Quand deux trains se percutent de plein fouet

20 février 2010

On nous vante sans arrêt les avantages du transport en commun et ses bienfaits, non seulement pour la société, notamment en matière de développement durable et de réduction des gaz à effet de serre, mais également pour l’humain, pour son bien-être, pour la diminution de son stress, etc. C’est sans doute vrai. Mais quand il y a un accident, les dommages humains et matériels sont lourds.

Christelle Lison

«Pour des raisons encore inconnues, les deux trains sont entrés en collision latérale à hauteur d’un aiguillage à la sortie de la gare de Hal vers Bruxelles [Belgique]», a annoncé un communiqué de presse, le lundi 15 février. Le bilan est lourd: au moins 18 morts et 162 blessés, dont plus de dix dans un état grave. Ces chiffres ne sont pas surprenants puisque l’accident s’est produit le matin, c’est-à-dire durant les heures les plus achalandées de ce transport en commun.

Prendre le train en Belgique, c’est comme utiliser l’autobus à Sherbrooke, c’est facile, pas trop cher et bon pour le développement durable! C’est pour cela que chaque jour, des milliers d’utilisateurs attendent patiemment sur les quais des gares et critiquent les retards de la société des chemins de fer (SNCB). Mais ce matin-là, les passagers ne pensaient pas à chialer. Ils se réjouissaient plutôt d’être en bonne santé.

Que s’est-il réellement passé? C’est toujours difficile à dire. Sébastien Duckers se trouvait dans l’un des deux trains. Voici ce qu’il avait à dire peu de temps après l’accident: «Nous roulions tranquillement quand, tout à coup, nous avons ressenti un grand choc, comme dans des auto-scooters mais en beaucoup plus puissant encore. […] On n’a ressenti aucun freinage du train. Puis, tout le monde criait et pleurait dans le train. On se demandait ce qui se passait… […] Dans les autres voitures, les vitres étaient brisées, certaines portes arrachées. […] Des cheminots sont rapidement arrivés sur les voies et ont fait passer le message que nous ne pouvions sortir du train à cause des bris de caténaires et des risques d’électrocution. Ensuite, les secours et la police sont arrivés, environ dix minutes après la collision, et la police a commencé à faire évacuer le train.»

À la suite de l’accident, les cheminots belges ont souhaité se faire entendre pour dénoncer certaines mesures de sécurité qui ne seraient pas respectées et le manque d’entretien de certains matériaux. «Un accident comme celui qui s’est produit aurait pu être évité, s’exclame un travailleur de la SNCB qui a tenu à garder l’anonymat. Nous, on se dit souvent que si on disait la vérité aux gens, ils auraient peur pratiquement de prendre le train tous les jours; s’ils devaient savoir la moitié de ce que nous nous savons. Il y a un manque de sécurité, un manque de suivi.» Ça laisse perplexe…

Le Syndicat indépendant pour cheminots (SIC) a profité de cette malheureuse «occasion» pour rappeler la pression exercée sur le personnel occupant des postes de sécurité. «Les signaleurs, opérateurs et personnel de cabine doivent faire face au manque de personnel, indique le SIC. Des ordres ont été donnés aux responsables des formations de réduire les durées de cours afin de réaliser des économies.» Le Syndicat souligne également la détérioration des conditions de travail du personnel roulant: «Les temps de conduite ininterrompue se font de plus en plus longs et le personnel des trains peut être amené à assurer durant sept jours maximum des prestations de neuf heures.» Afin de faire entendre son message, le SIC envisage des actions qui pourraient se traduire en arrêts de travail.

Évidemment, la SNCB tempère, rappelant que «actuellement, un quart des 9000 feux de signalisation ferroviaires est équipé du TBL1+, un système capable, entre autres, d’obliger un train à s’immobiliser lorsque le signal devient rouge. En outre, la SNCB prévoit d’équiper 40 % des feux de signalisation avec ce système pour la fin 2010 et d’en équiper 80 % pour la fin 2013.» L’administrateur-délégué d’Infrabel, Luc Lallemend, a toutefois admis, sur le plateau de la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF), «que si les deux trains avaient été équipés de ce système de freinage, la catastrophe ne se serait peut-être pas produite.»

Bien que ceux-ci ne soient pas monnaie courante, ce n’est pas le premier accident de train en Belgique. Il y a presque neuf ans (le 27 mars 2001), deux trains étaient entrés en collision parce que l’un des conducteurs (il conduisait un train vide) n’avait pas respecté un feu rouge. Huit personnes avaient alors perdu la vie et 12 autres avaient été grièvement blessées. À l’époque, le parquet avait conclu à «un malheureux concours de circonstances». Ouais… facile à dire, mais difficile à entendre pour les personnes qui ont perdu un être cher.

Pour l’accident de Hal, il est trop tôt pour savoir quelles seront les conclusions des experts, même si on évoque déjà un feu brûlé par l’un des conducteurs. Mais une panne électrique serait également possible. Bref, la question de l’erreur humaine sera nécessairement posée. Quoi qu’il en soit, ceux qui ont péri ne sont plus là et ceux qui restent devront vivre avec. Alors, utiliser le transport en commun, ça vous tente toujours?

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