imprimer cette article imprimer cette article

Categorized | Sports

Pour toujours mes Kanadiens

Posted on 29 novembre 2009 by admin

Depuis deux mois, je fixe l’écran de mon téléviseur, l’air un peu perdu, en me demandant qui sont ces imposteurs dans l’uniforme bleu blanc et rouge. Mais non, je sais qui ils sont (franchement!). Les trois Schtroumfs, ce sont Mike Cammalleri, Brian Gionta et Scott Gomez. Le grand qui s’enfarge toujours dans ses patins et qui ne sait pas ce qu’est un pivot, c’est Hal Gill.

Jessica Lapinski-Dejardin

Je les regarde se débattre avec la rondelle depuis 20 matchs et je m’en fous. Quand ils marquent, je réagis un peu. L’habitude, sûrement. Et lorsqu’ils accordent un but (souvent, on s’entend…), je sourcille à peine. Parfois, je décroche en pleine rencontre. Dire qu’il y a quelques mois, il fallait presque une explosion nucléaire pour que mes yeux se détachent de l’écran, les soirs de match.

J’ai essayé de les aimer. À vrai dire, j’essaye encore. Parfois (rarement), ils gagnent deux matchs de suite et je sens mon engouement renaître un peu. Mais je ne peux pas m’empêcher d’être nostalgique. Je suis devenue comme tous les Réjean Tremblay de ce monde, qui ne jurent que par Guy Lafleur et Larry Robinson. Sauf que mon démon blond à moi, il s’appelle Alex Kovalev. Et mon Robinson, il est sur la touche pour encore quelques mois.

Quand Bob Gainey a balayé son premier plan quinquennal du revers de la main, le 1er juillet dernier, il pensait assurément frapper un grand coup. L’effet y était: après une saison désastreuse, il amenait du sang neuf, des joueurs qui ont du talent et des bagues de la coupe Stanley. Le hic – à part le fait qu’il est hyper difficile d’installer une chimie d’équipe quand tu as 10 000 nouveaux joueurs dans ton club –, c’est qu’il a oublié qu’il n’y a pas que les (éventuelles?) victoires qui comptent. Il y a le sentiment d’appartenance, aussi.

Le Kanadien, comme on s’amusait à le surnommer à l’époque où il y avait plus de K que de Québécois, n’était peut-être pas l’équipe la plus talentueuse sur papier. Mais c’était les joueurs qu’on avait vu grandir, qu’on avait aimé voir gagner… et même perdre. Malgré leur série de défaites dans l’Ouest, malgré le pseudo scandale et le congédiement de Guy Carbonneau, les gens aimaient le Canadien 2008-2009. Parce que l’équipe les avait fait tripper et c’était ça, pour eux, le Canadien de Montréal.

C’est évident qu’après les déboires de l’an dernier, il fallait amener du sang neuf. Mais en faisant son grand ménage, Gainey a dénaturé une équipe qui avait, pour la première fois en quinze ans, une identité. À l’instar de toute son équipe marketing, il a cru que notre sentiment d’appartenance au CH ne tenait qu’au passé glorieux du club. Il a oublié que les jeunes, ceux qui remplissent désormais le Centre Bell, ont aussi le droit d’avoir leurs idoles. Ils ne connaissent pas Guy Lafleur et compagnie. Enfin, oui, ils savent qui ils sont, mais pour eux, le Tricolore, ce sont Saku Koivu, Mike Komisarek et Alex Kovalev.

Mais bon, peut-être que Mike Cammalleri marquera 50 buts cette saison et que, comme une girouette, je ravalerai mes paroles. Peut-être que le CH se rendra loin en séries éliminatoires (ça augure mal…) et que je devrai me droguer aux Tylenol pour faire chuter ma fièvre. Sauf que pour l’instant, je m’ennuie profondément de mes Kanadiens de Montréal. Parce qu’ils seront, pour toujours, MES Canadiens.

Comments are closed.