imprimer cette article imprimer cette article

Categorized | Société

Vaste offensive de l’OTAN contre un bastion des talibans

Posted on 20 février 2010 by admin

Le 6 février, à l’aube, l’OTAN a lancé sa plus vaste offensive contre les talibans depuis le début de son intervention en Afghanistan, il y a huit ans. Quinze mille hommes sont engagés dans cette opération, qui vise à reprendre, pour le compte du gouvernement afghan, le contrôle de la ville de Marjah et de son district, où vivent, en temps de paix, 125 000 Pachtouns. Située au cœur de la riche province agricole du Helmand, Marjah était devenue la principale plaque tournante du trafic de l’opium, lequel finance en grande partie l’insurrection pachtoune contre le pouvoir du président Hamid Karzaï.

Alexandre Bonnet

De manière délibérée, l’état-major de l’OTAN n’avait pas pleinement gardé le secret sur ses intentions, afin de minimiser les pertes dans la population civile. De fait, de très nombreuses familles avaient fui la région dès la semaine dernière. Plusieurs groupes de talibans s’étaient également retirés, sachant qu’ils n’avaient aucune chance de l’emporter dans un combat frontal contre des troupes professionnelles bien mieux équipées qu’eux. Mais, avant de partir, ils ont truffé le terrain d’IED (improvised explosive devices), ces mines artisanales responsables de plus des trois quarts des pertes occidentales en Afghanistan en 2009.

Dans cette vaste opération de ratissage concentrique, principalement américano-britannique, les Alliés n’ont perdu, pour le moment, que trois hommes, alors que les talibans compteraient une vingtaine de tués. Dix civils ont été tués lorsqu’une roquette est tombée sur une maison d’habitation. Une enquête est en cours pour savoir si elle a été tirée par les talibans ou par les soldats de l’OTAN. À Marjah, les marines américains ont déjà mis la main sur d’importants stocks de drogue et de composants chimiques servant à la fabrication des IED.

Les responsables militaires de l’OTAN sont «très satisfaits». L’opération Mushtarak («Ensemble», en dari), lancée dans la nuit du 5 au 6 février par les forces de l’OTAN dans le district de Marjah, dernier grand bastion de la rébellion dans la province d’Helmand, au sud de l’Afghanistan, se déroule bien. Au total, ce sont quelque 15 000 soldats afghans et étrangers – américains pour la grande majorité ; plusieurs dizaines d’instructeurs français participent également à l’offensive – qui sont mobilisés. Le but de cette offensive, la première depuis l’annonce par Barack Obama en décembre dernier de l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires: rétablir l’autorité du gouvernement dans les zones sous contrôle rebel avant le début du retrait américain en 2011. Une fois cet objectif atteint, l’OTAN a l’intention de céder le contrôle de la région aux forces afghanes pour montrer qu’elles sont capables d’assumer cette responsabilité et de commencer à fournir des services aux quelque 100 000 habitants de la région. Plusieurs milliers ont fui la zone avant l’offensive, selon les autorités locales.

À Nad Ali, bourgade du nord du district où l’assaut avait été confié à l’armée britannique, le vice-gouverneur de la province du Helmand a déjà tenu une réunion avec les principaux chefs tribaux pachtounes. Le but de l’OTAN et du gouvernement Karzaï est évidemment de convaincre les populations de leur faire confiance, ainsi que de les assurer qu’on ne laisserait plus les talibans revenir faire la loi chez eux.

Moshtarak est la première opération d’envergure lancée par le général McChrystal, commandant en chef des forces de l’OTAN, depuis qu’il a formulé sa nouvelle stratégie, centrée sur la «protection des populations», et obtenu du président Obama un renfort de 30 000 hommes. Lorsqu’il a été interviewé au mois de septembre dernier, dans son bureau à Kaboul, le général a exposé son intention de reprendre le contrôle du «pays utile» pour en confier l’administration aux forces afghanes, plutôt que de continuer une vaine chasse aux talibans dans les déserts et les montagnes. L’opération Moshtarak s’inscrit dans cette nouvelle stratégie «de la tache d’huile», à la Lyautey. Les destructions ont été réduites au minimum; l’armée afghane a été systématiquement mise en avant; tous les efforts ont été faits pour rallier les chefs tribaux. Lorsque la sécurité sera pleinement revenue dans le district, les Occidentaux y financeront toutes sortes de projets de développement (puits, écoles, dispensaires), afin de prouver à la population qu’il est préférable de vivre sous Karzaï que sous les talibans.

Comments are closed.