La fin d’une époque (partie 1)

15 novembre 2009

Au moment d’écrire ces lignes, les Yankees de New York viennent de remporter la série mondiale de baseball. Ils distancent maintenant le Tricolore de trois titres au chapitre de la formation sportive ayant cumulé le plus de grands honneurs dans son sport. Cette équipe, qui évolue depuis à peu près aussi longtemps que le Tricolore, a su conserver sa tradition de champion. Malheureusement pour nous, le Canadien semble avoir relégué à jamais aux oubliettes ce passé glorieux et s’enliser dans un présent laborieux et un avenir nébuleux. Comment une formation peut-elle, après avoir connu autant de succès, s’écrouler sans être capable de se redresser et récupérer sa place parmi les grandes formations de son sport?  

Nicholas Thiffault 

C’est ce que je tenterai d’expliquer dans cette série de chroniques, où j’analyserai les raisons qui ont entraîné l’équipe phare de son sport à sombrer dans un abysse qui semble sans fond. 

Des raisons économiques 

Il est important de souligner que le Tricolore évolue dans une économie différente de la majorité des équipes de la Ligue nationale. Tout d’abord, conjointement avec cinq autres formations, il faut composer avec une monnaie qui connaît d’importantes fluctuations depuis quelques décennies. En effet, de 1997 à 2003, le dollar canadien était extrêmement bas, soit en deçà de la barre de 0,70 $ pour chaque dollar américain. Bien que les rentrées d’argent s’effectuent en devises canadiennes et les dépenses sont en monnaie américaine. Si bien, qu’à un certain moment, pour chaque million de dollars versé en salaire, il en coûtait 1 300 000 $ au Tricolore. C’est donc dire que pour la même masse salariale de 50 millions de dollars américains, il en coûtait 65 millions canadiens à l’équipe. Difficile de rester dans la course à ce niveau. Aujourd’hui, le dollar canadien est presque égal au dollar américain, ce qui règle, temporairement, une partie du problème. 

Une autre dépense inhérente à l’équipe que les autres formations de la ligue nationale n’ont pas à assumer, et les Yankees non plus, c’est la taxe municipale imposée à l’édifice accueillant l’équipe. À Toronto, la ville de Toronto a exempté l’édifice de taxes pour permettre à l’équipe d’être plus viable économiquement. À New York, la ville a négocié avec les Yankees une exemption de taxes, puisque leur édifice (autant l’ancien Yankee Stadium que le nouveau) se situe sur un terrain municipal. À Montréal, la ville requiert une somme de 7,7 millions de dollars en taxes foncières. Si on y pense, avec une moyenne de 117 dollars le billet, 21273 spectateurs, c’est un peu plus de trois salles combles (sur 41 matchs à domicile) qui sont dépensées UNIQUEMENT pour payer la taxe foncière. 

Il est aussi très important de noter que le taux d’imposition au Québec est incroyablement élevé. Les joueurs de hockey de la Ligue nationale, avec les salaires que nous leur connaissons, doivent verser approximativement 50 % de leur salaire en impôts. Comment attirer des joueurs de haut calibre avec un appât si peu reluisant? Il est nécessaire de verser des salaires sensiblement plus élevés que ce qu’ils toucheraient ailleurs pour que ceux-ci acceptent de se greffer à notre formation.

L’arrivée du plafond salarial en 2004 est venue quasiment corriger ce problème. Alors, bien qu’on puisse ainsi expliquer en partie les déboires de l’équipe de 1993 jusqu’au lock-out de 2004, comment pouvons-nous expliquer que la formation montréalaise ne se porte guère mieux maintenant que la conjoncture économique lui est plus favorable?

Dans les prochaines chroniques, j’analyserai la gestion administrative de l’équipe ainsi que le choix et le développement de la relève.

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