Un belge à la tête du Conseil de l’Europe
29 novembre 2009
Le Traité de Lisbonne prévoyait que les 27 s’entendent pour élire un président du Conseil. Le 20 novembre, ils ont choisi le belge, Herman Van Rompuy. Devenu Premier ministre presque par défaut d’un pays au bord de l’explosion, il se retrouve aujourd’hui propulsé au titre de consul du triumvirat chargé de barrer l’Europe pour les prochaines années. Et dire qu’il avait déclaré ne pas être intéressé…
Christelle Lison
Pourquoi ce discret chrétien-démocrate flamand de 62 ans, économiste de formation, a-t-il accédé à un poste tel que celui-là, plutôt que ses adversaires, le Britannique Tony Blair et la Lettone Vaira Vike-Fraiberga? Probablement parce que la fonction de président n’a, paradoxalement, rien d’un premier rôle. En effet, les spécialistes s’entendent pour dire que «c’est précisément parce qu’il n’est pas susceptible de faire de l’ombre aux chefs d’État de l’Union qu’Herman Van Rompuy a été choisi». Espérons néanmoins que d’autres qualités et critères sont entrés en jeu, comme sa maîtrise des dossiers ou son multilinguisme.
Mais que fait exactement un président du Conseil? En fait, il pourrait être décrit comme un accoucheur de consensus, un conciliateur davantage que comme un leader. «Je crois que la crise économique a un peu paralysé nos dirigeants qui continuent à penser que les politiques nationales restent la garantie suprême face à l’économie mondiale. Dans ce sens, cette nomination répond davantage à des enjeux nationaux qu’externes. On a choisi quelqu’un qui va faciliter les travaux internes de l’Union, et non une personnalité qui parcourt le monde et s’implique. C’est une ambition limitée pour l’Europe. Rien ne va changer. Les dirigeants nationaux continueront à s’impliquer sur la scène internationale tandis qu’Herman Van Rompuy gèrera l’appareil européen.» a déclaré Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman. Mais, il n’empêche qu’Herman Van Rompuy aura le rôle historique d’inaugurer une fonction!
Herman Van Rompuy est sans nul doute habitué aux compromis. Il aura probablement bien besoin d’exercer cet art pour réaliser la synthèse de 27 points de vue au cours des séances du Conseil européen… et mettre tout le monde sur la même longueur d’onde. Dans cette tâche, il sera sans nul doute assisté de la Britannique Catherine Ashton, commissaire européenne au Commerce, qui a été nommée au poste de Haut Représentant pour les Affaires étrangères.
Si les dirigeants de l’Europe semblent contents de leurs choix, il n’en est pas de même pour les éditorialistes européens. Que ce soit en France, en Allemagne, en Espagne ou en Grande-Bretagne, la presse ne s’est pas gênée pour émettre un doute quant à la capacité des deux nouveaux élus (inconnus selon El Mundo et le Financial Times) à faire le poids. Le journal Libération a qualifié Herman Van Rompuy de «président pour la déco». «Pour son premier acte», poursuit le quotidien, «l’Europe du traité de Lisbonne a donc fait le choix de personnalités qui ne dérangent personne», «deux figures ternes et de bas profil» selon El Paris. La Frankfurter Rundschau va même plus loin, clamant que l’Union européenne s’est trouvé «des dirigeants sans éclat, sans vision, voire en partie sans expérience dans le domaine requis».
Si le Guardian souligne que ce choix a réduit à néant «tous les espoirs de l’Europe de forcer le monde à lui prêter une attention nouvelle» et que «Le continent, la nuit dernière, s’est éloigné de la table des grands, manquant une chance réelle de se maintenir au niveau du monde du G2 dominé par les pôles jumeaux Washington et Pékin», Herman Van Rompuy déclare, pour sa part, que «L’avenir de l’Europe ne dépend pas d’une seule personne, mais de quelqu’un qui l’aidera à mieux fonctionner».
Quoi qu’il en soit, l’Union européenne va désormais devoir apprendre à fonctionner avec une direction à quatre têtes: le président du Conseil, le haut représentant, le président de la Commission et la présidence tournante. Aujourd’hui, la grande question est: laquelle des têtes Barack Obama choisira-t-il d’appeler quand il souhaitera parler à l’Europe? «J’attends son premier coup de fil de pied ferme», a répondu, pince-sans-rire, Herman Van Rompuy.
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