Les sept jours du Talion: quand la vengeance devient la seule option

8 février 2010

Une fois n’est pas coutume, cette fois-ci mon édito aura une couleur particulière, celle d’un film qui m’a marquée. L’affiche du film est on ne peut plus épurée, le chiffre sept gravé comme à la faux avec du sang dans de la chair. Le ton est donné. Les sept jours du Talion est un long métrage qui ne pourra laisser personne indifférent, autant par son histoire que par sa réalisation. Patrick Senécal a écrit cette histoire, Podz l’a réalisée.

Christelle Lison

J’ai eu la chance de voir le film en primeur, peu de personnes dans la salle, une sortie très attendue. Le film est maintenant en salle depuis le 5 février et je vous invite fortement à y aller. Mais je ne peux pas m’empêcher de vous raconter un petit bout d’histoire. De toute façon, cela ira vite parce que le film commence sur les chapeaux de roue!

À Drummondville, la vie coule comme un long fleuve tranquille pour la famille Hamel. «Les gens heureux n’ont pas d’histoire», dit le proverbe, et c’est bien vrai. Pourtant, cela ne tient qu’à un fil. Lorsque Bruno (Claude Legault) rentre chez lui en fin de matinée après une opération chirurgicale délicate qu’il a effectuée, il se sent trop épuisé pour accompagner sa fille (Rose-Marie Coallier) de huit ans déposer ses cartes d’invitation à sa fête d’anniversaire. Sylvie (Fanny Mallette), sa conjointe, souhaite profiter d’un moment à deux et c’est donc l’esprit tranquille qu’ils laissent Jasmine partir. Et c’est là que l’histoire commence…

Jasmine ne reviendra jamais. Elle sera retrouvée dans l’après-midi, assassinée dans les bois. Lorsque Bruno Hamel la voit, sa vie bascule. Celle qu’il chérissait au-dessus de tout a été laissée là, violée, abimée, sans vie. Dès ce moment, tout change… peut-être parce que les gens malheureux ont une histoire ou alors parce qu’Hamel ne sent pas la force de vivre comme ça.

Très peu de temps après la découverte de leur fille, Bruno et Sylvie Hamel sont avertis par l’inspecteur Hervé Mercure (Rémy Girard) que le coupable a été retrouvé. Il s’appelle Anthony Lemaire (Martin Dubreuil), il a 31 ans et ce n’est pas la première fois qu’il est arrêté pour agression sexuelle. C’en est trop pour le chirurgien. Alors, il nourrit un projet bien particulier, celui de se venger. Mais comment avoir une vengeance à la hauteur du mal qui le ronge?

Ce sera sept jours, sept jours de torture. Bruno Hamel prépare tout minutieusement et quand il parvient à s’emparer du monstre, le calvaire commence… pour l’un comme pour l’autre. Très vite, la police de Drummondville comprend les projets du chirurgien. De toute façon, il ne s’en cache pas: celui qui a violé et tué sa petite fille va souffrir pendant sept jours, après quoi il sera exécuté. Ensuite seulement, lui-même se rendra. Une course poursuite commence alors pour tenter de l’arrêter.

Chaque jour qui passe amène plus de questions et d’horreurs. Les spectateurs seront amenés à voir des images dérangeantes, mais il est difficile de parler de violence gratuite car dès le départ, nous savons pourquoi Bruno Hamel se comporte de cette façon. Le film amène évidemment les spectateurs à se positionner par rapport aux actions du médecin.

J’ai eu la chance de parler du film avec Patrick Senécal, Claude Legault, Rémy Girard, Martin Dubreuil et Podz. Ils sont unanimes: «c’est un excellent film dont nous sommes fiers». Il faut dire que l’histoire est excellente et que les acteurs lui rendent justice. En tant qu’amatrice des œuvres de Patrick Senécal, je crois qu’il peut se réjouir de voir cette dernière sur grand écran.

Évidemment, en s’embarquant dans un projet comme celui-là, tous les protagonistes savaient ce qu’il en était. Mais c’est certainement un film qui sort du registre habituel de la plupart d’entre eux, comme me confiaient Claude Legault et Rémy Girard. Martin Dubreuil, lui, se sentait bien dans le rôle de l’assassin. «Patrick [Senécal] m’avait toujours dit que je serais parfait dans ce rôle et je pense qu’il n’avait pas tort», m’a-t-il dit en riant. Le pire, c’est que c’est vrai qu’il est écœurant dans ce rôle!

Les sept jours du Talion est d’autant plus prenant que le récit est d’un réalisme troublant. C’est un film sombre et silencieux qui porte sur deux sujets sensibles: la sécurité des enfants et le droit des victimes de se venger. Finalement, la morale est simple: œil pour œil, dent pour dent. C’est simple mais pas si facile que ça, si l’on regarde les débats concernant la peine de mort et les pays qui la pratiquent encore. Par contre, le film va plus loin, tuer c’est une chose, «Tous les parents qui vivent ce genre d’événement doivent y penser», me disait Claude Legault. Mais passez à l’acte, et pire encore, torturer l’individu, c’est autre chose. Et vous, jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour vous venger? Personnellement, moi, je ne vous garantis rien…

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