Le Canada est historiquement un pays neutre pouvant jouer un rôle de médiateur, favorisant ainsi la paix. Mais, depuis l’instauration du concept de Casque bleu par le Canada, qu’en est-il de la participation canadienne aux Casques bleus? Le Canada a-t-il encore une politique de maintien de la paix?
Timothée Ansen
Selon les archives de Radio-Canada, «S’alliant avec Israël, la France et la Grande-Bretagne attaquent l’Égypte dans le but de reprendre le contrôle du canal, le 29 octobre 1956. Devant l’ampleur des combats et craignant que le conflit ne dégénère, les Nations Unies interviennent rapidement. Le 4 novembre le diplomate canadien Lester B. Pearson propose une résolution demandant la formation d’une force d’intervention d’urgence qui devra agir comme tampon entre les différents belligérants. C’est l’acte de naissance des Casques bleus.»
En 1990, 10 % des Casques bleus mondiaux proviennent du Canada. Leur travail est apprécié par la communauté internationale, et la population canadienne approuvait massivement ce rôle.
En février 2008, selon les données rendues publiques du Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies (1), seulement 171 Canadiens participaient à l’une ou l’autre des 22 missions de maintien de la paix. C’est moins de 0,2 % des 90 690 Casques bleus impliqués. Le Canada se place ainsi au 55e rang des contributeurs, soit derrière les îles Fidji, le Malawi et la Mongolie. Sur les 171 Casques bleus canadiens, 107 sont des policiers, 42 des observateurs militaires et seulement 22 des soldats.
L’implication militaire en Afghanistan
Aujourd’hui, les Forces canadiennes sont surtout déployées en Afghanistan dans le cadre de la Coalition antiterroriste menée par les États-Unis. Ainsi, on dénombre environ 2 550 militaires dont 133 sont morts, au bilan officiel du 30 octobre dernier.
Contrairement à ce que certains affirment, la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) de l’OTAN, déployée en Afghanistan avec la caution de l’ONU, n’est pas une mission de maintien de la paix. Les militaires canadiens n’y sont pas neutres, ils appuient ouvertement le gouvernement Karzaï, et peuvent utiliser la force pour atteindre leurs
objectifs.
Mais selon la présentation du premier ministre de l’époque, Jean Chrétien, la participation du pays à la FIAS est du ressort du maintien de la paix. L’intervention représentait «un engagement inébranlable envers les valeurs de la démocratie, les droits de la personne et le règlement pacifique des conflits» (2).
Ainsi, force est de constater que la vision du maintien de la paix par le Canada, tel que le défendait Trudeau lors de son discours d’investiture en 1972, n’est plus d’actualité: «Le Canada est engagé à l’amélioration du bien-être de tous, au règlement des différends par la raison et non par la force, à la pratique de la tolérance […] Le Gouvernement, conséquemment, continuera de participer pleinement aux efforts de paix pour le bien-être des peuples partout dans le monde.»
Cette évolution de la politique du maintien de la paix par le Canada est pour le moins paradoxale. Comment pouvons-nous employer la force pour régler pacifiquement un conflit? Comment instaurer la paix si on prend position? Que devient la crédibilité d’un pays neutre et pouvant servir de médiateur, comme le Canada, lorsqu’il prend position dans des conflits armés?
Bernard Descôteaux, directeur du quotidien Le Devoir, pose une question dans son éditorial du mardi 19 septembre 2006: «Pourquoi, à la place de l’Afghanistan, n’enverrait-on pas des soldats en mission de paix au Darfour ou encore au Sud-Liban, où leur présence serait plus naturelle pour le Canada et surtout plus urgente en raison des problèmes auxquels ces pays font face? Dans l’esprit de la majorité des Canadiens, la réponse s’impose d’elle-même.»
1. http://www.globalpolicy.org/component/content/article/102/40774.html


