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Categorized | Culturel

Le Bal à l’huile de Monsieur Lambert

Posted on 29 novembre 2009 by admin

Avec son plus récent album, Yves Lambert poursuit une démarche artistique amorcée depuis plus de 30 ans et donne lieu à des rencontres inattendues.

Louis Pascal Perreault

Il s’agit pour le chanteur-arrangeur-accordéoniste-harmoniciste d’un 16e disque: douze avec La Bottine Souriante et quatre avec son Bébert Orchestra. Personnage coloré, artiste passionné et engagé, il est heureux de cette dernière production, qui représenterait le premier opus d’un projet plus large.

L’étincelle qui a allumé la mèche

Lynda Thalie, Marco Calliari, Éric Lapointe, Laurence Jalbert et Daniel Boucher, entre autres, ont tous accepté l’invitation de se joindre à ce Bal à l’huile. «C’est une expression du 19e siècle, qui signifiait faire la fête jusqu’à temps qu’il n’y ait plus d’huile dans la lampe. C’est la chanson L’ivrogne et le pénitent qui m’a embarqué sur tout le projet. Je l’imaginais interprétée par Éric Lapointe (on se connaît depuis quinze ans). C’est une chanson du Moyen-Âge, qui est gothique et qui invite en même temps à l’élévation. Éric l’habite merveilleusement.» Il s’agit en effet d’un texte étonnant, truculent, qui montre bien que notre rapport avec l’Église n’était pas aussi soumis que l’Histoire le laisse entendre. Chaque pièce, chaque interprétation est particulière sur l’album. Lynda Thalie en pousse une qui enragerait les plus fondamentalistes. Yves Lambert a côtoyé dans sa carrière tous les artistes invités. D’autres n’étaient pas disponibles sur le moment, mais il y aura une suite…

Patrimoine vs modernité

«La musique traditionnelle est une matière pointue, une musique spécialisée, au même titre que le classique ou le jazz… Le traditionnel est beaucoup mieux accepté aujourd’hui, de par la qualité des interprètes, de par les démarches toujours en train d’évoluer avec des groupes comme Le Vent du Nord, Les Charbonniers de l’Enfer, Genticorum… Alors, il y a eu de l’avancement par rapport aux préjugés. Ça fait 33 ans que je lutte contre les préjugés, parce qu’on n’a pas le réflexe d’être reconnaissant envers nos origines. L’étude du patrimoine est une chose qui emmène à voir la richesse de notre identité. Il y a vingt ans, on se présentait devant des journalistes qui se sacraient totalement de la musique traditionnelle. On est beaucoup plus reconnus aujourd’hui». Ayant voyagé dans le monde, Yves Lambert pousse son analyse: «Le rapport de force se situe entre les musiques commerciales et les musiques spécialisées. Ça ne se passe pas qu’ici. Si on parle plus spécifiquement du folklore, c’est un réflexe très répandu que de vouloir se débarrasser d’un patrimoine pour paraître plus moderne. Mais au Québec, on est champions pour se flageller. À une époque, on a voulu jeter tous nos vieux meubles pour acheter du neuf. Ce qu’on vit au Québec s’inscrit dans les tendances mondiales, dans les problèmes relatifs au modernisme, dans le rapport qu’entretient l’Occident avec ses minorités… La musique offre une façon de s’apercevoir qu’on n’est pas si différents que ça. Partout dans le monde, on assiste à des échanges, à du métissage… Le métissage, c’est se montrer perméable, ouvert à d’autres influences dans le but d’innover. Mais, ce n’est pas parce que tu métisses que c’est bon!» Là-dessus, Juan Sebastian Larobina, membre d’origine mexicaine du Bébert Orchestra, intervient: «Autant les Québécois sont sensibles aux rythmes du monde, autant le Trad québécois exerce sur nous (les immigrants) un attrait exotique. Nous sommes quelques-uns à avoir fait des adaptations de La Bolduc. On trouve ça incroyable!

Le Bal à l’huile est une fusion réussie, un métissage à saveur québécoise de cultures et d’artistes aux parcours distincts « On est submergés de préoccupations, de grippe A-H1N1… Il est primordial de retrouver le sens de la fête, la fête comme moyen de dissidence. Je prends cette responsabilité-là. Présentement, j’ai le goût de faire swinguer!» Ça tombe bien, le temps des fêtes arrive…

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