L’histoire est simple, presque banale. Pourtant, elle ne pourra laisser personne indifférent. Adapté du livre d’Éric-Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame Rose arrive sur nos écrans. Poignant tout en étant drôle, cette co-production belgo-franco-canadienne amène un vent de fraîcheur en abordant un sujet lourd. Il est fort à parier que grâce à sa magie, ce film fera le bonheur des petits comme des grands.
Christelle Lison
Oscar (Amir) a dix ans. C’est un petit garçon presque comme les autres. Ce qui le différencie de ses semblables, c’est qu’il est atteint d’un cancer incurable qui va l’emmener dans peu de temps. Étant donné la situation, les médecins et la famille d’Oscar ne savent pas très bien comment se comporter. Comme le souligne le docteur Düsseldorf (Max von Sydow), «personne ne met un enfant au monde pour lui parler de sa mort». Mais la réalité est là, cruelle et sans détour.
Oscar, qui a bien compris la situation, ne supporte pas la lâcheté dont font preuve les adultes qui gravitent autour de lui. Il en vient d’ailleurs à se couper d’eux et à refuser tout dialogue avec ses parents. Seule une inconnue qu’il a rencontrée par hasard parvient à le toucher… madame Rose (Michèle Laroque). Madame Rose, c’est en réalité une femme divorcée qui cherche à vendre des pizzas «faites avec amour» (pinky pizza) à l’hôpital. Et quand le docteur Düsseldorf lui demande d’être auprès d’Oscar, elle refuse. «Madame Rose, elle incarne toutes nos peurs, souligne Éric-Emmanuel Schmitt. Elle n’aime pas la maladie, les hôpitaux et tout ce qui va avec.» Finalement, elle acceptera d’entrer en contact avec Oscar. Comprenant la situation, elle lui propose de vivre une aventure hors du commun: les douze derniers jours de sa vie seront à appréhender comme des décennies. Ainsi, il avancera par dizaine pour arriver à 120 ans. Le film nous fait vivre ces 120 ans en rien de temps.
Oscar et la dame Rose est le troisième opus du Cycle de l’Invisible. Il traite du christianisme, raison pour laquelle Dieu apparaît dans le film. Cet aspect offre d’ailleurs une dimension intéressante à l’histoire et nous montre un nouvel aspect des personnages. Évidemment, la fin est inéluctable… Oscar meurt, mais ce n’est pas l’histoire…
Amir, le jeune belge qui incarne Oscar, a aimé jouer ce rôle, même s’il meurt à la fin. «J’étais triste évidemment, mais pas trop, parce que je trouve qu’il a bien vécu sa vie. En fait, je crois que ce n’est pas vraiment une mort.» Éric-Emmanuel Schmitt a tenu les même propos en soulignant: «si j’ai écrit un livre, monté la pièce de théâtre et réalisé un film sur cette histoire, c’est parce que je n’arrive pas à m’en séparer. En fait, je ne veux pas laisser mourir Oscar.» D’ailleurs, avec beaucoup d’émotion dans la voix, l’écrivain confie: «Le jour où j’ai écrit la fin du livre, j’ai pleuré. Pendant longtemps, cela m’a fait du mal.»
Celui qui a vécu pendant 12 mois à fleur de peau, rempli d’émotions et de passion pense que «faire ce film [lui] a humainement fait du bien». Si Éric-Emmanuel Schmitt considère que l’écriture est un processus solitaire où on donne beaucoup, le cinéma est selon lui «un partage, parce que l’on échange avec les acteurs et qu’ils sont avec nous, dans un travail à plusieurs.»
Pour choisir les acteurs du film, Éric-Emmanuel Schmitt a beaucoup travaillé. Deux choix étaient sans nul doute capitaux, celui de l’enfant et celui de Rose. «J’ai choisi Michèle Laroque parce que je savais qu’elle allait être parfaite. On peut facilement s’identifier à cette femme. Et j’avais besoin de son potentiel comique mais aussi de son potentiel humain. Pendant le film, elle pose parfois des regards sur l’enfant qui sont tellement naturels que l’on oublie complètement le reste.»
Denise Robert, l’une des co-productrices du film, pense que si ce film est ce qu’il est, c’est grâce à Éric-Emmanuel Schmitt. «C’est un homme d’une grande sensibilité, d’une grande humanité. Le film est en fait à son image.» En tant que co-productrice, elle a pris beaucoup de plaisir dans cette aventure pleine de magie. «Je pense que c’est un bel apprentissage de la vie en fait.» Parce que le message qui reste, c’est que l’on peut apprendre à aimer à n’importe quel âge. «Et qu’il faut accepter la vie telle qu’elle est», souligne Éric-Emmanuel Schmitt.
Si le film, qui est sorti dans les salles fin février, est l’aboutissement de quelque chose, il est également le début de nombreux rêves. Amir nous a ainsi confié son désir de devenir acteur. Éric-Emmanuel Schmitt, quant à lui, songe à adapter d’autres de ses romans, avouant «j’ai réellement une passion pour l’être humain». Il y a fort à parier que cette passion transparaîtra dans son prochain opus du Cycle de l’Invisible, qui portera sur le confucianisme, et qui devrait sortir dans le courant de l’année 2010.

