Auschwitz-Birkenau: il y a 65 ans, les portes se sont ouvertes sur une horreur innommable
8 février 2010
Tout comme Luther King, Hitler aurait pu dire «I have a dream», mais leurs rêves auraient été à l’opposé l’un de l’autre. Celui qui avait imaginé «la solution finale» a mis à mort plus de cinq millions de personnes. Le 27 janvier 2010, les sirènes d’Auschwitz ont retenti à nouveau pour marquer le début des cérémonies du 65e anniversaire de la libération de ce qui fut le plus grand des camps d’extermination.
Christelle Lison
En 2005, le 27 janvier a été déclaré Journée internationale du souvenir des victimes de l’Holocauste, par l’Organisation des Nations Unies. Pourtant, il nous semble parfois difficile aujourd’hui d’imaginer qu’un homme, suivi et adulé par d’autres, ait pu penser à exterminer ses semblables sur le seul fait qu’ils étaient juifs. Entre 1940 et 1945, environ 1,1 million d’hommes, de femmes et d’enfants, dont un million de Juifs d’Europe, ont péri dans le seul camp d’Auschwitz-Birkenau (sud de la Pologne), symbole par excellence de l’Holocauste et du nazisme. Ces gens sont morts brûlés, gazés, fusillés ou encore morts de froid, de faim et d’épuisement.
Parmi les personnes qui se sont recueillies, il y avait d’anciens détenus d’Auschwitz-Birkenau, des soldats de l’Armée rouge qui les ont libérés et de nombreuses personnalités, dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Devant le mémorial de Birkenau, tous ont récité le kaddish (la prière juive aux morts) et des prières œcuméniques avant d’écouter les discours officiels, dont ceux du président américain Barack Obama et du président russe Dmitri Medvedev, diffusés par vidéo.
Le président israélien, Shimon Peres, a appelé au jugement de tous les participants à l’Holocauste, évoquant des souvenirs d’enfance, et notamment son grand-père brûlé vif par les nazis. «Les survivants de l’Holocauste disparaissent progressivement du monde des vivants [...] et dans le même temps, des hommes et des femmes qui ont pris part à la pire des actions sur Terre continuent à vivre en Allemagne et en Europe, et dans d’autres parties du monde, a-t-il lancé. Je vous le demande: s’il vous plaît, faites tout ce qui est possible pour les traduire en justice», a-t-il ajouté, devant notamment son homologue allemand Horst Köhler et la chancelière Angela Merkel. Le président russe Dmitri Medvedev est allé dans la même direction, écrivant, sur le site Internet du Kremlin, «65 ans ont passé depuis que le fascisme a été vaincu et aujourd’hui encore, on entend les voix de ceux qui essaient de justifier les crimes des nazis ou de mettre sur un même plan les victimes et les bourreaux, les libérateurs et les occupants».
Dans son émouvant discours, Shimon Peres a raconté qu’il se souvenait très bien de la voix de son grand-père qui l’a forcé à monter dans un train alors qu’il n’était encore qu’un jeune garçon de 11 ans. Il voulait évidemment qu’il échappe à la mort. «Je me souviens de la façon poignante dont il m’a embrassé. Je me souviens de ses derniers mots et de l’ordre qui est sorti de sa bouche: «mon garçon, reste un Juif à jamais». J’ai continué à regarder mon grand-père jusqu’à ce qu’il disparaisse de ma vue. C’est la dernière fois que je l’ai vu», a-t-il déclaré.
Aujourd’hui, il ne reste que peu de traces des horreurs commises par les nazis. En effet, ils ont détruit la plupart des camps d’extermination comme Belzec, Sobibor, Treblinka ou Chelmno. Auschwitz-Birkenau, le plus grand et le plus meurtrier de tous les camps, est le seul à avoir été préservé et à contribuer au «devoir de mémoire». Inscrit depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, il attire des milliers de personnes chaque année. Mais aujourd’hui, endommagé par le temps, le camp se détériore rapidement et le gouvernement polonais ne peut assumer les coûts de restauration. Espérons que l’Histoire ne sera pas oubliée pour une question d’argent.
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