Partenaires de la précarité?
20 février 2010
Au cours des dernières semaines, l’Université de Sherbrooke a affiché ses couleurs dans le dossier de la renégociation du contrat avec la Société de transport de Sherbrooke (STS). Pour ce faire, elle compte imposer des frais supplémentaires à ses étudiants. Voulant s’allier les associations étudiantes, elle cherche à les rendre «partenaires» du projet de hausse.
Frank Lévesque-Nicol
Selon l’administration de l’Université de Sherbrooke, puisque l’accès au transport en commun ne fait pas partie de l’enveloppe ministérielle de financement des universités, la recherche d’un financement alternatif – entendre ici une facturation de frais institutionnels obligatoires (FIO) – devient tout à coup légitimée. L’Université de Sherbrooke argue donc que d’imposer des frais pour un service auxiliaire de ce type est une chose adéquate.
L’Université de Sherbrooke allègue également que son budget serré ne lui permet plus de s’investir autant dans le projet. Sur l’enveloppe du contrat précédent de 1,3 millions avec la STS, l’Université de Sherbrooke versait l’intégralité (moins la part de son budget de fonctionnement qui provient déjà des frais de scolarité). La nouvelle formule comptait initialement refiler 1,2 millions aux étudiants, et l’Université de Sherbrooke ne payait que la différence, soit environ 400 000 $.
Parallèlement, l’Université de Sherbrooke s’est toujours servie de sa percée avec la STS pour dorer son image. Le matériel promotionnel parle abondamment de l’accès aux autobus. L’Université travaille également à obtenir un service pour Longueuil, ce qui pourrait lui permettre d’aller chercher un bon nombre d’étudiants de Montréal et de la Rive-Sud. Les étudiants vont-ils se trouver à payer la publicité de l’Université de Sherbrooke?
Le vice-recteur au développement durable et aux relations gouvernementales, M. Alain Webster, est fréquemment invité à donner des conférences sur le libre accès au transport en commun. Il en proposera une le 24 février, au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, intitulée «Le transport durable à l’heure de Copenhague», à laquelle, malgré la tourmente, le vice-recteur sera présent.
Des étudiants mécontents de la facture refilée
Quelle tourmente? M. Alain Webster a récemment rencontré les associations affirmant vouloir la «discussion la plus franche, la plus complète, la plus globale» sur la question.
«On nous demande d’être des partenaires dans ce dossier, mais on nous arrive à la dernière minute, expliquait David Maurice, vice-président aux affaires externes au REMDUS, lors d’un conseil d’administration décisif. Pour être en partenariat, il faudrait qu’on ait la chance de parler de nos besoins réciproques, mais là on nous arrive avec une entente toute faite, avec aucun mot à dire, et le seul choix d’accepter ou non de se plier à une décision réputée hors de notre contrôle.»
Argumentant que les délais de dialogue entre les associations étudiantes et le rectorat étaient trop brefs, autant la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS) que le regroupement des cycles supérieurs (REMDUS) se sont opposés à l’appui d’une pareille entente. Le Conseil de la vie étudiante, qui devait se prononcer le surlendemain, a également décidé d’attendre des détails supplémentaires après que l’Université ait rajusté ses chiffres in extremis.
«La FEUS s’oppose fermement à la hausse des frais, tout en continuant de soutenir le transport en commun universel, affirme Jérémy Wauquier, vice-président aux affaires externes de la FEUS. Entre les reculs de l’aide financière et les hausses cumulatives des frais de scolarité présentes et annoncées, les étudiants se trouvent en face de l’appauvrissement constant et de la dégradation de leurs conditions.»
Le débat se poursuit alors que l’union des associations du campus travaille à la production d’un mémoire et que des étudiants se mobilisent en leur nom personnel pour des actions à venir, si la voie diplomatique ne parvient pas à trouver un terrain d’entente satisfaisant.
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