Tribune libre
Qu’ont en commun David Booth, Jonathan Toews, Matt D’Agostini et Marc Savard? Ils ont tous été victimes de coups dangereux à la tête cette saison dans la Ligue Nationale de Hockey et ont manqué plusieurs matchs en raison de ces attaques sournoises. Le dernier sur la liste, Marc Savard, est déjà assuré de ne plus remettre les patins sur la glace d’ici la fin de la saison et on craint même pour le reste de sa carrière.
Qu’ont en commun Mike Richards, Willie Mitchell, Andrew Ladd et Matt Cooke, les agresseurs? Ils n’ont reçu aucune suspension pour leur geste dangereux, et parfois même aucune pénalité sur le jeu! La LNH est-elle en train de manquer le bateau? Les joueurs ont-ils perdu le peu de respect qu’ils avaient entre eux? Et la fameuse question (clichée, mais juste): est-ce que la ligue attend qu’un joueur y laisse sa peau pour agir?
Je suis bien d’accord pour dire que ces agressions, si vicieuses soient-elles, sont légales (sauf peut-être celle de Ladd sur D’Agostini): les coups ont été donnés avec l’épaule et portés à la tête, ce qu’aucun règlement n’empêche. Le problème, toutefois, demeure que la réglementation de la LNH n’est plus adaptée à la réalité d’aujourd’hui: l’équipement a doublé de taille, les joueurs sont beaucoup plus forts, plus rapides et, en plus, ils n’ont pratiquement plus de respect entre eux. Les contacts sont donc plus nombreux et, surtout, plus violents. Évidemment, les coups à la tête n’y échappent pas et c’est ce que la ligue doit enrayer avant qu’un tragique accident ne survienne.
Justement, Colin Campbell, le préfet de discipline de la LNH, avait une belle occasion de mettre ses culottes, en début de saison, lorsque Mike Richards a littéralement «détruit» David Booth d’un coup d’épaule à la tête. Il aurait pu se servir de cet incident pour donner un avertissement à toute la ligue en le sanctionnant sévèrement. Il a préféré passer l’éponge, en prétextant qu’il n’y avait rien d’illégal et que cela faisait partie du jeu. Pire encore, lorsque Matt Cooke a commis le même geste à l’endroit de Marc Savard dernièrement, il a encore une fois refusé d’imposer une suspension, car il ne l’avait pas fait pour Richards! Il a aussi ajouté (faut-il en rire ou en pleurer?) qu’il aurait sanctionné Cooke si l’incident s’était produit la saison prochaine.
Si je comprends bien, tous les coups à la tête seront permis d’ici la fin de la saison? Faudrait-il rappeler à M. Campbell qu’une récente étude menée aux États-Unis a prouvé que les commotions cérébrales avaient des conséquences beaucoup plus graves que de manquer quelques matchs? Qu’elles mettaient en danger non seulement la carrière, mais aussi la vie des athlètes? Faudrait-il lui rappeler les noms d’Éric Lindros, de Keith Primeau ou de Rob Dimaio, trois joueurs qui souffrent encore (maux de tête permanents, troubles de mémoire, etc.) des blessures à la tête qu’ils ont subies au cours de leur carrière?
C’est aux joueurs que revient la responsabilité de se protéger entre eux, mais aussi à la ligue d’imposer des sanctions exemplaires aux fautifs. Malheureusement, comme la LNH semble stagner dans les années 80, et comme rien n’empêche un joueur de frapper où bon lui semble avec son épaule, les Matt Cooke, Sean Avery et autres pestes de la ligue s’en donneront encore à cœur joie.
Vincent Régis


