Atchoum!
16 novembre 2009
Depuis quelque temps, il y a un petit quelque chose dans l’air, non? Un petit organisme malfaisant qui nous rend tous un peu digues. Grippe A (H1N1)? Mais non! C’est le virus de la communication instantanée.
Alexandre St-Laurent
Une amie qui demeure aux résidences étudiantes est inquiète. Elle a reçu, mercredi après-midi, un courriel affirmant que des cas de grippe A (H1N1) ont été diagnostiqués parmi les locataires du bâtiment qu’elle habite. Le message en question précise qu’ «il ne faut pas paniquer». Facile à dire… À force d’entendre parler de la maladie nuit et jour, depuis quelques semaines, c’est normal de s’inquiéter un brin, non?
Pourtant, en Estrie, 50 personnes ont été hospitalisées parce qu’elles ont contracté la grippe A (H1N1)… et une seule est décédée. Alors, on s’énerve ou on reste zen?
Afin de remettre les choses en perspective, effectuons un petit retour historique. En 1917 et 1918, de 40 à 50 millions de personnes sont mortes de la grippe espagnole. À l’époque, les mesures d’hygiène de base étaient déficientes et le vaccin n’avait pas encore été inventé (1). La maladie a été si foudroyante qu’elle a fait plus de morts que la Première Guerre mondiale, alors tout récemment terminée. C’est tout dire.
Mais au moins, les gens de l’époque ne se sont pas fait rabattre les oreilles par les chaînes d’information continue. Savaient-ils qu’un jour, des gens leur envieraient cette tranquillité?
Car on en a assez, non?
Assez d’entendre parler jour après jour d’une «pandémie» supposée ravager l’humanité, dont on doit se prémunir à tout prix. Assez de voir des journalistes faire leurs choux gras des files devant les centres de vaccination, des «petites-madames-pas-contentes-parce-qu’elles-attendent-depuis-trois-heures». Assez de voir des personnalités culturelles ou de jeunes sportifs obtenir le vaccin en premier grâce à des passe-droits ridicules.
Je crois qu’on aurait besoin d’un peu de retenue, dans toute cette histoire. Doit-on rappeler que, chaque année, 250 000 à 500 000 personnes, à travers le monde, meurent de la grippe saisonnière? Une bonne vieille grippe bien ordinaire. Combien de personnes sont décédées à cause de la variante A (H1N1)? Au 1er novembre, ce nombre dépasse à peine les 6 000 (2). Je ne souhaite pas ici minimiser l’importance de ces décès. Les proches des personnes décédées des suites de cette maladie sont évidemment bouleversées, comme tous les proches de défunts, d’ailleurs.
Mais devons-nous vraiment accorder tant d’importance à cette maladie précise? N’avons-nous pas mieux à faire? N’avons-nous pas des puits à creuser pour abreuver les assoiffés, des écoles à construire pour nourrir l’esprit des ignorants, des maladies autrement plus dévastatrices à combattre?
Malheureusement, ces sujets ne font pas vendre de journaux. Ils n’attirent pas les téléspectateurs à une chaîne plutôt qu’à une autre. Ils ne créent pas une controverse suffisante pour engendrer des profits alléchants. Les médias de masse carburent à l’argent. Éduquer la population? La rendre plus critique? Si ça ne rapporte pas d’argent, à quoi bon, semblent-ils penser?
À l’époque de la communication instantanée, la réflexion en profondeur fout le camp. Au risque de créer des mouvements de panique, on diffuse ce qui rapporte le plus. Décidément, les mêmes dirigeants de médias qui dénoncent ardemment les excès du milieu municipal en matière d’éthique ont les valeurs drôlement placées…
(1) Émission Découverte, Radio-Canada
(2) Organisation mondiale de la santé
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2 réponses à “Atchoum!”
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Enfin une intervention censée. Merci Alexandre, je me demandais si les universitaires avaient encore des neurones en occident.
A la lecture de l’article concernant Antoni le finissant à la maitrise de politique, paru sur le site de l’US, je me disais que l’état de crise se trouve manifestement dans les bureaux de communication plutôt que dans la population qui ne souffre que de la grippe saisonnière pour une partie et du syndrome de la peur pour les autres.
Encore merci pour ton intervention différente des interviews de «flyers» que les médias utilisent pour dénoncer la baudruche.
Merci pour ce commentaire.
Je vous encourage à intervenir de nouveau si vous le jugez pertinent. Nous apprécions vous lire.