Une voiture? Non merci…
29 novembre 2009
J’ai parfois l’impression d’être un extra-terrestre. Une drôle de bibitte que ses contemporains essaient de comprendre, en vain. Ça se produit surtout lorsque je rencontre certains amis ou proches qui ne parviennent pas à saisir pourquoi je n’ai pas d’automobile.
Alexandre St-Laurent
Combien de fois ai-je entendu «T’as pas de char? Pauvre toi!» ou autre savoureuse affirmation du même acabit! Parfois, un message similaire passe par un regard teinté d’incompréhension, voire de mépris. Pourtant, les raisons motivant ce choix (oui, c’est un choix!) sont nombreuses.
Il y a tout d’abord des considérations économiques. Je suis étudiant, ce qui signifie «pas riche». Avez-vous déjà calculé ce qu’il faut dépenser pour utiliser une voiture pendant un an? Selon l’Association canadienne des automobilistes (CAA), une Chevrolet Cobalt LT (un véhicule de taille moyenne) roulant 18 000 kilomètres par an coûte 6 516 $. Wow! Pourquoi débourserais-je des milliers de dollars par année pour un tas de ferraille équipé de quatre roues et d’un moteur? Je demeure en ville. L’été, mon vélo me permet d’aller où je veux, quand je le souhaite et souvent plus vite qu’en auto. Lorsque l’automne pointe le bout du nez, je range ma vaillante monture et les autobus prennent le relais, et ce, gratuitement. Et même si j’avais à payer un laissez-passer mensuel, ce serait tout de même beaucoup moins cher. Faisons le calcul: 60,5 $ x 12 mois = 726 $. Hum, c’est près de 10 fois moins cher! Une belle économie, non?
J’en entends déjà répliquer: «Moi, je n’ai pas le choix, j’ai besoin d’une auto pour aller travailler, je demeure en campagne.» Que diriez-vous de vous établir près de vos activités principales (travail, études, etc.) pour éviter de gaspiller votre temps et votre argent en déplacement? Et si vous pensez que vous n’en avez pas les moyens, repensez à ce chiffre: 6 516 $. Vous pouvez utiliser une partie de cette jolie somme pour payer un appartement un peu plus dispendieux.
Puis, il y a les raisons environnementales, celles qui me convainquent le plus. Le mode de vie nord-américain, basé sur une utilisation intensive de l’automobile, contribue à l’étalement urbain. Les banlieues qui s’étendent à perte de vue existent grâce (à cause?) de cette invention. Combien d’excellentes terres agricoles, combien de forêts ont été sacrifiées sur l’autel de la sacro-sainte bagnole? L’espace nécessaire pour les infrastructures routières est considérable. Pensez un peu aux routes, autoroutes, stationnements, échangeurs, usines de pièces, station-service, alouette!
Et il y a aussi les fameux gaz à effet de serre émis par les moteurs à explosion. Les changements climatiques sont en bonne partie causés par nos bazous et tout ce qu’il faut pour les faire rouler. Et c’est sans parler d’un problème qui ne fait plus les manchettes, mais qui n’en demeure pas moins inquiétant: les pluies acides. Si je me souviens bien, ces précipitations au PH faible proviennent essentiellement des industries qui rejettent du soufre dans l’atmosphère. Et - surprise! - celles qui fabriquent l’acier nécessaire, entre autres, à la fabrication d’automobiles sont de grandes émettrices de cette substance. Un sol soumis à ces intempéries perd une bonne partie de ses minéraux, ce qui nuit à la croissance des arbres.
Vous vous rendez compte? Les arbres, les poumons de la Terre, menacés par nos chars. Alors, quand il m’arrive de monter dans une voiture malgré tout, je pense à ce que d’éventuels petits-enfants me reprocheront: «Quoi! Tu te déplaçais dans une voiture! Heureusement qu’on ne fait plus ça, nous autres!» Et je ne pourrai qu’acquiescer…
Mais ça, c’est si je survis à l’hécatombe dont se rend responsable la bagnole. Car, il faut le dire, c’est une sacrée tueuse! Vous voulez des chiffres? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), nos gentils bolides font, dans le monde, environ un million de victimes chaque année. Bizarrement, on en parle beaucoup moins que les décès liés à une pandémie comme celle de la grippe A (H1N1), pourtant bien moins nombreux. À ces morts accidentelles, il faut ajouter celles qui sont causées par les maladies respiratoires que la pollution de l’air provoque ou aggrave.
Si la voiture est meurtrière, les moyens de transport alternatifs le sont beaucoup moins. L’autobus est très sécuritaire, les chauffeurs étant des professionnels qui respectent les limites de vitesse et le Code de la route, contrairement à bien des automobilistes. Le marcheur, de son côté, ne peut évidemment pas tuer quelqu’un en lui fonçant dessus. Le cycliste, enfin, pourrait à la rigueur blesser un piéton, mais les risques de décès sont, vous en conviendrez, fort minces.
Pour ces quelques raisons et bien d’autres, je suis donc fier et heureux de ne pas avoir de voiture. Fier de faire partie de la solution plutôt que du problème. Heureux de passer plus de temps en vélo, à pied et en autobus que derrière un volant… à regarder ma bedaine prendre de l’ampleur pour cause de sédentarité.
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