Après avoir accueilli plus de 15 millions de visiteurs partout à travers le monde, dont les derniers étaient dans le Vieux-Port de Québec, l’exposition Bodies présente ses corps humains à Montréal. Les organisateurs disent que les visiteurs sont «émerveillés par cet événement exceptionnel qui les aide à mieux comprendre la formidable machine qu’est le corps humain». Qu’est-ce qui se cache derrière cette exposition scientifique?
Kassandra Martel
Les visiteurs peuvent voir d’authentiques parties du corps humain, tout en apprenant diverses informations à leur sujet. Le squelette, la musculature, les systèmes reproducteur, respiratoire, circulatoire et nerveux, tout est présenté. Il est possible de voir certains organes en santé à côté de leur homologue malade. Ceci permet de constater les effets néfastes du tabagisme, du cancer, du surplus de poids ou du manque d’exercice. «C’est une exposition de grande qualité, scientifique et éducative qui nous montre le corps humain comme jamais nous ne l’avons vu auparavant» a déclaré le directeur général d’Inter-Nation-Art, Daniel Gélinas. Le but de cette exposition serait d’amener les gens à réfléchir sur leur mode de vie et, ainsi, à l’améliorer. Selon les organisateurs, «elle est conçue pour informer, habiliter, fasciner et inspirer».
Une technique technologique
Ce sont de vrais corps, ceux donnés à la science, qui sont présentés à cette exposition. Ils sont conservés grâce à un procédé révolutionnaire, la «plastination». C’est une solution permanente qui permet de préserver les corps longtemps. Il s’agit de remplacer l’eau contenue dans chaque cellule du corps par du polymère. Cette préparation, pour un seul corps, peut nécessiter plusieurs heures de travail. Souvent, plus d’un an est nécessaire.
Quand l’art semble s’en mêler
Après avoir remplacé l’eau par le polymère, le travail n’est pas terminé. Des professionnels de la médecine doivent préparer, avec beaucoup de soin et de minutie, les corps. Le but est de démontrer le plus précisément possible la complexité de la machine humaine. De cette procédure résultent des spécimens à l’apparence caoutchoutée, ressemblant à des figurines de cire particulièrement bien réussies. Les corps sont ensuite mis en forme. En effet, beaucoup de corps sont présentés dans des poses athlétiques ou représentant des activités quotidiennes. Un squelette regarde son enveloppe musculaire comme quelqu’un se regarderait dans le miroir, un autre pratique le lancer du disque…
Ajoutez à cela un jeu de lumière (ex.: éclairage rouge dans la section des vaisseaux sanguins), ainsi que des écriteaux blancs comme au musée, des dessins au mur (ex.: neurone) et des blocs de verre dans lequel les différents organes sont placés, le tout savamment disposé, et vous obtiendrez une galerie d’art nouveau genre… C’est ce que beaucoup de visiteurs semblent croire. À la sortie de l’exposition, un jeune homme dans la vingtaine avouait: «Je ne savais plus si je me trouvais dans une exposition scientifique, un musée d’art ou une foire… Devais-je m’émerveiller devant la complexité de mon corps ou devant le talent des spécialistes qui ont réussi à conserver les corps, spécialement pour cette exposition?»
Quelques controverses
En Allemagne, les visiteurs ont été choqués par la présentation des corps. Certains étaient placés de manière trop éloquente et, parfois, trop intime.
À Québec, c’est l’origine des corps qui pose un certain problème. Selon madame Nicole Beaudry, secrétaire générale de la Commission de l’éthique de la science et de la technologie:«Le flou qui entoure l’origine des cadavres et l’absence de preuves claires et écrites du consentement des personnes dont le corps est exposé, pose problème sur le plan éthique. […] Contrairement à ceux de l’exposition Le monde du corps 2, présentée au Centre des sciences de Montréal en 2007, les promoteurs de l’exposition Bodies ne sont pas en mesure de fournir les preuves écrites du consentement des personnes dont les restes sont exposés.» La Commission affirme qu’elle mettrait aussi en cause les preuves écrites du consentement, s’il y en avait. Elle douterait de la liberté de choix des donneurs, de la définition de cette exposition leur ayant été présentée et du respect de leurs volontés.
Enfin, une mère de famille, accompagnée de son mari et de ses deux enfants majeurs, dénonce l’abus derrière l’exposition. «Je venais ici par curiosité, me disant que ma famille apprendrait quelque chose. Ma curiosité m’a coûté 80 $ et il y avait tellement de monde que je n’ai pas eu le temps d’apprendre. Je suis un peu déçue!» Il y a eu foule à Québec lors de la dernière fin de semaine d’ouverture – celle de l’Action de Grâce –, beaucoup de gens s’agglutinaient devant les vitrines et les écriteaux, empêchant une visite agréable. Il était possible de louer des audioguides, 4,95 $ chaque, mais ce coût s’ajoutait au 19,95 $ pour l’entrée par personne de 18 ans et plus, en semaine (23,95 $ les fins de semaine et les jours fériés). Le problème ne risque pas d’être réglé pour le 23 octobre prochain, date à laquelle l’exposition débutera au Centre d’exposition de Montréal. Les prix demeurent inchangés et encore plus de visiteurs sont attendus.


