De Kessé?

3 novembre 2009

Le jour même de l’entrée en production de votre bihebdomadaire favori, Jean Charest et son homologue du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, confirmaient l’acquisition d’Énergie Nouveau-Brunswick par Hydro Québec.

Michel Daigneault

Le gouvernement Charest endette donc le Québec de 4 milliards de plus pour faire l’acquisition d’une majeure partie des actifs d’une compagnie qui, avec une dette d’environ 4,8 milliards de dollars, n’engrange que 89 millions de dollars par année sur des revenus de plus de 1 milliard et demi. Bon… Cela permet au Nouveau-Brunswick de réduire sa dette de près du tiers (passant de plus de douze milliards de dollars à 8,2 à la conclusion de l’entente). Bon…

«En échange», Hydro Québec s’engage à ne pas hausser les tarifs des usagers résidentiels pour les cinq prochaines années, après quoi elle pourra les indexer au coût de la vie (notons ici que les tarifs au Nouveau-Brunswick sont déjà 60 % plus élevés que ceux du Québec). De plus, les tarifs des entreprises néo-brunswickoises seront ramenés au niveau de ceux du Québec, soit une baisse de 20 %. Finalement, non seulement la néo-brunswickoise garde-t-elle sa pleine autonomie, sa raison sociale et son identité, mais en plus Hydro garantit les emplois de tout le personnel en place.

Là, je commence à me gratter la tête… Je n’ai rien contre l’idée de l’expansion d’Hydro-Québec et le fait qu’elle augmente le nombre de ses clients et de ses canaux de distribution et qu’elle vende ainsi ses surplus à des tarifs plus élevés. Je ne suis pas de ces puristes qui voudraient l’électricité gratuite sur tout le territoire québécois. Et je ne suis pas de ces «gaugauchistes» qui s’opposent à l’idée même de profit dans les services publics. Mais de là à financer l’achat d’une compagnie à même les fonds publics (le gouvernement fournira quatre des 4,7 milliards de la transaction, les autres sept cents millions étant prélevés à même les fonds d’Hydro), il y a une certaine marge… que je serais prêt à outrepasser, si au moins les Québécois, à travers leur gouvernement, en devenaient les véritables propriétaires et gestionnaires. S’ils pouvaient espérer en retirer un profit éventuel, soit. Mais là, on s’apprête à augmenter divers tarifs pour pallier la hausse de la dette due à la crise financière. Le lien n’est certes pas direct, j’en conviens, mais dans la réalité, cela revient à dire que c’est le citoyen québécois qui paie pour la réduction de la dette néo-brunswickoise.

En plus, cet investissement pour lequel le contribuable n’a pas eu de mot à dire, n’en est pas un pour lui, puisque loin de servir à lui procurer un bénéfice éventuel, cette dépense ne peut qu’alléger le fardeau fiscal des résidents et entreprises du Nouveau-Brunswick. Il ne peut même pas espérer un bénéfice tiré d’une meilleure gestion si l’on prenait des mesures pour améliorer le rendement de l’entreprise, puisque la gestion demeure dans les mains néo-brunswickoises. Bien plus, en garantissant les emplois de tous les employés actuels, on ne peut même espérer couper les coûts administratifs. Même si l’on confirmait la mauvaise gestion de cette entreprise comme facteur de ses difficultés financières, on ne pourrait y remédier! Et si l’on envoyait des spécialistes pour aller former ceux de là-bas aux façons de faire d’Hydro, ce serait encore aux frais des contribuables québécois qu’on le ferait.

Ce n’est donc pas contre l’achat en lui-même que j’en ai, mais sur les conditions que l’on a accordées aux Néo-Brunswickois pour faire l’acquisition. Déjà, si au moins la gestion revenait à Hydro et que le gouvernement se servait à même ses surplus pour amortir le poids de sa propre dette, certains accuseraient (c’était déjà le cas depuis que le gouvernement Charest a refusé d’écarter la possibilité d’augmenter les tarifs d’Hydro pour ce faire) ce dernier de faire reposer un poids supplémentaire aux plus vulnérables, financièrement, de notre société. Mais là, et même si le lien est indirect, comme je le mentionnais plus tôt, il le fait, en plus, pour alléger le poids de la dette d’une autre province!

Vous avez quelques chose à ajouter ou une question à poser...

Vous avez quelque chose à dire?