Malgré ce que laisse miroiter l’univers doré de ses principaux diffuseurs, tout n’est pas rose aux Jeux olympiques de Vancouver. Avant même que le décès tragique du lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili ne jette un froid sur les cérémonies d’ouverture, la polémique concernant le programme de subvention canadien faisait couler de l’encre aux quatre coins de la planète.
Jessica Lapinski-Dejardin
Si les Jeux olympiques peuvent être l’ultime occasion pour un pays de faire miroiter son brio à l’échelle planétaire, ces derniers ouvrent également la porte aux controverses de toutes sortes. Et si Pékin a probablement essuyé plus de critiques que toutes les autres villes hôtes au cours de l’histoire olympique, Vancouver ne laisse pas sa place non plus. Au menu de ses dénigreurs: la météo trop clémente, qui nuit à la présentation de certaines épreuves et qui remet en doute le choix même du Comité international olympique (CIO), et le programme «À nous le podium» qui, selon certains, a nui à la préparation des athlètes étrangers en plus de mettre une immense pression sur les épaules des représentants du Canada.
«À nous le podium» est un programme mis en place il y a six ans, lorsque les Jeux olympiques ont été décernés à Vancouver. Souvent la risée des autres grandes nations, en raison notamment des performances parfois décevantes de ses athlètes lors des moments importants, le gouvernement fédéral canadien a décidé d’injecter 117 millions de dollars sur cinq ans afin d’aider les athlètes du Canada à rivaliser avec les autres pays. Un projet à la fois louable, lorsque l’on connaît, notamment, les déboires des athlètes unifoliés en leurs terres (avant la médaille d’or d’Alexandre Bilodeau, jamais un Canadien n’avait raflé l’or en sol canadien), mais également fortement critiqué. Certains représentants des conseils olympiques étrangers et certains journalistes estiment que la fédération canadienne a empêché les athlètes étrangers de s’entraîner sur les sites de compétition olympique, prétextant un règlement inscrit dans le programme. Des interdictions qui auraient mené au décès de Nodar Kumaritashvili…
Le programme «À nous le podium» est aussi décrié pour la pression qu’il impose aux athlètes canadiens. Jumelé aux attentes élevées annoncées par le Comité olympique canadien, qui espère dominer les autres pays au chapitre des médailles pour la première fois de son histoire, il ajoute un poids supplémentaire sur les épaules des Canadiens qui ont déjà le stress de performer devant une foule hautement partisane.
Mais peut-on vraiment critiquer les efforts faits par le Canada pour dominer les Jeux olympiques dans lesquels ils ont investi des milliards de dollars? À Pékin, le gouvernement chinois a injecté des sommes d’argent énormes, au détriment des plus pauvres, afin de dominer ses Jeux. Les Américains avaient fait la même chose, il y a huit ans à Salt Lake City. C’est la moindre des choses que le pays hôte fasse son possible – dans le respect de sa population, bien sûr – pour prouver au monde entier que ses athlètes sont les meilleurs de la planète. Il doit le faire à la fois pour les partisans et les athlètes, mais aussi parce que les Jeux olympiques sont l’ultime plateforme pour démontrer sa suprématie sportive.
Un échec aux J.O. pardonne rarement. Parlez-en aux athlètes qui ratent le podium de peu, ou à ceux à qui une médaille d’or était promise et qui se retrouvent avec l’argent au cou. Ou mieux encore: parlez-en au Comité olympique canadien. Après les échecs de Montréal et de Calgary, il n’a plus le choix. Il doit prouver au monde que ses athlètes sont les meilleurs de la planète. Parce que c’est ça, au fond, les Jeux olympiques.


