlement l’une à l’autre, elles semblent se croiser dans l’obscurité créée par les murs peints en noir. Chaque extrémité arbore une figure de proue à la vague allure d’un panache d’orignal. Une trace, sûrement, de l’origine laurentienne de l’artiste… Au fond, semblant flotter sur un miroir tel des îles sur une mer d’argent, se trouvent des plaquettes de céramique. Des figurines de la même matière, voûtées, se dressent sur celles-ci. Des formes oblongues et blanches, rappelant les arches d’un pont, sont peintes sur un des murs.

Une moitié de chaque barque est parsemée de sel. L’autre, de cailloux dorés semblables à des pépites d’or. Côté «Sel», les personnages semblent plus écrasés. Dans l’ensemble, une certaine lourdeur se dégage de l’œuvre, pourtant égayée par les riches reflets des deux moitiés «Or».

Aucun parcours n’est imposé au visiteur. Sans doute finira-t-il, néanmoins, par jeter un coup d’œil aux miroirs qui séparent chaque barque. Leurs réflexions, quoique déformées, empêchent de voir ce qui se trouve de l’autre côté. Sous un léger éclairage rappelant l’obscurité relative de la nuit, les pépites d’or brillent faiblement alors que le sel, blanc, renvoie la lumière crûment. Le Requiem de Giuseppe Verdi, en toile de fond sonore, installe une ambiance calme émaillée de pointes dramatiques.

D’abord créée pour être exposée au Mexique, l’œuvre bénéficie à Sherbrooke d’une salle peinte en noir expressément pour l’accueillir. À Mexico, les deux coques étaient présentées dans un espace suffisamment grand pour les placer parallèlement aux murs.

Interprétation

Que penser de cette œuvre? Difficile à dire. Pourtant, lors du lancement de l’exposition, l’artiste a suggéré une piste: «Le sel est essentiel à la survivance de l’humanité. L’or ne sert à rien d’autre qu’à se dire riche.» À partir de cette affirmation, on peut tenter une interprétation…

Les humains sont divisés en deux groupes. Chacun vogue sans réellement prendre conscience de l’autre. Le pont, en arrière-plan, symbolise à la fois la mort et la naissance : une barque s’en éloigne alors que l’autre s’en approche. L’origine et la finalité sont donc identiques. Mais la vie, elle, est différente. Les uns travaillent d’arrache-pied pour produire l’essentiel – le sel – et, malgré tout, ne survivent que péniblement. Les autres récoltent l’or et semblent mieux s’en sortir, mais c’est au prix d’une indifférence quant à la misère des premiers. Bref, une œuvre qui se fait allégorie de l’existence, seul voyage commun à tous.

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