Éthique et culture religieuse, qu’en est-il vraiment?
8 mars 2010
Tribune libre
Tout récemment, le programme d’éthique et culture religieuse (ÉCR) refaisait surface dans l’actualité à la suite de la décision de la Cour d’appel de ne pas revoir la décision de la Cour supérieure quant à la validité de cet enseignement. En bref, on a jugé que ce programme ne brimait pas les élèves dans leurs croyances et leurs valeurs, et que le fait qu’il soit obligatoire était justifié. Si ce jugement semble mettre fin, pour l’instant, à la couverture médiatique suscitée par l’instauration du programme d’ÉCR dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec à l’automne 2008, il est pertinent de se questionner sur la nature de ce cours, qui ne traite pas seulement de religion…
De fait, comme l’indique son nom, le programme d’ÉCR propose une formation en éthique de même qu’une formation en culture religieuse, lesquelles sont soutenues par la pratique d’un dialogue empreint d’ouverture et de réflexion. Il s’agit là des trois compétences de cette matière.
La formation en éthique concerne le développement de la pensée critique et créatrice. En d’autres mots, l’objectif consiste à amener les jeunes à être en mesure d’exprimer et de justifier leur point de vue, de voir les alternatives à différentes situations, de réfléchir sur le sens de leurs valeurs (C’est quoi l’honnêteté? Pourquoi devrais-je être honnête?, etc.), d’écouter activement et attentivement ce que les autres ont à dire et de déterminer si cela affecte son opinion, de trouver des solutions à des situations complexes, etc. Il n’est donc pas question d’un cours de philosophie, tout comme il n’est pas question d’être toujours en train de faire des débats (en dialogue, on travaille également la discussion, la délibération, la table-ronde, etc.). On veut véritablement amener les jeunes à réfléchir, comme on avait commencé à le faire dans les cours d’enseignement moral et comme certaines écoles le font avec la philosophie pour enfants depuis maintenant plus de 30 ans. Cela dit, si on y pense bien, c’est la première fois qu’on propose concrètement à tous les élèves québécois un enseignement qui vise à développer leur réflexion, ce n’est pas rien…
La formation en culture est très différente des cours de religion que bon nombre d’entre nous ont suivis au primaire et au secondaire. La différence majeure réside dans le fait que cette formation n’est plus confessionnelle, c’est-à-dire qu’elle n’a plus pour objectif de «former de bons petits chrétiens», ce qui a longtemps été le cas au Québec. Il ne s’agit pas non plus de passer en revue chacune des grandes religions et d’en connaître les caractéristiques de base, ce que vous avez peut-être fait en cinquième secondaire. La façon d’aborder la religion, ou les religions, dans le programme d’ÉCR consiste plutôt à y aller par thèmes. Ainsi, au tout début du primaire, on va traiter des fêtes religieuses (ou non) qu’on célèbre en famille ainsi que de certains récits religieux ou culturels marquants. À la fin du secondaire, on sera rendu à regarder comment les religions ont évolué dans le temps, à se pencher sur les grandes questions existentielles, à analyser la place qu’occupe la religion dans les arts. Il y a donc un réel cheminement d’un cycle à l’autre, partant de ce qui touche personnellement l’élève au primaire pour s’agrandir vers le monde au secondaire (la même logique s’applique en éthique). À cela, il faut ajouter que le catholicisme et le protestantisme ont toujours prépondérance sur toutes les autres convictions dans la mesure où le christianisme fait partie intégrante de l’histoire du Québec. Mais on ne voudra pas passer à côté du bouddhisme, de l’hindouisme, de l’islam, des religions autochtones et même de l’athéisme et de l’agnosticisme.
Ce qu’il faut comprendre du programme d’ÉCR, c’est qu’il vise une meilleure compréhension de tous et de chacun, entre autres à travers les croyances religieuses, le tout pour favoriser ce qu’on appelle le bien commun. Il s’agit d’aller au-delà de la tolérance, d’essayer sincèrement d’être ouvert à ce que les autres croient et sont, sans pour autant se renier. C’est pour cela que le relativisme à tout vent, où tout est bon, n’est pas présent dans ce programme. Celui-ci se doit d’être le reflet des valeurs québécoises (l’égalité homme-femme, le respect, la démocratie, etc.), ce qui doit se répercuter dans les classes. Compris de cette façon, le cours d’ÉCR ne cherche en aucun temps à brimer les croyances des élèves; au contraire, ces derniers sont invités à les partager avec les autres.
En fin de compte, le Québec s’est doté, avec une formation en éthique, culture religieuse et dialogue, d’un outil qui fera en sorte que les élèves de demain seront plus sensibles et connaisseurs quant aux réalités d’autrui, tout en étant en mesure de poser des regards critiques sur eux-mêmes et sur leur environnement. Attachez votre tuque, ça risque de brasser !
Vincent Beaucher
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4 réponses à “Éthique et culture religieuse, qu’en est-il vraiment?”
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À la fin du 4e paragraphe, il faudrait lire :
«À cela, il faut ajouter que le catholicisme et le protestantisme ont toujours prépondérance sur toutes les autres convictions dans la mesure où le christianisme fait partie intégrante de l’histoire _du Québec_.»
Merci
C’est corrigé.
Dany - Webmaster
Merci M. Beaucher de nous informer de façon simple et accessible sur cette question. Avec tout ce qui a été dit dans les médias à ce sujet, ce n’est pas un luxe d’avoir enfin l’occasion d’y voir plus clair.
Merci d’avoir pris le temps de nous écrire vos commentaires.