Personne n’écoute jamais les tournesols

8 février 2010

Théâtre - Quand vous entendez le mot théâtre, vous pensez à quoi? Molière, Shakespeare, Ionesco ou encore Quintal, Séguin ou Tremblay? En tout cas, vous pensez à quelque chose. Eh bien avec le Théâtre Macache, vos postulats vont être bousculés.

Christelle Lison

Le mandat que s’est donné le Théâtre Macache fait de lui un théâtre différent des autres. En effet, il souhaite ébranler les contraintes sociétales, les habitudes, les mœurs dites «normales» que la vie en communauté ainsi que la loi des bonnes manières nous ont appris à respecter. «Nous désirons mettre en scène des situations, des comportements qui confrontent les limites et les normes de la société», explique Caroline Martin, la fondatrice et directrice artistique du Théâtre Macache. «Nous voulons jouer avec des situations insolites et aborder au théâtre le hors norme dans toutes ses extrêmes. Nous aspirons à franchir cette limite qui nous empêche d’aller vers ce qui nous déstabilise, et même parfois nous effraie, afin d’ouvrir la voie à une véritable réflexion sur certains comportements humains inhabituels, sur certains aspects les plus obscurs et les plus tabous de l’être. Nous proposons un théâtre qui accepte de s’ouvrir sur autre chose que ce que la vie courante nous propose. Nous voulons un théâtre habité par des personnages qui optent pour des habitudes de vie, qui défendent des valeurs, qui osent…»

Le Théâtre Macache est actif dans le milieu estrien depuis 2004. Son entrée en scène s’est faite du côté du théâtre pour enfants. C’est finalement l’intérêt des plus jeunes pour les arts de la scène qui amène Caroline Martin, la fondatrice du Théâtre Macache, à se questionner sur le développement de la créativité chez l’enfant, et ainsi à revisiter le théâtre de Daniel Danis, son auteur fétiche.

Le premier spectacle grand public mis en scène par le Théâtre Macache était Le Chant du DireDire de Daniel Danis, une pièce aux personnages incompris, remplis d’une surdose d’amour qu’ils offrent maladroitement. Ce spectacle, proposé à un public de 7 à 77 ans, a permis au Théâtre Macache de s’entourer d’une équipe complète de production. La mise en scène de cette pièce a sans nul doute marqué un nouveau départ dans la démarche de création et dans l’orientation artistique du Théâtre Macache.

Persuadé d’avoir trouvé sa place au cœur d’un théâtre qui cherche à poser un regard, une réflexion sur l’être humain qui adopte des comportements qualifiés d’insolites, le Théâtre Macache a proposé Pluriels, en 2009. Drame poétique à saveur érotique écrit par l’auteure sherbrookoise Sophie Jeukens, cette pièce portant en fait sur le voyeurisme allie diverses formes artistiques, soit la danse, la photographie, les arts visuels et la poésie.

Pour sa production 2010, Personne n’écoute jamais les tournesols, le Théâtre Macache a de nouveau fait appel à Sophie Jeukens. «J’aime sa manière de jouer avec les mots, son sens de l’imaginaire et son approche hors du commun de la vie de tous les jours. Avec elle, je crois avoir trouvé l’alliance parfaite me permettant d’explorer mon imaginaire en jouant avec les mots, de garder et de faire ressortir les questionnement qui me hantent, d’explorer les contradictions de l’humain, ses sentiments enfouis, inavoués ou cachés. Ces contradictions, qui apparaissent dans notre quotidien, je souhaite les garder comme une ligne directrice car les sujets y sont inépuisables», souligne Caroline Martin. C’est d’ailleurs en discutant avec son auteure que le thème de l’absence a été retenu comme thématique centrale de production de cette année. «C’est un sujet délicat, toujours d’actualité, présent partout, du nord au sud, quels que soient notre religion, nos sentiments, notre niveau socio-économique. Je l’ai choisi parce que personne ne lui échappe, bien que tous essaient. Ce sujet m’a amenée à réfléchir sur le vide intérieur que l’on ressent face à diverses situations de la vie quotidienne et à imaginer ces réflexions sur la scène.»

Personne n’écoute jamais les tournesols

Personne n’écoute jamais les tournesols est une pièce que l’on pourrait qualifier de mélodramatique. C’est une histoire d’absence, avec toutes les acrobaties que l’on fait parfois pour se laisser croire que l’on n’est pas seul. Une histoire de ventres vides à combler et d’autres qui débordent, à n’en plus savoir où se renverser. Une histoire d’incommunicabilité. Dans cet univers en pièces détachées, tous cherchent l’autre, se cherchent. De Manou, jeune femme victime de violence à sa sœur Agnès, chez qui elle vient se réfugier après des années d’isolement. De Tom, qui veille sans relâche sur la tombe de son fils décédé, à Maya, qui tout près de là, cherche quelqu’un à qui dire «papa». Chacun pourrait trouver, à quelques mètres de lui, celui ou celle qui saurait combler ce trou béant qu’il porte en lui; si seulement il savait ouvrir les yeux et franchir la frontière… Car en ce monde, il pousse des murs entre les êtres. Et pendant que la peur, l’envie et le remords creusent des fossés, les arbres, eux, continuent tranquillement de pousser vers le ciel.

Les représentations auront lieu les 10, 11, 12 et 13 février à la salle Desjardins du Théâtre Léonard Saint-Laurent de Sherbrooke (200, rue Peel). Les billets sont au prix de 12 $ en prévente et de 15 $ à la porte. Pour plus d’informations: info@theatremacache.com.

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